Yvan Marzin

TOUT EN BAS! Ascenseur expressDes millions de pauvres sans médicaments

 

Vos réactions à ce sujet :

POINT DE VUE
par Yves Champey, Philippe Kourilsky et Bernard Pecoul
LE MONDE édition du 03.12.2004

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Ceux-là meurent toujours dans l'indifférence générale, isolés et
ignorés de tous, sans médicaments et sans associations pour défendre
leur droit de... vivre ! Ils sont ainsi des centaines de milliers dans
les pays en développement (PVD), pauvres et victimes des maladies dites
"négligées", puisqu'ils ont le tort de vivre en dehors du marché !

Certaines populations atteintes de paludisme ou de la tuberculose ont
droit à un peu d'attention. Pour elles, la recherche et le
développement de médicaments se sont lentement remis en marche parce
qu'il existe un marché potentiel dans les pays riches. Pour les autres,
le développement de médicaments a cessé depuis longtemps, en dépit de
l'engagement de nombreux scientifiques qui n'ont jamais renoncé à
étudier ces maladies.

Les victimes des maladies "les plus négligées", comme la maladie du
sommeil, la maladie de Chagas, la leishmaniose, l'ulcère de Buruli, ou
encore la dengue ne bénéficient d'aucun traitement ou sont traitées
avec des médicaments archaïques dont certains sont toxiques ou ont
perdu leur efficacité.

Ce système défaillant est décrit comme le gouffre "10/90". Moins de 10
% de la recherche médicale mondiale est orientée vers les maladies
majoritairement prévalentes dans les PVD qui affectent près de 90 % de
la population mondiale. A peine 1 % des 1 400 nouveaux médicaments mis
sur le marché ces vingt-cinq dernières années concernent ces maladies.

Au-delà de la compassion qui bouge les consciences mais rarement les
lois du marché, comment utiliser les formidables avancées
technologiques et scientifiques pour progresser vers la découverte et
la mise au point de molécules efficaces contre ces maladies ? Peut-on
imaginer des mécanismes adaptés au développement des médicaments
destinés à des populations non solvables ?

Le désordre est profond, et la dérégulation massive. Les mécanismes
d'aide au développement, de réparation et de transferts de technologies
mis en place par la communauté internationale ont montré leurs
insuffisances.

Cent six milliards de dollars sont consacrés chaque année à la
recherche médicale, contre 30 milliards il y a dix ans. Pour autant,
l'investissement dans les problèmes de santé prioritaires des pays en
développement reste dérisoire. Les fonds supplémentaires additionnels
fournis ces dernières années par les grandes fondations caritatives
comme Gates, Rockefeller ou Médecins sans frontières sont loin de
pouvoir corriger le déséquilibre "10/90", alors même que le contexte
sanitaire est marqué par une croissance inquiétante des pandémies.

Le sommet mondial de Mexico des ministres de la santé sur les priorités
de recherche qui s'est tenu du 16 au 20 novembre dernier ainsi que la
réunion européenne du 18 novembre à La Haye sous la présidence
hollandaise sur "les priorités médicales en Europe et dans le monde"
ont confirmé ce diagnostic et ont acté l'urgence de trouver des
réponses nécessairement ambitieuses.

Plus que jamais, l'émergence d'un système plus vertueux exige un
engagement politique réel des pays riches et l'élaboration
indispensable de solutions et de règles du jeu nouvelles.

Certains partenariats publics et privés offrent des structures souples,
réactives, susceptibles de favoriser des transferts de technologies du
Nord vers le Sud. Ils agissent comme des laboratoires virtuels et
s'appuient d'abord et avant tout sur les besoins réels des populations
oubliées pour rassembler les meilleures compétences sur chacune des
maladies.

Ces organisations favorisent aussi le transfert de connaissances
généralement issues des laboratoires publics vers le développement
effectif de médicaments dont le savoir-faire relève des entreprises
pharmaceutiques. Ces modèles économiques, à but non lucratif,
pourraient raccourcir le long et périlleux processus de développement
d'un médicament et en réduire substantiellement le cout.

C'est ainsi que Global Alliance, pour la tuberculose, Medecine Malaria
Venture, pour le paludisme, et la fondation Drugs for Neglected
Diseases Initiative (DNDI), pour les maladies les plus négligées,
rassemblent des moyens significatifs pour relancer la recherche et le
développement sur les maladies négligées.

De surcroît, en collaborant étroitement avec les pays du Sud affectés
par ces maladies - Brésil, Inde, Chine, Kenya -, ces nouveaux réseaux
pourront solliciter les importantes capacités de recherche de ces pays
tout en puisant dans leur extraordinaire réservoir de substances
naturelles.

Ces modèles innovants ne pourront faire leurs preuves que s'ils
bénéficient d'un environnement plus favorable.

La volonté politique des pays riches est indispensable. Malgré les
bonnes intentions affichées au cours des cinq derniers G8, les
recherches restent très majoritairement le fait de quelques pays
(Etats-Unis, Europe, Japon), là où précisément 80 % du marché mondial
du médicament se trouve concentré.

La responsabilité politique consisterait à ce que ces pays riches
placent au premier rang de leurs priorités la relance de la recherche
et développement de médicaments pour les maladies négligées - et
notamment une Europe à la recherche de nouvelles initiatives. Le
rapport de l'OMS récemment remis à la présidence hollandaise de l'UE le
suggère explicitement. Si "seulement" 20 % des 4 à 5 milliards que
celle-ci entend investir dans sa recherche médicale jusqu'en 2010,
étaient orientés vers les maladies négligées, le déséquilibre
structurel commencerait à s'inverser.

Il ne s'agit pas de créer à partir de rien un nouveau dispositif, mais
d'encourager la recherche publique européenne vers ces maladies et de
soutenir les initiatives qui voient le jour. Le prochain G8, organisé à
Londres en juin 2005, serait une opportunité pour l'Europe et la
communauté internationale de concrétiser l'effort de solidarité envers
les plus faibles qu'attendent les patients comme les pays du Sud.

De nouvelles règles du jeu s'imposent pour lever les principaux
obstacles structurels qui ont nourri les échecs actuels. L'industrie
pharmaceutique est souvent tenue pour responsable de l'absence de
véritable recherche en faveur de ces maladies oubliées. Pourtant, son
rôle n'est pas d'assurer la santé du monde dans une économie
compétitive où la conquête des marchés reste la règle. En revanche,
elle est détentrice d'une expertise et de bibliothèques de molécules
sous-utilisées qui, mises à la disposition de la recherche en faveur
des maladies négligées, contribueraient à dessiner une dynamique de
succès. Il faut donc créer un cadre juridique qui inciterait les
industriels à ouvrir une partie de leur savoir-faire non exploité dans
le domaine des maladies négligées.

Il va falloir aussi s'interroger avec objectivité sur les conséquences
des évolutions réglementaires promues par des agences telles que le FDA
aux Etats-Unis et l'EMEA en Europe. Dans la logique sécuritaire qui
prévaut, les standards qui règlent la recherche, le développement, la
production et la diffusion des médicaments et vaccins, sont sans cesse
relevés. Appliquées aveuglement aux maladies négligées, ces mêmes
règles engendreraient des conséquences humaines dramatiques et
éthiquement insupportables. Il faut revenir à la balance
bénéfices/risques, qui varie selon les maux et leur gravité. Ainsi, la
maladie du sommeil tue à 100 %. L'objectif des études actuelles est de
remplacer l'usage des dérivés de l'arsenic qui tuent aujourd'hui 5 %
des patients traités !

Le cas du sida est aussi exemplaire. Les associations de patients ont
fait corps avec les laboratoires pour accélérer et assouplir les
procédures d'autorisation. Il nous faut donc repenser les transactions
éthiques entre les bénéfices indivi-duels et collectifs, en fonction
des besoins des patients dans leur contexte actuel. Si l'on avait
appliqué les "règles" de précaution qui prévalent aujourd'hui dans les
sociétés riches, il est fort probable que le vaccin contre la
poliomyélite - qui fut pourtant l'une des grandes révolutions de la
médecine - n'aurait pas été développé.

Pour agir en faveur des maladies négligées, le temps des bonnes
intentions est révolu. A l'heure des nouvelles connaissances et de la
révolution de la biologie, la responsabilité politique est bien de
contribuer à ce que les populations les plus oubliées accèdent elles
aussi au progrès de la science. Le lien entre santé et développement
durable n'est plus à établir.

En laissant de côté nos égoïsmes, en soutenant des solutions
innovantes, nous pourrions enfin mettre la meilleure science au service
des plus pauvres.

Yves Champey est président de la Fondation DNDI (Drugs for Neglected
Diseases Initiative).
Philippe Kourilsky est directeur général de l'Institut Pasteur,
professeur au Collège de France (chaire d'immunologie moléculaire).
Bernard Pecoul est directeur de DNDI.

Anne EsperetLogo de Terre sacrée. Louis Rocquin.environnement, nature, écologique, bio

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