OGM - Qu´en est-il du point de vue écologique?

Tournesol dans Tintin et les oranges bleues.par Serge Lafond, biologiste spécialisé en agriculture.

Parmi les nombreuses possibilités offertes par le génie génétique, figure l´amélioration de la qualité de nos aliments. Ainsi, à propos de l´excès de lipides, en particulier d´acides gras saturés qui caractérise l´alimentation des pays développés, certaines modifications ne sont pas dénuées d´intérêt : amélioration de maïs , de canolas ou de soyas pour obtenir des variétés plus riches en acides gras polyinsaturés; amélioration de pommes de terre pour obtenir des espèces plus riches en amidon qui absorbent moins d´huile à la cuisson, donc pour obtenir des frites ou des Tout en bas!croustilles moins grasses.

Modifier le goût des végétaux constitue un autre objectif : le goût des fruits ou des légumes pourrait être plus savoureux si on stimulait l´activité des enzymes végétales qui transforment les précurseurs d´arômes en composés de sapidité. Pourquoi pas aussi des aliments plus riches en vitamines et en minéraux ou plus complet en protéines ?

La conservation des fruits et légumes pourrait être améliorée, ce qui permettrait l´import-export de nouvelles denrées trop fragiles actuellement pour supporter le transport.

La première plante transgénique à envahir le marché américain, en 1993, était une tomate à conservation prolongée. Celle-ci ne synthétise plus de polygalacturonase, l´enzyme qui hydrolyse la pectine. La dégradation des parois cellulaires est donc retardée, et le ramollissement du légume est considérablement freiné. Comme c´est souvent le cas dans la nature, lorsque l´on gagne, on perd souvent aussi quelque chose. Dans le cas de cette tomate, les consommateurs ont trouvé le goût insipide et ce fut un "flop" commercial. Le plus drôle dans l´histoire de cette tomate dont la vertu était de ne pas ramollir, c´est son marché actuel, en Angleterre, où on en fait... de la purée de tomate.

LA COURSE PARTOUT DANS LE MONDE POUR AMÉLIORER LA NATURE

Broutards

Des sommes colossales sont investies dans ce que plusieurs qualifient d´évolution agricole positive, c´est-à-dire dans la recherche pour obtenir des cultures plus saines car capables de résister aux infections dues aux bactéries ou aux virus et même de se défendre, sans traitement avec des produits chimiques, contre les insectes. La finalité de cette orientation semble très nette pour la qualité de l´environnement mais le transfert volontaire de gènes fait courir le risque que des protéines, qui ne sont pas habituellement consommées, passent la barrière des espèces et se retrouvent dans nos assiettes.

L´histoire d´un soya greffé d´un gène de la noix de Brésil, en vue d´obtenir un soya plus performant sur le plan nutritif, en lui fournissant un acide aminé essentiel, la méthionine, s´est avéré un échec, car le nouveau soya avait aussi hérité du caractère allergénique de la noix. Heureusement que cette découverte ne s´est pas rendu sur le marché alimentaire.

DISSÉMINATION DANS NOS ASSIETTES

La Terre photographiée par la navette spatiale. (NASA)Parmi, les procédés de la biotechnologie traditionnelle, la fermentation et l´utilisation des enzymes naturelles occupent une place de choix. On peut augmenter la valeur nutritive des aliments, les rendre plus savoureux ou plus facile à digérer. La papaïne est un enzyme protéolytique utilisée pour rendre les viandes plus tendres. Grâce à l´obtention de produits enzymatiques plus purs et moins onéreux, le génie génétique contribue à améliorer la productivité, la rentabilité et à diminuer la consommation d´énergie. Dans de nombreux produits que l´on consomme régulièrement, on utilise déjà des enzymes produites à partir d´organismes génétiquement modifiés (OGM). On peut citer comme exemples: le pain, le fromage, les jus de fruits, les bières et les vins commerciaux.

Les OGM fournissent des ingrédients incontournables dans la chaine alimentaire. Deux céréales, le soya et le maïs, ou les ingrédients qu´elles fournissent, (lécithine de soya ou sirop de glucose, etc.) entrent dans la composition de plus de 60% des produits alimentaires transformés. Le soya est à la base de quelque 30,000 denrées qui contiennent au moins un ingrédient dérivé de cette graine. Malheureusement il est difficile d´estimer jusqu´à quel niveau sont présents les OGM, mais plusieurs soutiennent que leur présence est déjà importante dans les aliments distribués aux consommateurs.

Pourquoi les OGM suscitent-ils autant de réactions négatives? Est-ce la peur du neuf, comme pour les premières pasteurisations qui avaient été décriées à l´époque? Les OGM, tout comme les additifs ou autres produits de synthèse, se heurtent à des considérations éthiques. Nombreux sont ceux pour qui l´aliment se doit avant tout d´être un produit naturel, fruit de la Terre Nourricière.

Poisson transgénique (au dessus) comparé à un spécimen normal (au dessous).QU´EN EST-IL D´UN POINT DE VUE SCIENTIFIQUE?

On sait maintenant qu´une plante transgénique résistante à un herbicide est en fait une plante complètement "tolérante" à cet herbicide. Elle a la capacité d´en absorber une dose massive sans se voir inquiétée. Cela signifie qu´elle peut permettre une utilisation accrue d´herbicide total pour traiter le champ. Cela signifie aussi, selon les spécialistes d´Athéna, que le pesticide, en plus de ce qu´il y a sur le feuillage, peut pénétrer au sein même de la plante, augmentant ainsi les quantités de pesticide ingérées par les consommateurs. Voilà ce qui contraste avec le discours des industries, selon lequel on pourrait croire qu´utiliser des plantes OGM résistantes aux herbicides permet d´être plus propre pour l´environnement et meilleur pour la santé...car on utilise moins de produits phytosanitaires.

La stabilité du produit transgénique est également mise à mal. Des recherches récentes semblent indiquer que le gène recombiné peut "voyager" au sein de la plante et devenir non localisable, rendant l´étude des effets de la transgénèse d´autant plus difficile. Pour certains, les croisements répétés entre les plantes OGM et d´autres variétés finiraient par perturber le métabolisme de la plante, altérer certaines de ses propriétés nutritionnelles, ou pire, favoriser la production de toxines. Si le risque est faible, il n´est cependant pas nul.

L´exemple du maïs de Novartis soulève toujours des protestations. Non seulement il résiste à un herbicide total et à une chenille (la pyrale du maïs), mais il a été rendu résistant à un antibiotique à large spectre, l´ampicilline, couramment employée chez l´humain et le bétail. Or si ce gène passait à la flore bactérienne du bétail, puis à celle de l´humain, cela ne ferait qu´accroitre le problème déjà préoccupant posé par les phénomènes de résistance aux antibiotiques en médecine. Aucun test de laboratoire ne démontre qu´un tel transfert est possible mais personne n´est en mesure de l´exclure.

Nébuleuse annulaire de la Lyre vue par HubbleDES MENACES POUR LA BIODIVERSITÉ.

Les caractères de résistance des plantes induits par le génie génétique sont capables de s´exprimer dans tout habitat, cultivé aussi bien que sauvage. Les conséquences peuvent être avantageuses ou désavantageuses pour une espèce sauvage de la plante concernée. L´OGM peut se développer en prenant, dans la communauté végétale où elle vit, la place d´autres espèces plus fragiles. S´il existe sur terre environ 1,500 plantes comestibles, trois d´entre elles, le blé, le maïs et le riz, représentent plus de la moitié des plantes consommées. Quelques semences à haut rendement, grandes consommatrices de pesticides, ont remplacé des milliers de semences traditionnelles. Le milieu floral change donc et influence de manière déterminante les ressources disponibles pour les organismes herbivores, insectes et autres. Si l´écosystème change, c´est également le paysage alimentaire qui peut être perturbé.

Enfin, le brevetage du vivant et les contrats d´exclusivité, réclamés par les grandes bio-industries, octroient peu de chance de survie aux petits agriculteurs et aux pays en voie de développement. Beaucoup auront de la difficulté à se payer les semences OGM, d´autant plus que ces dernières ne peuvent être utilisées pour les semis de l´année suivante. (Voir "Le gène terminal" dans Bio-bulle #17)

L´IMPACT ÉCOLOGIQUE DES PLANTES TRANSGÉNIQUES.

La méthode traditionnelle d´amélioration des plantes par croisements interspécifiques conduit à des individus génétiquement proches, à la différence de ce que permet le génie génétique. Celui-ci autorise des transferts de gènes entre organismes génétiquement éloignés, comme l´insertion d´un gène bactérien dans une plante, par exemple. Comment les plantes transgéniques vont-elles s´intégrer dans les écosystèmes? Vont-elles proliférer et envahir les écosystèmes? Les transgènes vont-ils "s´échapper" de la plante? Des études ont été réalisées (par qui?) sur la capacité d´un canola transgénique résistant à un herbicide à envahir le milieu naturel. Leur conclusion était que la plante OGM n´était pas plus envahissante que la plante sauvage, mais que d´autres résultats pourraient être obtenus pour des espèces différentes et des constructions (génétiques) différentes. Par exemple, la tolérance à la sécheresse et la résistance aux pesticides augmentent les avantages d´une plante lorsque les pressions de sélection correspondantes (pesticides, sécheresse) sont présentes.

Certains chercheurs font remarquer que l´étude des plantes sauvages mutantes poussant autour des cultures (par exemple, une renouée résistante à un herbicide, la triazine) montre qu´elles ont une dissémination rapide. Les plantes transgéniques pourraient donc présenter un risque d´envahissement semblable.

Soleils en formation (Hubble)

DES VIRUS... À LA RÉSISTANCE AUX ANTIBIOTIQUES.

Une autre possibilité est que le gène puisse s´échapper de la plante. Les vecteurs candidats sont le pollen, les bactéries du sol, les champignons et les virus. La dissémination pollinique vers une plante de la même espèce est possible à grande distance grâce au vent et aux insectes. On peut citer le canola et les nombreuses brassicacées "sauvages" qui poussent près des champs. De plus, il a été démontré que cette voie peut aussi franchir la barrière des espèces. La probabilité est faible mais qu´en sera-t-il si une pression de sélection naturelle le favorise?

Les bactéries du sol, les champignons et les virus possèdent aussi les mécanismes qui permettraient le transfert d´ADN à une autre espèce. Le rôle d´Agrobacterium dans la transgénèse parle de lui-même. Le transfert de gènes paraît donc impossible à empêcher. Il s´agit d´en connaître les dangers éventuels.

Des chercheurs ont mis en évidence le fait que des plantes résistantes à certains virus, même ceux obtenues par croisements interspécifiques traditionnels, ont entraîné l´émergence de souches de virus plus virulentes que les autres. Jusqu´à présent, ces émergences paraissent avoir été moins couteuses pour l´agriculture que l´arrêt de l´utilisation de ces plantes améliorées. Les bénéfices potentiels de la résistance aux virus par les plantes transgéniques semblent considérés comme plus importants que le risque de créer de nouveaux et dangereux virus (en plus de ceux qui apparaissent dans la nature).

Les gènes de résistances aux antibiotiques utilisés comme marqueurs de sélection de l´insertion du transgène, peuvent également être transférés aux champignons du sol ou aux bactéries. Certains scientifiques attribuent à ce phénomène une contribution au problème de résistance des maladies infectieuses aux antibiotiques.

AMÉLIORATION GÉNÉTIQUE

Le transfert de gènes existe dans la nature et les croisements d´amélioration ont depuis longtemps introduit de nouveaux gènes dans les végétaux sans effet apparent. Mais, il faut le dire ,il y a des différences importantes dans les méthodes. Une lignée sensible à la maladie, mais possédant des caractères agronomiques intéressants, est fécondé avec le pollen d´un plant résistant à cette maladie. En croisant les descendants résistants avec la lignée initiale aux caractères agronomiques intéressants (rétrocroisement ou backcross), on obtient, après plusieurs générations, des lignées résistantes avec une grande proportion de gènes intéressants.

La différence entre ces transferts et celui opéré avec les OGM réside dans la rapidité du transfert et la nature des gènes transférés. Il s´agit de gènes qui ont pu être acquis seulement par l´intervention de l´homme. On ignore comment les transgènes vont influencer les plantes sauvages. Le transfert de gènes de résistance peut avoir des effets pernicieux si le transfert de gènes a lieu vers des espèces sauvage. Il faudra utiliser des substances chimiques de plus en plus puissantes pour les éliminer. En outre, si le transfert concerne un gène conférant un avantage sélectif, il y aura une diminution de diversité au sein de l´espèce. L´équilibre La mutation du gène Antennapedia (Antp-) entraîne l'apparition de pattes à la place des antennes. http://quasimodo.versailles.inra.fr/drosoZone/gp07/gp07p10.htmécologique sera rompu et des espèces disparaîtront suite au renforcement de la compétition.

VS LES INSECTES

Ces mêmes équilibres pourront être bouleversés dans les communautés d´insectes. De même, les gènes de résistance aux insectes nuisibles présentent l´avantage de réduire l´utilisation d´agents chimiques dans les champs. Cependant, si les gènes sont utilisés de manière extensive, les insectes peuvent s´adapter et annihiler l´effet bénéfique du transgène. Les gènes disponibles pour la lutte contre les insectes ne sont , jusqu´à maintenant, efficace que sur certains insectes. Les ravages d´insectes d´autres groupes doivent toujours être contrôlés même si la plante est "résistante aux insectes". Grâce au génie génétique, des plantes synthétisant la toxine insecticide de la bactérie du sol Bacillus thuringiensis (Bt) sont commercialisées depuis 1996. A court terme, l´impact de ces plantes est une diminution du nombre d´empoisonnement et de morts dus à l´utilisation des insecticides, ainsi que de la charge en insecticides épandus sur les champs.

Les insecticides utilisés sur le coton représente 29% de la quantité globale des insecticides utilisés dans le monde. L´utilisation de coton transgénique synthétisant la toxine permettrait de réduire de moitié la quantité de pesticides dans l´environnement. Voilà une perspective alléchante ternie par les nombreux risques à long terme : déséquilibre dans l´écologie des insectes, accumulation de la toxine dans l´environnement, transfert de gènes et apparition de résistances qui retirerait à ces plantes tout intérêt. La longue expérience de lutte contre les insectes a montré qu´ils s´adaptent facilement.

Une mouche du vinaigre transgénique, avec des yeux verts et lumineux grâce à un gène de méduse LA RENTABILITÉ ET LA PEUR.

Entre le pour et le contre de l´utilisation des plantes transgéniques, il y a d´une part les entreprises pour lesquelles le débat est axé sur la rentabilité, et d´autre part la peur du nouveau. L´utilité potentielle de ces plantes pouvant difficilement être mise en cause, avant de généraliser leur dispersion en milieu ouvert, il faut se pencher sur les risques biologiques et économiques que leur utilisation et leur dissémination soulève, les évaluer et décider quelle part de risque nous sommes prêts à prendre.

C´est ici que doit intervenir le principe de précaution, édicté au Sommet de la Terre à Rio par 126 chefs d´état. Selon ce principe, "lorsque les risques générés par une nouvelle découverte sur l´environnement ne peuvent être précisément évalués, il convient de s´abstenir". Étant donné qu´il n´y a pas urgence à introduire des plantes transgéniques dans l´environnement, les risques écologiques valent la peine sans doute qu´on s´y attarde.

QUELQUES RÉFÉRENCES

Colloque sur les plantes transgéniques, CPVQ (1999); Québec Science, vol. 37, nos 1 et 2 (1998); Colloque international du parlementNous sommes les cobayes! européen (1998), cité dans Athena, no 140 (1998); La recherche, no 295 (1997). Et Retour au sommet de la pagesur le World Wide Web, plus d´une cinquantaine d´articles de toutes provenances sont disponibles...

© Bio-bulle, numéro 20, avril 1999; Centre d´agriculture biologique de La Pocatière. Merci à Cédric pour sa contribution.

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