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TOUT EN BAS! Ascenseur expressCarte génétique humaine

Une " carte " biseautée ?

Par Jacques Testart (*)

La mise au point de " la carte génétique humaine " ne lasse pas d'interroger. La cartographie du génome recouvre certes des notions très diverses, depuis l'estimation des distances relatives entre les gènes jusqu'à la structure variée que peut prendre chaque gène. Mais la finalité de ces recherches est bien d'établir une carte fonctionnelle, dans le cadre de stratégies thérapeutiques - étiologie des maladies, conseil génétique, thérapie génique... C'est pourquoi le public n'a pas tort de comprendre la " carte génétique " comme une forme sophistiquée de carte d'identité, permettant non seulement de définir chaque personne, devenue transparente jusqu'à l'intimité de son ADN mais de la faire aussi prévisible en lui attribuant un destin probable selon ses caractéristiques.

Nul généticien n'envisage sérieusement de décrire la totalité des gènes présents dans chaque individu et dont les formes variées diffèrent peu ou prou d'une personne à l'autre. Aussi, la prétention d'en finir incessamment avec " le décryptage du génome " est trompeuse. Et, en matière de " carte ", on peut faire confiance aux géographes dont l'un d'eux écrit : " Malgré la précision croissante des relevés topographiques, la carte ne s'affranchit jamais des subjectivités du cartographe et du lecteur - la carte, miroir d'identité de la société qui l'a conçue " (1)... Reste que le langage spectaculaire de la génétique triomphante est aussi dangereux par plusieurs aspects : il cautionne l'existence d'une norme humaine, il surévalue la part du génétique dans l'individualité, et il prétend que des actions médicales efficaces vont nécessairement découler de la connaissance du génome. Au prix de ces " audaces ", la recherche en génétique confisque une part importante des crédits publics et abuse parfois de la naïveté des citoyens. Pourtant, ce que la génétique humaine réussit le mieux jusqu'ici, c'est seulement la dissection du génome, et ses avancées indéniables consistent surtout à décrire l'ADN " normal " de notre espèce et à dépister certaines de ses variantes, désignées comme pathologiques. Dès lors, on peut se demander : quelle " humanité " s'agit-il de cartographier ?

On sait, en effet, qu'il n'existe pas deux individus génétiquement identiques (hors les vrais jumeaux), et que la différence génomique est donc infinie. Dans ces conditions, la " carte génétique " concernera-t-elle les personnes titulaires de trois chromosomes 21 (" mongoliens ") plutôt que deux seulement ? L'anatomie moléculaire du chromosome 7 fera-t-elle mention des centaines de formes variées (plus de 700 mutations) qui caractérisent le gène CFTR (lié à la mucoviscidose), pour ne citer que deux exemples ? La réponse est importante : ou bien c'est l'ensemble des caractéristiques de l'humanité qui devrait figurer à l'inventaire, et la cartographie ne sera jamais achevée, ou bien nombre d'individus apparemment humains recèlent un génome hors la carte, c'est-à-dire qu'ils n'appartiennent pas à l'humanité telle que Retour au sommet de la pageva la définir la science génétique. Le choix est donc entre un projet exhaustif et matériellement infaisable, et un projet exclusif et éthiquement inadmissible.

Mais le discours eût-il été plus modeste et mesuré - évitant l'image simplificatrice d'une " carte " unique et immuable, comme le sont celles du géographe ou du fichier de police - le projet n'aurait pas échappé à cet autre péril qui est de définir une norme. Car si le résultat du positionnement correct, sur chaque chromosome, de la forme allélique majoritaire pour chaque gène, définit bien un génome, il s'agit d'un génome abstrait. En effet, tout être vivant est porteur de nombreuses distorsions génétiques plus ou moins préjudiciables ou bénéfiques ; en particulier, le patrimoine de chaque être humain comprend plusieurs gènes caractéristiques de graves pathologies. Alors, une carte génétique type, supposée générique, ne correspondrait en fait à aucun être humain. Mais elle aurait la propriété redoutable de constituer un étalon auquel on pourrait confronter la réalité génique de chacun pour évaluer son degré de déviance.

Aussi, et même si les généticiens ne poursuivent que de louables buts, il est légitime de faire un parallèle entre l'anthropologie physique qui a imprégné les esprits savants jusqu'au milieu du XXe siècle, et une anthropologie moléculaire naissante : il s'agit toujours de caractériser les hommes et de référer les différences entre eux à des avantages sélectifs, traduisibles en termes de santé ou de performance. Comme le remarque André Pichot, les théories racistes " ont quasiment disparu après la guerre, en raison des horreurs nazies, mais aussi de la domination de la génétique moléculaire qui a éclipsé la génétique des populations à laquelle elles étaient souvent liées ". Il va arriver que cette même génétique moléculaire produise des informations capables de ressusciter une nouvelle génétique des populations. Il ne s'agirait plus de qualification ethnique en fonction d'évaluation physique des personnes, mais de qualification génétique en fonction d'évaluation moléculaire des génomes. C'est pourquoi, ce n'est pas " la manipulation génétique " qui nous menace mais " seulement " la qualification. La référence à un modèle virtuel (la " carte du génome humain ") et le pouvoir de qualifier les déviances de chacun par rapport à cette cartographie ouvrent l'ère de nouveaux classements et donc de nouvelles hiérarchies entre les hommes. Il n'est pas certain que les sociétés modernes soient capables d'éviter de nouvelles aventures où le racisme du gène pourrait remplacer, " scientifiquement ", le racisme de la peau ou de l'origine.

(*) Biologiste, Jacques Testart est directeur de recherches à l'INSERM et président de la Commission française de développement durable. Dernier ouvrage paru : Des grenouilles et des hommes, conversations avec Jean Rostand, Seuil, 2000

(L'Humanité du 14 Février 2001 - TRIBUNE LIBRE)

Les bouleversantes révélations de l'exploration du génome humain

Jardin Nouvelles des biotechnologies


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