Yvan Marzin que nous remercions du fond du coeur pour son excellent travail bénévole (juillet 2002).

TOUT EN BAS! Ascenseur expressQUEL PROFIL POUR LES FORÊTS DE DEMAIN?

 

Vos réactions à ce sujet :

 

30 juin 2005, par Karen Charman
traduit de World Watch
http://www.delaplanete.org/article.php3?id_article=202

________________________

Au tournant du siècle passé, près du quart des arbres des forêts de
feuillus de l'est des Etats-Unis est constitué de châtaigniers
d'Amérique. Atteignant en moyenne 30 mètres de haut et 2 mètres de
large, ces beautés majestueuses s'étalent du Maine aux Appalaches et à
l'ouest du Michigan. Le châtaignier, arbre à la croissance rapide et
naturellement résistant à la pourriture, joue un rôle important dans la
vie des premiers colons américains. En effet, son bois est utilisé pour
la construction de cabanes en rondins et pour la fabrication de poteaux
et de traverses de chemins de fer, tandis que ses fruits abondants
servent de nourriture à la faune et au bétail.


Cependant, en moins de 40 ans, un champignon s'est propagé sur
l'ensemble des arbres, rasant pratiquement chaque châtaignier touché -
soit quelque 3,5 milliards d'arbres en tout. Introduit par un
pépiniériste new-yorkais à travers de jeunes plants de châtaigniers
importés d'Asie qui sont ensuite envoyés à travers tout le pays, le
champignon passe furtivement d'un arbre à l'autre. Il entre par une
fissure de l'écorce et produit un acide qui élève le pH de l'arbre à
des taux toxiques. Parce que le champignon attaque de jeunes pousses
avant qu'elles n'arrivent à maturité, il réduit le châtaignier, arbre
jadis dominant, à guère plus qu'un arbuste éphémère.

L'avenir : L' arbre génétiquement modifié du futur pourrait-il
ressembler à ceci ?

Depuis que la brûlure du châtaignier a été décrite pour la première
fois au Bronx Zoo en 1904, les scientifiques luttent pour en venir à
bout. Les recherches se poursuivent, entre autres dans les laboratoires
de Chuck Maynard et Bill Powell, directeurs de l'American Chesnut
Research and Restoration Project de l'Etat de New York. Les deux
scientifiques travaillent depuis la fin des années 1980 à la production
d'un châtaignier d'Amérique transgénique qui soit résistant à la
brûlure. Durant l'automne 2004, ils font une percée remarquable : de
jeunes pousses apparaissent enfin sur une poignée d'embryons de
châtaigniers résistants à la brûlure dans des boîtes de Petri du
laboratoire de Maynard. Chacun des minuscules embryons porte un gène de
blé lui procurant un enzyme supplémentaire, l'oxydase d'oxalate, qui
neutralise l'acide oxalique produit par la brûlure.

Produire un châtaignier (ou toute autre plante) transgénique revient
non seulement à introduire un ADN étranger dans ses cellules mais aussi
à faire en sorte que les cellules modifiées ou « transformées » se
régénèrent sous la forme d'une plante à part entière. Cette opération
est particulièrement difficile avec le châtaignier parce que,
contrairement aux espèces telles que le peuplier, il ne saurait se
reproduire à partir du tissu de la feuille. Ainsi, Maynard et Powell
ont été obligés de travailler avec des tissus d'embryons immatures, ce
qui est beaucoup plus difficile. Contrairement à la transformation
naturelle que subit la semence d'un arbre dans la forêt, la méthode
qu'utilisent les biotechnologistes spécialisés dans le domaine végétal
- à savoir l'embryogenèse somatique - constitue une opération de
précision hautement stérile et comportant plusieurs étapes. Elle
requiert une surveillance et une vigilance soutenues, des solutions
chimiques spéciales et un équipement de filtrage pour empêcher la
contamination des embryons naissants et en faire de jeunes plants
capables de survivre en dehors du laboratoire.

Sauf problèmes imprévus, Maynard et Powell espèrent empoter des plantes
d'ici l'été, afin de commencer les essais en nature soit en automne ou
au printemps, puis d'engager trois ans d'essais en champ. Si tout va
bien, ils comptent commencer le déploiement des jeunes plants du
châtaignier d'Amérique génétiquement modifiés dans les forêts des
Etats-Unis dans quatre ans environ. Leur objectif étant de rétablir cet
arbre dans son aire naturelle, les deux scientifiques souhaitent que
l'Animal and Plant Health Inspection Service (APHIS), la branche du
Département américain de l'Agriculture qui réglemente les plantes
issues de la biotechnologie, autorise la diffusion des gènes de leurs
châtaigniers transgéniques et le mélange avec le plus de rejets de
souche de châtaigniers possibles. En fait, ils proposent que les
transgènes de tout arbre génétiquement modifié dans un projet de
régénération forestière ou d'éradication de maladie bénéficient de
cette liberté réglementaire. (En plus du châtaignier, ils ont mis au
point de jeunes plants d'orme transgénique pour combattre la maladie
hollandaise de l'orme, fait des essais en nature de peupliers hybrides
génétiquement modifiés et identifié d'autres agents pathogènes qui
attaquent le noyer cendré, le pin blanc, le hêtre à grandes feuilles,
le cornouiller et le chêne.)

Cependant, il est impossible de prévoir l'impact qu'auront les arbres
transgéniques sur les forêts sauvages. Maynard et Powell ne voient
qu'un risque très limité de perturbation écologique (si tant est qu'il
y ait un risque) avec leur châtaignier génétiquement modifié, puisqu'il
ne comportera que trois ou quatre gènes étrangers - le caractère cible
plus quelques autres, nécessaires pour la transformation désirée. Les
scientifiques affirment que davantage d'inconnues existent avec le
châtaignier d'Amérique produit conventionnellement et rétrocroisé,
lequel tire un seizième de ses gènes de son parent naturellement
résistant à la brûlure, à savoir le châtaignier de Chine.

D'autres, cependant, ne sont pas convaincus de ce que la sécurité
écologique soit uniquement fonction du nombre de gènes étrangers que
contient un organisme transgénique, en particulier lorsque les
organismes génétiquement modifiés peuvent éventuellement comporter des
gènes qui n'ont pas évolué ensemble et n'ont jamais existé dans la
nature. Faith Thompson Campbell, ancienne avocate d'American Lands
travaillant maintenant pour Nature Conservancy, résume les idées de
nombreux sceptiques dans son rapport publié en 2000 et intitulé
Genetically Engineered Trees : Questions Without Answers. Dans ce
rapport, elle prévient que les arbres génétiquement modifiés plantés à
proximité d'importantes populations d'arbres sauvages parents
répandront inévitablement leurs gènes et modifieront les génomes (le
complément entier du matériel génétique d'un organisme) des arbres
sauvages, y compris ceux qui se trouvent dans les parcs nationaux, les
réserves intégrales et autres réserves. Dans la mesure où les gènes
introduits n'ont pas évolué avec ceux des arbres champêtres, ils
pourraient avoir des effets imprévus et se révéler instables pendant
toute la durée de vie d'un arbre. En outre, les arbres qui ont été
modifiés afin d'obtenir les caractères désirés tels que la résistance à
la sécheresse ou à la vermine pourraient surpasser la végétation
naturelle et se propager comme de la mauvaise herbe dans les forêts
sauvages. En conséquence, soutient Thompson Campbell, la modification
des codes génétiques de certains arbres pourrait avoir des effets
considérables sur le fonctionnement écologique d'une forêt entière.

Par ailleurs, de profondes lacunes dans la connaissance scientifique
des écosystèmes des forêts empêchent de prévoir avec précision, ou même
de reconnaître, les effets à grande échelle des arbres transgéniques.
Deux des principaux partisans des arbres génétiquement modifiés l'ont
réaffirmé lors d'une conférence sur les arbres issus de la
biotechnologie tenue en Caroline du Nord en novembre 2004. Après avoir
décrit l'effort monumental déployé en vue de séquencer les gènes du
peuplier de Nisqually, Jerry Tuskan, scientifique chevronné du Oak
Ridge National Laboratory, Département de l'Energie, a déclaré :
« Ainsi, si je considère maintenant l'ensemble des données sur le
génome du peuplier, je me rends compte que nous ne savons rien sur le
mode de croissance des arbres. » Plus tard, participant à une réunion
portant sur les lacunes actuelles de la connaissance, Ron Sederoff -
codirecteur du Forest Biotechnology Group à l'Université publique de
Caroline du Nord et un des plus fervents défenseurs des arbres
génétiquement modifiés - admet que « nous ignorons quelques détails
importants (...). Nous ne savons pas ce qu'est réellement un génome
(...). Nous ne savons pas combien il existe de gènes, parce que nous ne
savons pas ce qu'est réellement un gène. Nous ne connaissons pas
l'étendue de ce que j'appelle l'épigénomique - les changements non
génétiques qui interviennent dans les génomes instables. »

Le phytopathologiste Doug Gurian-Sherman, ancien scientifique auprès de
l'U.S. Environmental Protection Agency actuellement en service à
l'International Center for Technology Assessment, explique certaines de
ces complexités. Il indique que les arbres, et les plantes en général,
produisent une panoplie de composés dont le but premier semble être
d'évincer les agents pathogènes et les insectes nuisibles. À l'origine
de ce phénomène, un système sophistiqué de cheminements biochimiques et
métaboliques - des fonctions que ne maîtrisent pas complètement les
phytophysiologistes qui se spécialisent dans le domaine, à plus forte
raison les biologistes moléculaires qui manipulent l'ADN des arbres.
Gurian-Sherman : « En tant que biologistes, nous devons faire preuve
d'un peu de modestie et dire : attention ! Il s'agit d'interactions
complexes. Honnêtement, nous ne pouvons prédire ce que tout cela va
donner. »

Comme beaucoup d'autres, Gurian-Sherman voit l'intérêt de vouloir
restaurer l'arbre dominant des forêts de l'est. Il affirme qu'il est
fort possible que les châtaigniers transgéniques de Maynard et de
Powell ne nuisent pas aux espèces sauvages parce que le caractère cible
- l'enzyme qui neutralise l'acide oxalique - n'est pas aussi clairement
perturbateur que, disons, l'insertion d'un insecticide comme le
Bacillus thuringiensis, qui pourrait tuer un grand nombre d'insectes
non ciblés. Mais le seul moyen de savoir vraiment si les châtaigniers
génétiquement modifiés ne sont pas nocifs, indique-t-il, c'est
d'étudier, dans un environnement contrôlé, comment les différents
animaux de la forêt, les oiseaux, les insectes et les micro-organismes
réagissent au contact de plusieurs générations de l'arbre. Les
différents cycles de croissance de l'arbre, les changements
environnementaux et climatiques ainsi que de nombreux autres facteurs
pourraient entraîner des effets indésirables avec le temps. Il est
important de prévenir ces erreurs, parce qu'une fois libérés, il ne
sera plus possible de ramener les châtaigniers génétiquement modifiés
au laboratoire.

Néanmoins, jusqu'à présent, rien n'indique que les autorités fédérales
de contrôle soumettront le châtaignier génétiquement modifié à
l'évaluation des risques environnementaux détaillée que demande
Gurian-Sherman. Il craint d'ailleurs que cette situation ne crée un
dangereux précédent. Il prédit également que l'industrie de la
biotechnologie utilisera l'exemple du châtaignier transgénique pour
soutenir qu'aucun arbre transgénique ne présente de danger. « Or les
différents transgènes auront des effets très différents, déclare-t-il.
C'est comme si l'on soumettait une Volvo à un test de collision et
qu'elle le passe avec brio. Cela ne vous dit pas comment se
comporterait une petite Kia dans le même test. »

Les craintes de Gurian-Sherman semblent fondées. Lors de la réunion sur
la biotechnologie tenue en Caroline du Nord en novembre, un vétéran de
l'industrie forestière, Scott Wallinger, récemment retraité du géant de
l'industrie du papier MeadWestvaco, était l'un des nombreux orateurs
qui reconnaissent le potentiel en terme de relations publiques que
représente le châtaignier génétiquement modifié résistant à la
brûlure : « Cette piste peut commencer à procurer au public une
représentation beaucoup plus personnelle de la valeur de la
biotechnologie forestière et le rendre plus réceptif aux autres aspects
du génie génétique. »

Une terre chauve ?

A l'image de leurs collègues de l'agriculture, les partisans de la
biotechnologie forestière invoquent la menace de pénurie et la
préservation de l'environnement pour plaider leur cause. Dans un
article paru en 2000 dans Foreign Affairs et abondamment cité dans les
milieux de la foresterie, David Victor et Jesse Ausubel proposent deux
visions pour l'avenir. Dans la première, « une agriculture et une
foresterie pittoresques et inefficaces » conduisent au scénario d'une
« Terre chauve » dans lequel la couverture forestière de la planète se
rétrécit de 200 millions d'hectares d'ici à l'an 2050, tandis que les
bûcherons rasent progressivement 40% de ce qui reste. Dans la deuxième,
« des agriculteurs et des forestiers performants » qui cultivent
« davantage de cultures vivrières et de fibres sur des espaces toujours
plus réduits » annoncent une « Grande restauration » qui ajoute 200
millions d'hectares de forêts d'ici à l'an 2050 et ne nécessite que
l'abattage de 12% des arbres pour satisfaire la demande mondiale en
produits forestiers.

Les arbres transgéniques cultivés dans des plantations exploitées de
manière intensive ou « forêts rapides », s'inscrivent dans le deuxième
scénario. Aujourd'hui, les plantations forestières comptent pour un
quart de la production mondiale de bois industriel. Bien que ces
plantations ne représentent encore qu'un petit pourcentage des quelques
4 milliards d'hectares de forêts de la planète, elles sont en pleine
expansion, notamment en Asie et en Amérique du Sud. D'après
l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture,
les plantations ont augmenté de 51% entre 1990 et 2000, passant de 124
millions d'hectares à 187 millions d'hectares. Au rythme actuel de
plantation, on prévoit qu'elles produiront un milliard de mètres cubes
de bois - soit la moitié de la production mondiale - d'ici l'année
2050.

Le sud des Etats-Unis, le « panier à bûches » du pays depuis la fin des
années 1980, assure 15% de la production mondiale de pâte à papier et
de produits de papier, tirée essentiellement des 13 millions d'hectares
de plantations de pin blanc exploités de manière intensive. Les
sociétés forestières ont investi jusqu'à 1 milliard de dollars
américains pour chacune des usines de pâte et papiers qui produisent
des rames de papier, du papier journal et du carton, déclare Conner
Bailey, un spécialiste en sociologie rurale à l'Université d'Auburn qui
étudie l'industrie forestière. Cependant, avec la concurrence
croissante orchestrée par les producteurs de pâte et de papier bon
marché dans les pays comme l'Indonésie et le Brésil, ces
investissements comportent désormais des risques étant donné que les
usines ne sont pas facilement convertibles à d'autres usages. Que
préconise l'industrie pour maintenir ses profits ? L'augmentation du
rendement par l'innovation technologique, y compris la production de
matières premières transgéniques.

Figure en bonne place sur la liste des souhaits de l'industrie de pâtes
et papiers, un arbre ayant une lignine réduite, la lignine étant la
colle cellulaire qui maintient les fibres du bois ensembles et donne à
un arbre sa structure. La lignine, qui représente environ 30% du poids
sec d'un tronc d'arbre, est bonne pour le bois de charpente, mais son
élimination dans la fabrication du papier est polluante, toxique et
couteuse. La production d'arbres transgéniques au taux de lignine
réduit pourrait représenter des économies considérables pour les
fabricants de papier.

Cependant de nombreuses questions demeurent sans réponses. L'ancien
cadre de MeadWestvaco, Wallinger, relève que dans le sud des
Etats-Unis, les usines de papier achètent environ le tiers de leurs
fibres auprès de propriétaires de forêts privés qui cultivent
généralement certains arbres pour de la pâte et d'autres pour du bois
de scierie. Le flux de gènes des arbres transgéniques à faible taux de
lignine pourrait modifier les arbres de haute futaie dont la valeur est
4 fois supérieure. Du côté de la production manufacturière, des lignes
de traitement séparées doivent être établies, ce qui nécessite
toutefois davantage d'investissements en capitaux.. Entre-temps, des
études ont établi un rapport entre un taux élevé de lignine et une plus
forte résistance aux maladies et aux insectes, suggérant que
l'affaiblissement de ce caractère pourrait rendre les arbres plus
vulnérables à ces menaces.

De grosses souches de bois

Les scientifiques expérimentent actuellement des arbres transgéniques
avec plusieurs autres caractères présentant un intérêt pour les
sociétés forestières, y compris une croissance plus rapide, une
tolérance à la sécheresse et aux milieux salés, une résistance aux
herbicides, une résistance aux insectes (principalement au Bt), et une
floraison modifiée. Des programmes plus complexes - et financièrement
plus risqués - visent à obtenir des pins à fibres plus droites et sans
noeuds et des eucalyptus plus résistants au froid pour des plantations
aux Etats-Unis et dans d'autres endroits trop froids pour les
eucalyptus. L'une des visions les plus étranges vient du biologiste
moléculaire de l'Université de Washington, Tony Bradshaw, l'un des
principaux partisans des arbres transgéniques, qui a affirmé en 2002
dans la revue Science que les arbres pourraient un jour être
« reconçus » pour en faire en fait de grosses souches de bois - « des
organismes courts, larges, presque sans branches ni racines très
développées » qui pourraient être regroupés en plantations hautement
intensives.

L'expérience avec les cultures génétiquement modifiées - du blé Bt au
colza canola Roundup Ready - montre que les transgènes se propagent
rapidement dans l'environnement. Cependant, les différences
fondamentales entre les cultures annuelles et les arbres forestiers
rendent les risques de contamination transgénique encore plus élevés
dans les forêts. En raison de la taille des arbres, de la quantité des
graines et du pollen qu'ils produisent et des courants d'air ascendants
usuels dans les forêts et les plantations d'arbres, l'étendue du flux
de gènes parmi les arbres est « sans précédent » comparée aux cultures
vivrières, déclare Claire Williams, phytogénéticienne à l'Université de
Duke. De plus, alors que la plupart des cultures annuelles ne peuvent
survivre en dehors de l'écosystème comparativement simple du champ
d'une ferme, les arbres, de par leur grande longévité, sont destinés à
exister dans des environnements complexes et mal connus.

Écologiste à l'Université d'Arizona du Nord, Tom Whitham travaille en
collaboration avec d'autres scientifiques pour documenter les effets de
certains caractères génétiques sur les rapports entre les arbres, les
plantes de sous-bois, les insectes, les animaux et les
micro-organismes. Sa recherche montre que les gènes dans les
populations et les organismes individuels ont des « phénotypes
étendus » - des effets identifiables sur un écosystème en dehors de
l'organisme. Les phénotypes étendus sont particulièrement importants
lorsqu'ils interviennent dans des plantes dominantes et des
espèces-clés telles que les arbres, déclare-t-il, parce qu'ils peuvent
affecter jusqu'à mille autres espèces. En outre, des caractères
potentiellement bénéfiques dans un certain nombre de circonstances
peuvent s'avérer problématiques dans d'autres. Par exemple, dans la
recherche en cours sur l'écologie du pin à amandes, l'équipe de Whitham
a découvert que certains arbres sont naturellement résistants au
lépidoptère foreur de tiges, un insecte dont la larve ronge les tiges
lignifiées. Au cours des 19 premières années de leur étude, les arbres
résistants aux insectes se sont mieux comportés. Mais au cours d'une
sécheresse survenue durant la vingtième année, environ 70% des arbres
résistants aux insectes ont été décimés, alors que 80% des arbres non
résistants aux insectes ont survécu. « Ce fut un véritable choc », se
souvient-il.

En passant en revue des centaines d'études publiées, Whitham découvre
que plus une étude considère de facteurs, plus elle a de chances
d'observer de tels « retournements de l'écosystème ». Il soutient que
cette démarche est importante parce que les changements (y compris ceux
susceptibles d'être provoqués par le génie génétique) qui ignorent les
interactions avec le temps, l'espace et le nombre des espèces, courent
un grand risque de produire un effet contraire à celui désiré.

Les biotechnologistes forestiers reconnaissent que les arbres
génétiquement modifiés pourraient représenter une menace pour les
forêts naturelles. Mais ils sont convaincus qu'ils peuvent résoudre le
problème en rendant les graines et le pollen stériles de telle sorte
qu'ils ne puissent pas se reproduire et propager les caractères
transgéniques. Pourtant, il n'existe aucune garantie qu'un arbre
transgénique restera stérile tout au long de sa vie. De plus, de
nombreux arbres, à l'instar du châtaignier d'Amérique, se reproduisent
aussi en envoyant leurs rejetons hors de leurs racines ou en repoussant
à partir de brindilles cassées.

Perspectives d'avenir

Jusqu'à présent, les arbres génétiquement modifiés ne sont pas
commercialisés, sauf en Chine, où plus d'un million de peupliers
auraient été plantés à l'échelle nationale. Le reboisement s'inscrit en
droite ligne du plan du gouvernement chinois de planter 44 millions
d'hectares d'arbres d'ici à 2012 pour prévenir les inondations, la
sécheresse et la désertification. En attendant, des centaines d'essais
en champ s'effectuent à ciel ouvert, principalement aux Etats-Unis,
mais aussi au Canada, en Europe, en Nouvelle Zélande, au Japon et dans
une poignée d'autres pays - même si les chercheurs dans la plupart des
régions sont actuellement tenus d'abattre tous les arbres génétiquement
modifiés avant leur floraison.

Malgré leur enthousiasme, les biotechnologistes forestiers doivent
relever certains défis avant que les arbres transgéniques ne s'étalent
dans le paysage américain. Les lourds investissements nécessaires sur
de longues périodes constituent une véritable épreuve dans un monde où
le temps est de l'argent. (Le vétéran de l'industrie forestière, Scott
Wallinger, déplore que les premiers produits de la biotechnologie
forestière depuis 20 ans soient encore en phase d'expérimentation.) Les
tendances changeantes de la propriété des terrains forestiers
exploitables ajoutent à l'incertitude. Les sociétés d'investissement
rachètent de vastes domaines auprès des sociétés forestières. Or, leur
engagement envers la technologie, ou même le temps pendant lequel ils
garderont la propriété du terrain, demeurent incertains. Après la
résistance du public à la biotechnologie agricole, les partisans de
l'arbre génétiquement modifié sont également très préoccupés de la
réaction de ce même public à leurs plans.

Néanmoins, l'exploitation des forêts génétiquement modifiées est
susceptible de recevoir un coup d'accélérateur du fait d'une décision
prise en décembre 2003 par les parties à la Convention-cadre des
Nations Unies sur les changements climatiques, le traité international
visant à réduire les émissions de dioxyde de carbone et d'autres gaz à
effet de serre qui contribuent au réchauffement de la planète.
Conformément au Protocole de Kyoto de la Convention, qui fixe des
objectifs spécifiques pour ces réductions et qui est entré en vigueur
au mois de février, les pays seront autorisés à compenser leurs
émissions de carbone par la plantation d'arbres génétiquement modifiés,
lesquels absorberaient et emmagasineraient le carbone atmosphérique.
Selon Heidi Bachram du Transnational Institute, des subventions
publiques à hauteur de millions de dollars servent actuellement de
stimulants pour créer de telles plantations, en dépit des avantages
contestables de cette création, et cela plutôt que d'obliger en amont
les pollueurs à réduire leurs émissions. Par ailleurs, pour empêcher le
carbone emmagasiné d'entrer dans l'atmosphère, il faudrait empêcher que
ces plantations ne brulent, ne soient détruites par des insectes ou des
maladies ou qu'elles soient abattues.

Pendant ce temps, l'APHIS, du département américain de l'Agriculture,
qui supervise les essais en nature et accorde des permis d'utilisation
illimitée des plantes transgéniques, réorganise sa réglementation en
matière de biotechnologie. En 2003, une étude effectuée par la National
Academy of Sciences a relevé les carences de l'agence, soulignant son
manque de ressources, de personnel ou d'expertise nécessaires à
l'évaluation adéquate de l'impact sur l'environnement de la mise à la
disposition du public de produits génétiquement modifiés, en
particulier dans un contexte de rapides avancées technologiques. Selon
Lee Handley, qui travaille pour la Risk Assessment Branch (branche
chargée de l'évaluation des risques) des Biotechnology Regulatory
Services de l'APHIS, l'agence envisage de se défaire du système actuel
de notifications et de permis en faveur d'un nouveau système à
plusieurs étapes, dans lequel les règlements pour une plante
génétiquement modifiée particulière (comprenant à la fois les arbres et
les cultures) dépendraient du risque environnemental qu'elle poserait
selon l'agence. Par exemple, les arbres résistants aux insectes
pourraient être obligatoirement stériles, tandis que les arbres
génétiquement modifiés ayant d'autres caractères ne le seraient pas.
L'APHIS envisage aussi d'ajouter une catégorie dite de « une mise en
circulation conditionnelle » qui nécessiterait que des données
supplémentaires soient collectées avec le temps sur une plantation
donnée.

Les règles proposées sont attendues au cours de l'année 2005 et les
règlements définitifs immédiatement après que l'agence aura passé en
revue les commentaires. Handley, un vétéran de l'industrie forestière,
a exhorté les membres de l'industrie à faire entendre leurs voix en
participant à la période de débat public. Lors de la conférence en
Caroline du Nord, il a averti les participants que les arbres
génétiquement modifiés « sont de toute évidence dans la ligne de mire »
des groupes de défense de l'environnement, qui sont « très bien
organisés et sophistiqués » - ce qui suggère l'étendue des craintes des
partisans de la biotechnologie forestière, puisque la plupart des
principaux groupes écologistes ne se sont pas encore penchés sur la
question et que très peu de gens sont même au courant de l'existence
d'arbres transgéniques.

Dans leur article paru dans Foreign Affairs, David Victor et Jesse
Ausubel nous rappellent « l'importance des forêts » : elles abritent
l'essentiel de la biodiversité de la planète, protègent les bassins
versants, fournissent de l'eau potable et éliminent le dioxyde de
carbone atmosphérique. « Les forêts comptent - non seulement pour les
services écologiques et industriels qu'elles rendent, mais aussi au nom
de l'ordre et de la beauté », écrivent-ils. Une question-clé qui vient
à l'esprit lorsque nous considérons la question des forêts
transgéniques est celle de savoir ce qu'il faut faire pour préserver
les forêts sauvages, et qui doit en décider.

Karen Charman est journaliste d'investigation indépendante spécialisée
dans les questions environnementales. Elle est aussi rédactrice en chef
de la revue Capitalism Nature Socialism.

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