Les apprentis cloneursEpandage de Roundup sur un champ de coton transgénique

par Gilles-Eric SéraliniTout en bas! Ascenseur express

Merci d'employer votre ascenseur personnel. 11 pages à imprimer.

Cet article se focalise sur les risques sur la santé et l'environnement des plantes transgéniques, en prenant notamment l'exemple du soja rendu résistant au glyphosate - un herbicide total -, plante parmi d'autres déjà retrouvée avec ses dérivés dans le commerce sans indication particulière.

Le moratoire pour favoriser la recherche, en interdisant la dissémination commerciale dans le public et l'environnement des Organismes Génétiquement Manipulés (OGM), ou en la limitant aux cas de force majeure, est, pour l'heure, la seule manière de développer le savoir, et de ne pas provoquer d'accidents ou de contaminations. Un tel moratoire scientifique devrait donc s'étendre aux agriculteurs, afin qu'ils n'achètent pas encore en cet état embryonnaire de la recherche des semences génétiquement modifiées, ainsi ils ne pourraient pas dans l'immédiat devenir responsables ou victimes de tels accidents.

Les associations de consommateurs ont le devoir et le droit de demander rapidement une interdiction ou un étiquetage strict de tels produits et leurs dérivés, il s'agit d'un principe de base pour le suivi des contaminations possibles tant par les produits des gènes étrangers, que par les conséquences métaboliques de l'introduction de ces gènes d'autres espèces sur l'accumulation des herbicides dans les aliments par exemple. Ainsi la traçabilité des produits transgéniques et de leurs dérivés actuellement commercialisés permettra de limiter dans un premier temps les risques sur la santé, et de mieux soigner les accidents, tout en tenant compte d'un principe incontournable et responsable de précaution pour l'utilisation, que l'expérience passée devrait vivement encourager. L'absence de loi pour la traçabilité des aliments transgéniques pourrait durer un temps, mais les associations de consommateurs devraient s'assurer que ce principe de base ne soit pas toujours violé, il s'agit de la moindre des honnêtetés.
Chaque succès d'obtention d'un nouvel OGM satisfaisant pour les concepteurs est précédé par de nombreuses tentatives, dues à la non ou à la mauvaise intégration du gène étranger, dont il est difficile de contrôler le lieu d'insertion dans le génome des organismes supérieurs. Il peut ainsi interrompre des séquences essentielles.

Selon sa localisation, ce gène étranger est alors d'autre part souvent le prisonnier de régulations imprévisibles, qui le conduisent à devenir silencieux la plupart du temps, voire à être surexprimé plus rarement, ou alors à faire sécréter sa protéine correspondante à un moment du développement de l'organisme ou dans un tissu ou un compartiment cellulaire où on ne l'attendait pas. Cela impose souvent de transfecter ce gène avec des séquences régulatrices artificielles fortes, et / ou d'autres séquences permettant des contrôles d'insertion, comme celles qui confèrent des résistances aux antibiotiques, qui si elles se déplacent elles-mêmes dans le génome hôte ou infectent d'autres individus peuvent aussi être à la source de dérèglements supplémentaires.

Les cas de réussites sont rares par rapport au nombre d'essais, et la lignée doit ensuite être conservée avec beaucoup de précautions, elle est relativement instable, car la fluidité et les remaniements du génome au cours de la vie et des générations sont à présent des constatations acquises. Les organismes retransformés naturellement, et issus de cette instabilité, auront alors des caractéristiques différentes non prévisibles, ayant perdu le caractère nouveau souvent, l'ayant modifié ou en ayant modifié d'autres selon le remaniement génétique, qui est donc imprévisible avec nos connaissances actuelles.

Nos connaissances sont d'ailleurs encore extrêmement parcellaires sur le séquençage des génomes d'organismes supérieurs. Notre génétique moléculaire de cette fin de XX° siècle est une science vieille d'un peu plus d'une quarantaine d'années seulement2, et elle utilise des techniques évoluant à un rythme extrêmement rapide, s'étant développées dans la dernière décennie; elle est encore ainsi quasiment ignorante de la régulation corrélée de séries de gènes, de l'ensemble des rôles et régulations des gènes séquencés, de l'ordre global du génome pour son utilisation au cours de l'embryogenèse et du développement d'un individu, et de la capacité d'un gène à se répandre dans l'écosystème par hybridation, ou bien, là où on l'attend le moins, par transfert horizontal entre espèces ou au sein d'une même espèce.

Nous n'avons séquencé dans leur entièreté le génome que de quelques individus et n'en avons compris l'interprétation complète pour aucun. Notre degré d'ignorance doit absolument nous conférer l'humilité d'admettre que nous sommes encore des apprentis-cloneurs, et que la recherche doit réaliser pour cette maîtrise des progrès immenses.
Répandre les fruits de nos transformations génétiques dans le commerce et la nature présente en général, et à n'en pas douter, des risques nouveaux. Cela est d'autant plus grave qu'il ne serait pas scientifique d'affirmer que nous pouvons aujourd'hui les évaluer vraiment. Nous sommes aptes par contre à les recenser et les soupçonner, et même s'ils sont rares ils n'en seront pas moins explosifs, quand bien même demeureraient-ils latents ou invisibles pendant de nombreuses années, le temps de la multiplication d'un organisme redevenu sauvage, ou de l'incubation longue d'une maladie grave.

Alors ces risques surpasseront les bénéfices, ces derniers étant souvent, il faut le dire, réservés à une minorité commerciale. Les dangers ne peuvent certainement pas être complètement estimés grâce à des programmes informatiques réalisés à partir de ces mêmes connaissances actuelles mineures dans un milieu chaotique complexe.

Les contrôles techniques doivent donc considérablement être améliorés afin de juguler ces problèmes : pour tout organisme nouveau, risques nouveaux et contrôles nouveaux, qui ne sont pas aujourd'hui réalisés et que nous expliciterons ici. Il n'y a aucune urgence à répandre les OGM dans l'environnement, car alors les apprentis cloneurs peuvent devenir des apprentis sorciers.

Les risques pour la santé - Chaque cas d'OGM est différent, et il est déjà très long de recenser tous les cas existants, des possibilités innombrables sont soit déjà apparues, soit en développement ou en gestation à travers le monde. Les cas sont suffisamment différents pour préconiser des précautions importantes et globales communes.

Les espèces transgéniques sont par définition et construction complètement différentes des autres, par exemple parce qu'elles métabolisent des produits toxiques comme les pesticides différemment. Elles n'auraient pas pu exister dans la nature, notamment à cause de combinaisons de gènes étrangers qu'on leur injecte avec des séquences d'ADN stimulant leur expression artificiellement. Les techniques sont complètement nouvelles en agriculture, et les possibilités qui en découlent des milliards de fois au-dessus de celles offertes par l'hybridation et les sélections habituelles.

Les OGM fabriqués vont des virus aux vaches en passant par les visons, et entre autres pour les plantes par le blé, le maïs, le coton, les pommes de terre, le soja, le tabac et les tomates transgéniques. Leur nombre, la quantité des demandes d'autorisations par les vendeurs de semences et les contraintes économiques ont même conduit les autorités américaines (USDA/FDA) à ne soumettre les autorisations qu'à des procédures allégées (Stocco, 1994), cela est vrai pour les plantes que nous venons de citer, la même question se pose à l'Europe.

Pour des raisons peu claires et qui n'ont pas de fondement scientifique sérieux, à la différence de ce qui peut être rendu obligatoire comme contrôles lors de l'étude d'un additif alimentaire, d'un médicament ou d'un contaminant, aucune instance ne préconise la mise en oeuvre systématique de tests de nature toxicologique réalisés sur des espèces de rongeurs classiquement utilisés en toxicologie, selon un membre de la Commission du Génie Biomoléculaire (CGB), Directeur du Centre National d'Etudes et de Recommandations sur la Nutrition et l'Alimentation de Paris (Pascal, 1996). Ce qui a valeur aujourd'hui pour les demandes d'autorisation, est un concept d'équivalence en substance (nutriments caractéristiques, composés antinutritionnels ou toxiques) et une indication précise de la nature des constructions génétiques introduites, mis à part cela aucune démonstration de salubrité ne s'impose (Pascal, 1996). On ne connaît pas la localisation des gènes étrangers dans le génome ni précisément leur pouvoir de dissémination, et encore moins la nature de tous les métabolites que leur présence provoque quotidiennement dans les champs des agriculteurs et les assiettes des consommateurs.

Par exemple, des cas d'allergies dûs à un gène transfecté de la noix du Brésil ont déjà été recensés, et il est clair que les plantes résistantes aux herbicides peuvent contenir ces toxiques plus que les plantes normales, justement car ils sont faits pour pénétrer les plantes en général, et qu'ils ne tuent pas les plantes transgéniques en particulier, comme le glyphosate commercialisé sous le nom de Roundup ne tue pas le soja transgénique, ce composé étant un herbicide total peut donc s'y accumuler sans faire mourir la plante.

Il est paradoxal que le message compris par le public en général puisse être que les plantes résistances aux herbicides n'en contiennent pas, et qu'ainsi moins d'herbicide sera utilisé, alors que l'utilisation de Roundup va logiquement augmenter pour traiter les champs, de plus on mangeait moins auparavant de plantes à l'herbicide total ! Il s'intègre aussi plus tôt aux pousses en croissance. Son inocuité sur tout l'environnement, comme par ailleurs pour d'autres herbicides dont la date d'homologation est ancienne, n'est pas prouvée scientifiquement, il a une demi-vie de 60 jours dans le sol, le produit est par contre chimiquement stable et non dégradé naturellement par les plantes, dans lesquelles il circule relativement rapidement pour s'accumuler dans les parties en développement comme les méristèmes (Kishore et col., 1992). On peut en trouver aussi bien sûr dans les graines. Il manque encore de nombreuses précisions pour tracer un portrait complet du mode d'action de l'herbicide même si sa cible principale est connue (Aigle et col., 1996).

Comment ne pas rappeler à cet égard la mention normale portée sur les bouteilles de Roundup en vente libre : "Conserver hors de la portée des enfants - Conserver à l'écart des aliments et boissons y compris ceux pour animaux - Conserver uniquement dans le récipient d'origine", comme pour tout produit toxique ? La présence de ce glyphosate dans le soja transgénique traité n'est niée par personne, pas même par les concepteurs de plantes transgéniques, qui pour obtenir une croissance non ralentie par l'accumulation d'herbicide total dans cette plante ont dû y insérer un autre gène d'origine bactérienne, un autre transgène qui métabolise ce glyphosate en produits de dégradation encore récemment testés par la Commission des Toxiques (Aigle et col., 1996). Et encore dans bien des cas l'information exacte est confidentielle.

Ces produits et leurs dérivés pourront s'accumuler comme d'autres dans les foies des animaux consommateurs par exemple, et entrer par là directement ou indirectement dans la chaine alimentaire. Il n'y a en effet pas de relation entre la quantité retrouvée dans l'environnement, ou en moyenne dans la plante, et celle qui peut s'accumuler chez les animaux que nous mangeons et les adultes, les enfants ou les bébés, et provoquer ainsi des effets à long terme, non directement visibles, comme une neurotoxicité, une susceptibilité accrue aux allergies, une saturation progressive du système de détoxication, ou une initiation et / ou une promotion des cancers, dont le nombre de nouveaux cas augmente chez les plus jeunes. Plus de 20.000 morts par an par cancer lié aux pesticides sont recensés aux Etats-Unis, et le Ministère de l'Agriculture français admet dans un rapport que les premières victimes des pesticides sont les agriculteurs. Une baisse de la fertilité et une augmentation des cancers du testicule par exemple ont été décelés dans de nombreux pays (Toppari et col., 1996). Le risque dû à l'utilisation d'herbicides est donc majeur en nombre de morts par rapport à celui de la maladie dite de la vache folle, puisque l'on recense seulement dans ce cas un peu plus d'une dizaine de transmissions avérées à l'homme en Europe (Beauvais et Billette de Villemeur, 1996).

Par ailleurs des années (au moins 8 voire 10 en général) sont nécessaires pour tous les tests sur un principe actif médicamenteux qui sera consommé pour un temps, le plus généralement limité à quelques jours ou semaines, et seulement après ordonnance médicale, alors que des enfants pourront consommer ces dérivés de glyphosate pendant une vie dans des centaines de produits contenant du soja transgénique

Et l'on ne connaît même pas leur métabolisme chez les animaux ni les hommes et femmes de différents âges. Aujourd'hui pourtant, des techniques existent, dont nous recommandons l'emploi systématique, comme celle dite de postmarquage des nucléotides, pour déceler l'ensemble des composés toxiques qui se lient anormalement sur l'ADN (Pfohl-Leszkowicz, 1993). En les utilisant on y décèle d'ailleurs la présence mutagène de pesticides (Laouedj et col., 1995; Dubois et col., 1997).

Le DDT interdit aujourd'hui est cependant retrouvé à cause de sa stabilité dans les nappes phréatiques, mais aussi dans les graisses du corps humain, le lait des vaches et des mères, et nous ne voudrions pas que les mêmes erreurs se reproduisent pour d'autres composés. Voilà pourquoi l'argument de "quantité acceptable" d'herbicide retrouvé dans l'alimentation n'est pas scientifiquement fondé tant que tous les tests n'ont pas été réalisés comme pour un médicament. Cet argument au sujet des plantes transgéniques pourrait alors, fallacieusement utilisé, devenir criminel.

Les risques pour l'environnement - Toujours selon le vice-président de la CGB, la "perte" de l'efficacité des herbicides auxquels les plantes sont rendues résistantes semble inéluctable et de ce fait, on va décrire d'année en année la progression des résistances dans d'autres espèces (Aigle et col., 1996).

Outre les conséquences sur l'environnement évidentes avec une pollution génétique inattendue dans sa rapidité par rapport aux modifications évolutives habituelles, cela rendra chaque fois les agriculteurs un peu plus dépendants des vendeurs d'OGM. Il est bien clair que des plantes transgéniques transmettent leurs gènes à leurs cousines sauvages (Mikkelsen et col., 1997), cela est particulièrement visible dans le cas du colza, par hybridation et rétrocroisement, mais on a des exemples recensés pour la betterave à sucre, la luzerne, le riz, le tournesol, et le maïs (notamment pour ce cas en Amérique Centrale et au Mexique où poussent les téosintes, Mikkelsen et col., 1997).

Pour le maïs, il est très étonnant que l'on néglige les capacités des gènes étrangers ou de leurs promoteurs à transposer (les promoteurs sont les séquences régulatrices, qui peuvent être le plus souvent artificiellement associées à des gènes dans le cas de la transgenèse), c'est-à-dire à se déplacer tout en se dupliquant dans le génome. Cela peut créer des effets bizarres ici ou là en activant des gènes qui créeraient des toxicités, ou en inhibant d'autres, ces phénomènes rendent les souches très instables.

Ceci est d'autant plus vrai que les travaux de Barbara McClintock (Prix Nobel 1983) ont été menés sur les mutations provoquées par les gènes sauteurs ou transposons dans le maïs et ses grains !... McClintock a aussi démontré dès les années 1945-1946 que les éléments transposables peuvent induire des cassures chromosomiques. Par ailleurs certains transposons chez les plantes sont activés par des stress environnementaux. Il est très improbable qu'il y ait un seul type d'organisme dénué d'éléments génétiques transposables (Galas, 1990), ils peuvent avoir contribué à l'évolution des espèces (Finnegan, 1989), et des drosophiles se sont transmis des transposons à travers le monde en des périodes courtes de l'ordre de la décennie ! C'est clamer combien la dissémination d'éléments transgéniques transposables peut provoquer de manière insoupçonnée une évolution exponentielle en direct vers des sens difficiles à prévoir !

Ne l'oublions pas, lorsque l'on sait que des gènes codant pour des d-endotoxines de Bacillus thuringiensis, une bactérie du sol, ont été insérés chez le maïs, mais aussi le tabac, la pomme de terre ou le riz par exemple pour lutter contre des insectes. Or ces gènes, dont une cinquantaine ont été isolés (Chaufaux et col., 1996), sont inclus dans des structures composées d'éléments transposables (Lereclus et col., 1984). Qui pourra donc affirmer connaître leur capacité à transposer ou à se répandre dans l'environnement ? Les contrôles manquent. Pourtant la première population d'insectes résistants a été mentionnée en 1990 à Hawaï (Chaufaux et col., 1996), où les inter-croisements sont favorisés dans ce mini-écosystème naturel. Et que se passera-t-il d'une manière plus générale si des insectes pathogènes deviennent résistants à cause de ce type de manipulations aux insecticides courants ?

Nous préconisons donc la mesure systématique du pouvoir de transposition des séquences transgéniques par rapport aux séquences naturelles dites sauvages, dans le maïs lui-même mais aussi avec les bactéries du sol ou celles du rumen des ruminants ou des ensilages. Tous ces échanges inter-espèces de gènes ne peuvent absolument pas être exclus encore selon un membre de la CGB (Thuriaux, 1996), même si leur probabilité est faible, ces évènements ont toutes chances de surgir avec les milliards et les milliards de semences transgéniques en général produites déjà aujourd'hui sur des dizaines de milliers de km2 de terre arable à travers le monde. Les plantes peuvent aussi, dans certains cas moins étudiés, transmettre des gènes par leurs racines à d'autres végétaux.

Tous ces échanges irréguliers sont des transferts dits horizontaux de matériel génétique, au contraire de la transmission héréditaire par une génération parentale (on parle alors de transfert vertical comme d'un individu parent à ses descendants). La dissémination de l'erreur génétique ainsi créée peut couver des années avant de devenir discernable ou néfaste. Thuriaux (1996) souligne encore "Une première urgence est d'admettre le caractère parcellaire des connaissances dans le domaine des flux de gènes", plus loin il évoque "ce déficit des connaissances".

Tout cela constitue donc des raisons de plus de développer la recherche dans des écosystèmes expérimentaux en miniature, avant de disséminer les nouveautés aux effets inconnus. Ces systèmes devront tenir compte de la présence des insectes qui ont des échanges nombreux avec les plantes, et y rechercher aussi les produits dus à la présence des transgènes. Nous avons aujourd'hui les spécialistes et les moyens techniques d'initier toutes ces recherches. Enfin, le miel ne va-t-il pas par exemple accumuler les herbicides ou les toxines insecticides ? La fertilité des abeilles s'en ressentira-t-elle ? Comment réagiront les oiseaux qui mangent ces insectes ?

En ce qui concerne les plantes transgéniques résistantes aux virus, Laude (1996), un autre membre de la CGB, note dès le début de son article que des évènements observables sur des plantes non transgéniques, tels que des recombinaisons ou mutations susceptibles de modifier une population virale infectante, pourraient également survenir lors de l'infection d'une plante transgénique exprimant une séquence virale. Or leur incidence, même limitée ou ponctuelle, n'en pourrait pas moins être grave. Là encore, les mécanismes généraux qui sous-tendent la résistance à l'infection virale ne sont que partiellement élucidés (Laude, 1996), et cela indique à nouveau le besoin de recherche plus que de dissémination incontrôlée.

Les espoirs balayés par la précipitation - Cet article ne nie pas l'intérêt de la transgenèse en général, et végétale en particulier. Au contraire, afin de l'utiliser avec une excellente gestion des risques pour la santé et l'environnement dans le futur, et ne pas ainsi balayer les espoirs, comme le feraient des interdictions après les premiers accidents, nous nous prononçons en faveur d'un moratoire scientifique, agricole, et des consommateurs. Ce sera la seule manière de développer le savoir avec plus de recherche en attendant un consensus acceptable dans le domaine. Même si le niveau de risque zéro n'existe pas, il est faux et mensonger d'affirmer scientifiquement savoir qu'avec les OGM il n'y a pas plus de risque qu'avec n'importe quel autre produit, cette affirmation relèverait de l'ignorance ou de la malhonnêteté, dans un contexte où tous les experts sérieux admettent un relatif déficit de données pour les effets pervers sur la santé et l'environnement.

Les risques agricoles sont souvent amplifiés par les activités industrielles inconsidérées, comme les sécheresses en été et inondations à d'autres moments sont favorisées par l'effet de serre, comme les toxicités se multiplient liées à l'emploi massif de pesticides qui se retrouvent parfois dans l'eau du robinet, les légumes et fruits, et leurs dérivés, comme les pesticides pénètrent aussi la viande et les produits laitiers par la consommation animale. Ces risques sont assez nombreux pour que l'on n'en ajoute pas de nouveaux sans les estimer pleinement et scientifiquement au préalable.

Les tentatives sont parfois à encourager, comme les OGM pour détruire les polluants ou se débarrasser de l'utilisation de certains pesticides même, de plus il faudrait peut-être également fabriquer et tester sérieusement de nouvelles plantes nourricières adaptées à la sécheresse pour la culture dans les pays souffrant de la faim (ou bientôt chez nous si les manques d'eau se renouvellent de plus en plus souvent, ce qui est prévisible).

Voilà pourquoi les recherches en champs extrêmement bien balisés, protégés, ou en serres, doivent s'intensifier, ainsi que les contrôles nouveaux que nous préconisons sur les plantes transgéniques et les animaux consommant ces plantes et leurs dérivés, les commissions de vérifications doivent devenir internationales, pluridisciplinaires, complètement indépendantes, et doivent présenter leurs rapports et contrôles dans des congrès scientifiques très larges, et les publier pour le public et tous les utilisateurs en termes simples.

En attendant cela pour chaque plante transgénique, il ne faut pas commercialiser ou cultiver en plein champ. Des procès pourraient se multiplier sinon dans l'avenir contre les firmes ou les Ministres donnant des autorisations avec contrôles insuffisants, comme on l'a constaté dans d'autres affaires aujourd'hui bien jugulées, mais dont les morts ne sont pas réparées, alors que certains avaient averti des risques.

De plus, les utilisateurs des OGM deviennent, en les achetant, responsables, et mettent considérablement en jeu leur activité économique, en cas d'accidents prévisibles pour la CGB et son ex-président, lors de la dissémination à large échelle des plantes transgéniques. Je cite : "Au terme d'une période [d'essai] de quelques années (3 à 5 ans), l'analyse des paramètres recueillis déboucherait sur une confirmation de la commercialisation, dans certains cas, et sur sa suppression dans d'autres cas,4 à charge pour les sociétés concernées d'éliminer les organismes à l'origine des phénomènes indésirables observés" (Khan, 1996). Pourtant, la CGB milite en faveur de la dissémination à large échelle. Nous pensons à ce sujet que les agriculteurs ou les consommateurs, dont les enfants, ne doivent pas absolument pas remplacer les rats de laboratoire.

Les couvertures médicales et les syndicats d'agriculteurs devront donc, de toute manière, s'assurer impérativement, avant tout achat, que tous les risques financiers en cas de problème seront assumés par les vendeurs de semences transgéniques et de pesticides, et non par les consommateurs ou les agriculteurs eux-mêmes, qui seraient alors pris en tenailles par le système, car en cas d'accident ces derniers seraient ici ou là dans le cas contraire accablés vers la faillite.

C'est la première fois dans l'histoire de l'espèce humaine que nous apprenons à manipuler notre propre espèce et les génomes des autres avec des bistouris et des soudeurs génétiques que sont les enzymes de restrictions et de modifications. En tant que biologiste moléculaire, j'affirme que nous ne connaissons pas encore les conséquences de nos actes sur la santé et l'environnement, et que soutenir le contraire serait mentir. Tout simplement, rappelons que nous n'avons séquencé entièrement le génome que de très peu d'espèces, et que nous comprenons et interprétons encore très peu par rapport à ce qui reste à découvrir, dans l'organisation et la régulation globale des gènes, comme nous ne savons pas toujours toutes les fonctions auxquelles un gène peut participer. En décortiquer une n'est pas forcément accomplir le tour des résultats.

Dans ce contexte, des plantes nouvelles transgéniques ne peuvent absolument pas a priori être mélangées sans distinction avec les autres sur la base d'une équivalence nutritionnelle. Si nous faisions de même avec les souris transgéniques de laboratoire, nous ne pourrions plus rien conclure ni même observer des effets en pathologie. Les recherches du début du XXI° siècle devraient apporter une série d'éclairages nouveaux et indispensables sur toutes ces questions. En attendant, le respect de la vie, de la santé et de l'environnement doivent être nos priorités premières afin de gérer l'économie sainement.

Références -

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Chaufaux J., Sanchis V., Lereclus D. (1996) Bacillus thuringiensis : un réservoir d'insecticides. In Les plantes transgéniques en agriculture, pp.143-159. op. cit.
Dubois M., Grosse Y., Thomé JP., Kremers P., Pfohl-Leszkowicz A. (1997) Metabolic activation and DNA adduct detection as biomarkers of chlorinated pesticides exposures. Biomarkers, 2, 17-24.
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Kishore GM., Padgette SR., Fraley RT. (1992) History of herbicide tolerant crops, methods of development and current state of the art - emphasis on glyphosate tolerance. Weed Technol, 6, 626-634.
Laouedj A., Schenk C., Pfohl-Leszkowicz A., Keith G. Schontz D. et col. (1995) Detection of DNA adducts in declining hop plants grown on fields formerly treated with heptachlor a persistent insecticide. Environmental Pollution, 90, 409- 414.
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Retour au sommet de la pageToppari J., Larsen JC., Christiansen P., Giwercman A., Grandjean P. et col. (1996) Male reproductive health and environmental xenoestrogens. Environmental Health Perspectives, 104, 4, 741-803.

OGM : La guerre du troisième millénaire! - Dossier clonage - Jardin


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