Tout en bas!L'Humanité du 16 Septembre 2000

Clonage : Jusqu'où l'homme peut-il modifier l'homme ?

Merci à Catherine ROUX pour son travail bénévole. Pas d'ascenseur! Consultez aussi le dossier libération sur le clonage - Projet britannique d'autoriser le clonage d'embryons humains et débat sur les limites de la recherche médicale - Le clonage marque le pas - L'embryon convoité

La communauté internationale

interpellée N'altère plus la Terre!

Georges Kutukdjian, secrétaire général du Comité international de bioéthique de l'UNESCO, dresse un état des lieux des législations existantes et souligne le rôle des Nations unies pour le respect des droits de l'homme.

Des Etats s'interrogent sur l'opportunité de revoir leurs législations ou leurs réglementations sur le clonage afin de l'autoriser à des fins thérapeutiques. Quelle va être la réaction de la communauté internationale ? En effet, des législations strictes existent déjà dans de nombreux pays. La Constitution suisse interdit toute forme de clonage et toute intervention dans le patrimoine génétique d'embryons humains. Dans le même esprit, des législations interdisant le clonage humain sont en vigueur en Allemagne, Argentine, Danemark, Espagne, Géorgie, Israël et Italie, pour n'en citer que quelques-uns. Un protocole du Conseil de l'Europe interdisant le clonage humain a été également signé par vingt-deux Etats européens, dont la France, et ne nécessite plus que d'une seule ratification pour entrer en vigueur. Les comités nationaux d'éthique ou les académies des sciences de nombreux pays (Bulgarie, Chili, Chine, Fédération de Russie, Inde, Japon, Portugal, Slovaquie, Tunisie) ont pris position contre le clonage à des fins de reproduction d'êtres humains.

Concernant la recherche sur les embryons humains, l'Espagne punit sévèrement la fertilisation d'ovules humains pour toute autre fin que la procréation humaine, tout en autorisant la recherche sur l'embryon qui ne fait plus l'objet d'un projet parental, si les personnes concernées y consentent. En revanche, l'Allemagne et la Norvège interdisent les recherches sur l'embryon. Afin de ne pas conserver d'embryons en surnombre, en l'absence de législation claire, des hôpitaux et des cliniques dans de nombreux pays ne fécondent que le nombre d'ovules pouvant être immédiatement implantés dans le corps de la femme, en évitant ainsi de poser la question de la recherche sur des embryons.

Dans ce contexte normatif hétérogène, seul un réel consensus au sein de la communauté internationale peut prévenir des expérimentations contraires à la dignité humaine. C'est là que l'UNESCO joue pleinement son rôle. Adoptée en 1997, la déclaration universelle sur le génome humain et les droits de l'homme de l'UNESCO fournit un cadre éthique et juridique pour les activités touchant au génome humain. Elle interdit expressément le clonage humain ainsi que toute autre pratique contraire à la dignité humaine (article 11), et pour préserver la primauté de l'être humain sur la recherche (article 10). Bien que la déclaration ne soit pas contraignante, l'UNESCO s'emploie à inciter les Etats à traduire les principes qu'elle contient dans leurs législations nationales.

Deux organes en sont chargés, le Comité international de bioéthique (CIB) et le Comité intergouvernemental de bioéthique (CIGB) de l'UNESCO, qui encouragent la réflexion éthique et juridique et veillent à la diffusion des principes dans chaque Etat. Des colloques et des séminaires sont organisés régulièrement pour sensibiliser les scientifiques et les parlementaires dans le monde. En réponse à cela, de nombreux Etats ont manifesté leur volonté de collaborer ou même d'être assistés dans la transposition des principes énoncés dans la déclaration. Sur la base d'une évaluation en 2002 de l'impact de la déclaration, il appartiendra aux Etats de se concerter pour savoir s'il faut envisager un instrument juridique contraignant.

Au demeurant, certaines questions restent ouvertes. Qu'en est-il du clonage de tissus ou d'organes d'une personne pour qu'elle-même puisse en bénéficier à des fins thérapeutiques ? Faut-il impérativement détruire des embryons congelés qui ne font plus l'objet d'un projet parental ? Peut-on, dans ce cas précis, envisager, avec le consentement exprès, libre et éclairé des personnes intéressées, une utilisation à des fins d'expérimentation ? N'assiste-t-on pas à l'heure actuelle à un déplacement des questions éthiques en conduisant des recherches non plus sur les embryons mais sur les cellules souches embryonnaires ?

La recherche d'une solution à ces questions doit, en tout cas, se faire dans les limites du respect de la primauté de l'être humain sur la science, sans qu'aucun Etat ne puisse esquiver cette prémisse universelle. · l'issue d'un colloque international sur la bioéthique et les droits de l'enfant, tenu en avril 2000 à Monaco, le respect de la dignité de l'embryon constitué in vitro a été affirmé avec force. Il est essentiel que le corps humain et ses parties ne puissent être instrumentalisés et que tout progrès thérapeutique ne se fasse aux dépends du respect de la dignité de l'être humain. Jusqu'où peut-on aller dans la transformation de l'homme par l'homme ? Pas au point de le transformer, de sujet qu'il est, en une simple matière première.

Sciences. Ethique

Le projet britannique d'autoriser le clonage d'embryons humains relance le débat sur les limites de la recherche médicale.

La génétique contemporaine fonde beaucoup d'espoirs thérapeutiques dans la manipulation des cellules embryonnaires humaines qui pourraient permettre de réparer certaines lésions réputées incurables. Mais peut-on se servir de l'embryon humain comme d'un instrument ? Décryptage.

Un tabou est tombé. Pour la première fois, des chercheurs devraient pouvoir cloner des embryons humains dans leur laboratoire, en toute légalité et financés par des fonds publics. Cet automne, les députés britanniques devraient en effet adopter, en leur âme et conscience, un texte de loi proposé par un comité d'experts, autorisant l'utilisation de cette technique dans les recherches. Tony Blair a donné son feu vert le 16 août dernier et, bien qu'attendue, cette annonce a relancé le débat sur le clonage humain, banni au lendemain de la naissance de Dolly, en 1997. La perspective promise par un Richard Seed avide de publicité, de cloner un beau bébé joufflu, dans la foulée de la brebis écossaise, avait alors suscité un mouvement de condamnation dans la majorité des pays.

La France et dix-huit autres pays européens étaient unanimes : cette technique ne devrait jamais être appliquée à l'homme. Quelle serait la liberté d'un être façonné jusque dans ses gènes à l'image de son double, privé de cette part de hasard qui fait que chaque homme est tel qu'il est et non tel qu'un autre l'aurait décidé ? " Les risques d'instrumentalisation et d'eugénisme rendent le clonage éthiquement inacceptable ", résumait le groupe européen de conseil pour l'éthique des biotechnologies, présidé par Noëlle Lenoir, tandis qu'aux Etats-Unis, en Corée ou en Israël, la course au bébé-clone et aux dollars était déjà lancée par des sociétés privées ne voyant dans le clonage qu'une suite logique à procréation médicale assistée.

On ne parlait alors que de faire naître un bébé génétiquement jumeau de son " géniteur ", c'est-à-dire de " clonage humain reproductif ". Mais une découverte majeure, voici deux ans, a mis en valeur une autre forme de clonage, moins sulfureuse parce que prometteuse de succès médicaux prodigieux, tels que traiter des maladies jusqu'alors incurables : le " clonage humain thérapeutique ".

Des organes de rechange

En novembre 1998, en effet, deux équipes de chercheurs américains, James Thomson de l'université du Wisconsin et John Gearrhart de l'hôpital de Baltimore, ont réussi à isoler et mettre en culture des cellules souches présentes dans l'embryon humain au bout de cinq jours. Ces cellules ont deux particularités : d'une part elles se divisent à l'infini à l'identique, d'autre part elles sont capables de se transformer, ou de se " différencier ", en cellules du sang, du muscle, des nerfs, etc. (on compte jusqu'à 210 types de cellules).

Cette découverte, et celles qui ont suivi dans l'ébullition qui s'est emparée du monde scientifique, ouvrent des perspectives, inimaginables il y a encore dix ans, en matière de thérapie cellulaire. En transplantant, en effet, ces cellules dans un organe malade, les chercheurs espèrent pouvoir régénérer de l'intérieur les fonctions organiques abîmées ou détruites. Des cellules du foie pour réparer les dégâts des hépatites, des cellules nerveuses pour lutter contre les maladies de Parkinson ou d'Alzheimer, des cellules sécrétant l'insuline pour soigner le diabète... Certains envisagent même de cultiver des organes entiers de rechange sur mesure, comme les pièces d'une voiture. Or, pour que l'organisme accueille ces transplantations sans risque de rejet, la méthode la plus efficace reste le clonage. En introduisant le noyau d'une cellule du malade dans un ovocyte énucléé pour créer une cellule embryonnaire (voir schéma), il est possible de créer des lignées cellulaires exactement identiques à celles du patient et donc parfaitement compatibles avec son système immunitaire.

Le clonage marque le pas

C'est sur cette piste que s'apprêtent à s'engager les scientifiques britanniques, au nom du droit des malades à profiter des progrès de la science. Une approche éthique très anglo-saxonne, pragmatique et utilitariste au sens où " tout ce qui diminue la douleur et augmente le bonheur est acceptable ", explique le généticien Axel Kahn. " Alors que pour les Européens continentaux, le principe qui prime est celui du respect de la dignité de l'homme. " Certes le comité d'experts, mené par le secrétaire d'Etat à la Santé Liam Donaldson, a pris grand soin d'exclure toute utilisation du clonage à des fins de reproduction. Par ailleurs, ces recherches seront très encadrées par la Human Fertilisation and Ambryology Authority (HFEA), qui depuis dix ans contrôle toutes les recherches sur les embryons au point d'être présentée comme un modèle (notamment en France). Mais n'est-ce pas ouvrir la boîte de Pandore et s'engager sur une voie qui autorisera toutes les dérives ? En banalisant le clonage thérapeutique ne prend-t-on pas le risque de légitimer le clonage reproductif ?

Techniquement, néanmoins, on est encore loin de ces scénarios dignes des meilleurs romans de science-fiction. Le clonage reproductif, si prometteur en 1997, n'est toujours pas maîtrisé. Si depuis Dolly, des vaches, des chèvres, des souris et récemment encore des porcs ont rejoint la ménagerie des mammifères clonés, les taux de réussite sont très faibles (moins de 2 %), et de multiples obstacles barrent la route des chercheurs. Tous les essais de transposition de noyau de cellule dans un ovule de guenon, le mammifère le plus proche de l'homme, ont échoué. Le clonage humain n'est donc pas pour demain quoiqu'en disent les raéliens, la secte ayant annoncé le 23 août, " être en mesure de cloner le premier enfant très bientôt ".

Le clonage à visée thérapeutique semble, par contre, à portée de pipette depuis l'annonce, en mai 1999 par la compagnie américaine Advanced Cells, du premier clonage d'une cellule de la peau humaine dans un ovule de vache. L'embryon (chimérique ou non ?) a été détruit à 12 jours. Mais si ces difficultés pour développer un embryon de primate étaient résolues dans quelques années et s'il devenait possible de réimplanter cet embryon in utero, résistera-t-on à la tentation de franchir le pas ? " La question ne sera alors pas de savoir si certains le feront, mais s'ils le feront dans l'autorisation ou dans la transgression ", estime Axel Kahn. Et si, le pas franchi, un pays pourra refuser longtemps à ses malades et à ses parents en mal d'enfants les bienfaits d'une méthode appliquée avec succès de l'autre côté de la frontière...

L'embryon convoité

Un verrou a donc sauté en Angleterre. Il impose aujourd'hui aux autres pays de prendre position sur les embryons, car derrière le clonage surgit une autre controverse : a-t-on le droit de créer un embryon pour qu'il devienne un être humain, mais pour en utiliser les cellules avant de le détruire ? Et son inévitable corollaire : Le droit des malades à être soigné est-il supérieur au respect de la dignité humaine ? La question est d'autant plus délicate à trancher qu' " aucun pays n'a jamais osé définir l'embryon humain ou la notion de vie humaine ", note Noëlle Lenoir. Qu'est-ce qui définit son humanité ? Le mode de procréation, le projet parental ou simplement le fait qu'il peut devenir un être humain ? Les Anglais, les premiers, ont évité la controverse en inventant, au début des années quatre-vingt-dix, le concept de " pré-embryon ", embryon de moins de 14 jours, date à laquelle son système nerveux s'ébauche. Depuis dix ans, 48 000 embryons produits en vue d'une PMA ont ainsi été utilisés et 118 créés par les chercheurs britanniques. Les Suédois, les Danois et les Espagnols ont retenu la même définition, alors que dans les autres pays toute recherche sur les embryons reste proscrite (voir encadré).

Après les Etats-Unis, qui ont pour la première fois autorisé le 23 août le financement public de recherches sur l'embryon, le débat rebondit en France. S'il reste exclu de créer des embryons à des fins de recherche, un certain consensus émerge au sein du monde scientifique et du Conseil consultatif national d'éthique (CCNE), en faveur de l'utilisation des milliers d'embryons surnuméraires stockés dans les congélateurs des services de procréation médicale assistée (les estimations vont de 10 000 à 200 000). Les professeurs Axel Kahn, Pierre Jouannet, président de la fédération des CECOS (centre d'étude et de conservation des oufs et du sperme humains), René Frydman, spécialiste de la reproduction assistée, Jacques Testard, directeur de recherche à l'INSERM, ou Didier Sicard, président du CCNE, se sont prononcés en faveur d'une telle mesure... à condition que ces embryons ne fassent plus partie d'un projet parental, soient destinés à être détruits, et ne soient utilisés qu'avec le consentement des donneurs. La discussion parlementaire aurait déjà dû être entamé lors de la révision des lois de bioéthique de 1994, prévue en 1999, mais à nouveau reculée au printemps 2001...

L'embryon, serait-il devenu le creuset incontournable des recherches en thérapie génique et cellulaire ? Les opposants à toute manipulation de l'embryon, aux Etats-Unis comme en Allemagne, refusent d'y croire et mettent en avant d'autres découvertes inattendues. Les cellules embryonnaires ne sont en effet pas les seules à avoir l'extraordinaire capacité de se différencier. Certaines cellules souches adultes, présentes dans la moelle osseuse ou le système nerveux, sont, elles aussi, capables de se transformer en cellule du sang, du cerveau ou du muscle. Elles sont rares, difficiles à repérer, on ignore quasiment tout de la manière dont elles se développent ou changent de spécialité, elles ont une vie moins longue en laboratoire que les cellules embryonnaires et n'ont pas la même capacité à se diviser à l'infini. Mais elles présentent une vertu indéniable : " La recherche sur les cellules souches adultes est certes plus difficile, mais elle constitue la voie moralement la plus acceptable ", souligne ainsi le secrétaire allemand de la Recherche, opposé à toute recherche sur l'embryon. Faut-il pour autant exclure une piste au profit de l'autre ? Une nouvelle question à verser au débat.

Isabelle Duriez (L'Humanité)

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