Extraits de l'excellent dossier du Canard Enchaîné N° 76 (Juillet 2000. 82 pages).

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Transgénique amer

Les organismes génétiquement modifiés (OGM) sont dans les choux, mais n'ont pas l'intention d'y rester.

LES désormais célèbres OGM, pour " organismes génétiquement modifiés ", n'ont plus la cote du tout. La question est aujourd'hui de savoir si cette disgrâce est provisoire ou si la mise à mort est programmée. Les industriels de l'agroalimentaire ont entamé une marche arrière accélérée le 10 avril dernier. C'est-à-dire la date à laquelle l'étiquetage des " aliments et ingrédients alimentaires " contenant plus de 1 % d'OGM et des " additifs et arômes génétiquement modifiés " sans précision de seuil est devenu obligatoire dans toute l'Union européenne. Plutôt que de devoir ajouter l'infamante mention : " contient du maïs ou du soja génétiquement modifié - dans la liste des ingrédients qui composent leurs produits, au risque de faire fuir les consommateurs, les professionnels préfèrent changer de recette. Y compris Danone et Nestlé, qui se déclaraient il y a encore deux ans favorables à ces nouvelles technologies.

A la poubelle, le soja et le maïs, dont respectivement un tiers et la moitié sont cultivés aujourd'hui aux Etats-Unis sous forme génétiquement modifiée. Bonjour le blé, les pois, le riz ou la pomme de terre, qui n'existent pas à l'heure actuelle en version transgénique. ( ?) Depuis le 10 avril, la liste noire de Greenpeace, qui épingle les " produits susceptibles de contenir des OGM ou dont les fabricants ne garantissent pas formellement l'absence d'OGM ", a fondu. " De plus en plus de fabricants décident de ne plus utiliser d'OGM dans leurs produits, pavoise l'association. Depuis l'édition précédente (Greenpeace remet sa liste à jour toutes les deux semaines environ), nous avons reçu les garanties des groupes Mars Alimentaire et United Biscuits. Les produits sans OGM sont donc de plus en plus nombreux, et les consommateurs peuvent se réjouir du résultat de leur pression auprès des fabricants. " Bref, le 10 avril au matin, rares étaient les produits estampillés comme contenant des OGM. Tels les Invitation mini-feuilletés Apéritif Brossard, pain de mie au son Réva, Dessert soja saveur chocolat Gayelord Hauser, Galettes bretonnes Chabrior, Petit déjeuner 5 vitamines Monoprix La Forme... Et cette liste devrait encore diminuer.

Avec cet étiquetage, l'Union européenne entend donc avertir les consommateurs de la présence d'OGM dans leur alimentation. Et leur laisser la liberté d'en consommer ou non. Reste une question : compte tenu du climat passionnel qui entoure le sujet, les gens peuvent-ils y lire autre chose qu'une forme d'avertissement ? Une défausse des pouvoirs publics les incitant à prendre leurs responsabilités, à assumer les conséquences d'un éventuel problème, en clair à ne pas consommer ? Les industriels, qui se sentent montrés du doigt, y voient en tout cas un appel officieux au boycottage. C'est ainsi qu'en février l'organisation américaine de l'industrie de la biotechnologie (BIO) s'était déclarée contre l'étiquetage. Expliquant que cette mesure pourrait " tromper les consommateurs " car il n'existe pas, selon elle, de différence entre les aliments contenant des OGM et les autres.

Depuis l'origine, cette volonté d'étiqueter apparait d'ailleurs comme une manière pour les gouvernements de se décharger sur les citoyens de leur responsabilité. Lorsque l'Europe autorise, fin 1996, l'importation d'un maïs transgénique, la France fait de l'étiquetage la condition de son feu vert. Le sang contaminé et la vache folle ont laissé quelques séquelles dans les esprits, et le gouvernement, sachant que l'innocuité des plantes transgéniques est contestée, notamment par Greenpeace, redoute que l'opinion publique ne se retourne contre lui en cas de problème.

Le 15 janvier 1997, Jacques Chirac affirme à grands trémolos qu'" aucun produit de ce genre ne doit être mis sur le marché français tant que le problème de l'étiquetage n'aura pas été résolu ". Cette promesse faite, il s'empresse de l'oublier. Par peur sans doute d'être accusé d'entrave au commerce par les EtatsUnis.

Le 2 février, deux avis publiés au " Journal officiel " rendent donc l'étiquetage obligatoire. Mais leurs modalités d'application ne seront jamais définies ! Il est vrai que cette mesure pose un petit problème. Les Américains refusant de séparer les livraisons de maïs et soja conventionnels et génétiquement modifiés, les Européens doivent se débrouiller tout seuls pour découvrir lequel est lequel. Le hic, c'est qu'à l'époque les tests le permettant ne sont pas encore au point. Sans attendre, le gouvernement d'Alain Juppé ouvre les frontières au maïs, qui pourtant selon Chirac devait être étiqueté. Puis c'est le tour d'un soja transgénique. Le 1er novembre 1998, la Commission européenne décrète avec un ensemble touchant une obligation d'étiquetage qui ne sera pas appliquée non plus. Par manque de volonté politique. Et parce que les tests ne sont pas suffisamment précis. Qualitatifs, ils ne sont pas quantitatifs : en clair ils signalent la présence d'OGM mais sans pouvoir en mesurer la quantité, ce qui est tout de même embêtant. Les mois suivants, le dossier n'avance guère. On ne sait toujours pas évaluer l'ampleur du phénomène. Ce qui n'empêche pas le gouvernement de Lionel Jospin d'autoriser en février 1999 la mise en culture d'un maïs génétiquement modifié. Lorsque la nouvelle est rendue officielle en sa présence, la ministre Verte Dominique Voynet devient rouge mais ne moufte pas. Au grand dam des associations environnementalistes.

Les mois suivants, le contexte mondial devient lourd pour les promoteurs des OGM. Les opinions publiques s'y déclarent de plus en plus hostilesf La vague anti-OGM devient planétaire. L'Australie et la Nouvelle-Zélande, qui font pourtant partie du groupe de Cairns, lequel rassemble les pays les plus libéraux en matière d'échanges agricoles, se mettent à leur tour à parler étiquetage. Le Japon, à l'heure actuelle l'un des principaux marchés pour les produits alimentaires contenant des OGM, entre en résistance. Le voilà qui annonce l'entrée en vigueur de cette mesure d'étiquetage à partir d'avril 2001 pour les produits contenant plus de 5% d'OGM.

Le malaise gagne ensuite les consommateurs américains. Eux qui avalaient jusque-là avec frénésie des OGM sans aucun état d'âme sont saisis par le doute. Il est vrai que Monsanto, le numéro un mondial américain des biotechnologies, en a fait un peu trop en rachetant Delta & Pine Land Co., qui a mis au point un gène redoutable puisqu'il rend les semences stériles après une récolte, ce qui oblige les agriculteurs à en racheter chaque année. Le tollé contre cette semence transgénique, aussitôt baptisée Terminator par ses détracteurs, est mondial. Au point que Monsanto se voit contraint d'annoncer urbi et orbi qu'il abandonne Terminator. Echaudés, les Américains commencent à regarder les industriels des biotechnologies d'un oeil moins indifférent. En novembre 1999, Consumers Union, l'une des principales associations de consommateurs du pays, enfonce le clou. Elle affirme que 60 % des aliments frais et transformés consommés aux Etats-Unis contiennent, à différents degrés, des OGM. Une bonne partie du mouvement associatif, y compris des syndicats agricoles comme le Groupement des producteurs de maïs, lance alors une campagne auprès de l'administration et du Congrès pour rendre l'étiquetage obligatoire. Le 15 décembre, l'écologiste Jeremy Rifkin et une coalition d'agriculteurs américains engagent un procès contre Monsanto pour violation des lois antitrust et fausses déclarations sur la sécurité des aliments transgéniques.

L'administration US, qui traitait jusque-là les réticences européennes avec le plus grand mépris, est contrainte de changer de tactique. Pour calmer le jeu, le département américain de l'Agriculture (USDA), l'agence de protection de l'environnement (EPA) et l'administration chargée du contrôle des produits alimentaires et pharmaceutiques (FDA) annoncent une salve de mesures : ils vont réétudier les procédures de contrôle de l'innocuité des OGM en matière de sécurité alimentaire, celles de la dissémination des transgènes dans l'environnement et de la contamination de plantes identiques conventionnelles et de mauvaises herbes. Examinée à la loupe aussi, l'apparition de résistances chez les insectes ayant mangé des plantes génétiquement modifiées pour sécréter des toxines censées les occire... Et, promis, tout le monde commence à réfléchir à la question de l'étiquetage. Bref, le reflux est général et tourne à la retraite en rangs serrés. Même les géants symboliques de la malbouffe s'y mettent: McDonald's aurait ainsi demandé à ses fournisseurs de frites de ne plus utiliser de pommes de terre transgéniques.

Le 10 avril dernier, l'obligation d'étiquetage est donc entrée en vigueur en Europe. Vu le revirement d'opinion outre-Atlantique, les gouvernements européens redoutent moins d'éventuelles sanctions américaines. Quant aux tests, ils sont efficaces. Danone, qui a mis au point ses propres méthodes d'analyse, se vante de pouvoir détecter jusqu'à 0,005 % de maïs ou de soja transgénique dans un aliment. Mais le désamour du public a eu pour effet de bouter les OGM hors des assiettes. Aujourd'hui, le sans-OGM est devenu un argument de vente. L'alimentation animale étant le dernier refuge du soja et du maïs transgéniques, les producteurs de volailles vendent aujourd'hui des poulets, canards, pintades et autres dindes garantis nourris sans OGM. Greenpeace en publie une liste sur son site lnternet.

Eliminées des assiettes, les plantes transgéniques le sont également du paysage. Pour la première année, le nombre d'hectares plantés en semences transgéniques a diminué en Amérique du Nord, premier producteur mondial d'OGM. D'après une récente enquête des autorités de Washington, le maïs OGM passera du tiers au quart de la production américaine en 2000, le coton de 55 % à 48 % et le soja de 57 % à 52 %. Ce recul ne s'explique pas seulement par le refus des opinions publiques. Pour les agriculteurs, les OGM existants n'offrent guère d'avantages agronomiques. Avec les OGM de seconde génération, la situation peut toutefois se renverser. Si leur rentabilité à l'hectare est effectivement très supérieure à celle des semences traditionnelles, les fermiers américains pourraient réviser leurjugement. Et a fortiori ceux de pays comme la Chine, qui doit nourrir une population frôlant 1,3 milliard d'habitants.

Tout comme les consommateurs le jour où les industriels leur proposeront, comme le promet Monsanto, " des pommes de terre qui absorbent moins d'huile quand on les frit, du maïs et du soja enrichis en protéines, des tomates à la saveur plus fraîche et des fraises qui conservent leur douceur naturelle "...

L'heure est au marketing génétiquement modifié.

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Terre sacrée : un site fou résistant aux OGM

 

Image de masque

Avec ou sans étiquette, les OGM masqués peuvent encore frapper.

MALGRÉ l'obligation d'étiquetage entrée en vigueur le 10 avril dernier, des aliments transgéniques sont toujours susceptibles d'entrer clandestinement dans l'alimentation humaine.

En l'état actuel des choses, en effet, la réglementation impose l'étiquetage de tout aliment contenant plus de 1% d'OGM. Mais imaginons par exemple un plat préparé contenant 0,9 % de soja génétiquement modifié et 0,9 % de maïs génétiquement modifié. Bien que contenant au total 1,8 % d'OGM, il ne sera pas soumis à l'obligation d'étiquetage car chaque ingrédient est compté séparément.

C'est déjà beaucoup, mais ce n'est pas tout : l'étiquetage ne concerne que les produits pour lesquels la modification génétique est encore détectable. Lorsque les traitements subis par l'aliment ont fait disparaitre l'ADN modifié ou la protéine, comme dans le cas des huiles par exemple, le produit est dispensé de l'obligation d'étiquetage.

Mais pour éviter l'obligation d'étiquetage des produits alimentaires contenant des OGM que leur fait la Commission européenne depuis le 10 avril, la plupart des industriels de l'agroalimentaire ont entrepris de modifier leurs recettes. Mais tant que les filières de production ne sont pas séparées, ils courent le risque que le soja ne soit pas complètement non OGM.

Un autre problème vient s'ajouter : aucune obligation d'étiquetage n'est prévue ni pour les produits vendus à la coupe, comme dans les charcuteries ou les rayons traiteur, ni pour la restauration collective (restaurants, cantines). Si les aliments doivent bien parvenir dûment étiquetés dans ces établissements, rien n'oblige les cuisiniers à répercuter l'information vers les consommateurs. On ne va pas affoler le client pour si peu ! Le gouvernement britannique a annoncé qu'il entendait imposer l'étiquetage des OGM dans les restaurants, le gouvernement français ne s'est pas risqué à en faire autant. En France, plus de 100 communes - sur 38 000 - auraient toutefois décidé de tout faire pour supprimer les OGM des repas servis aux enfants. D'Aire-sur-l'Adour dans les Landes à Voreppe dans l'Isère en passant par Angers, Arles, Brest ou Lorient, ces villes et villages de toutes tailles et réparties sur l'ensemble du territoire, la Bretagne, étant légèrement surreprésentée. Par ailleurs, l'obligation d'étiquetage ne concerne pas la viande d'animaux ayant patiemment mastiqué des OGM. Or les industriels de l'agroalimentaires répugnant à les incorporer désormais dans l'alimentation humaine (lire article principal), ceux-ci se retrouvent en masse dans la bouffe animale. " Actuellement, l'alimentation animale en France est fabriquée à cent pour cent avec des OGM ", déclarait ainsi aux " Echos " le 25 mars 1999 Yves Montecot, président du syndicat national des industriels de la nutrition animale (Ania), qui rassemble les opérateurs privés, soit 50 pour cent de la profession. En effet, la France, ne produisant pas suffisamment de protéines végétales, est obligée d'en importer. Essentiellement sous forme de tourteaux de soja. Or le département américain de l'Agriculture a déclaré fin 1999 que la moitié du soja cultivé aux Etats-Unis était transgénique.

Enfin, les produits alimentaires garantis sans OGM le sont-ils vraiment ? Récemment, la marque Matines a lancé des oeufs ainsi labellisés. Sauf que cette promesse est pour le moins osée. Les poules pondeuses n'entrent en production qu'à l'âge de 18 semaines, et sont alors mises au régime sans OGM. Mais avant elles sont élevées en poussinières. Picorent-elles alors une alimentation garantie sans OGM ? Pour l'instant non. Mais l'important est de rassurer le client.

Extraits de l'excellent dossier du Canard Enchaîné N° 76 (Juillet 2000. 82 pages).

A se procurer absolument au Canard Enchaîné, 173, rue Saint Honoré, 75001-PARIS.Retour au sommet de la pagePour revenir à la porte du site, cliquer ici!

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