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Biopiraterie : Hold-up en Amazonie

environnement, nature, vert, écologie, biologique, planète Terre

 

Le 20 décembre 2006, un travail bénévole de S. M..

S. M., le 19 mars 2007

S. M., le 31 janvier 2007

S. M., le 31 janvier 2007

La forêt amazonienne est une caverne d'Ali Baba de gènes et de molécules inconnus que les grands labos du monde s'empressent de breveter.

par Lisa-Marie Gervais

publié dans L'actualité du 15 juin 2006

En terre katukina, au coeur de l'Amazonie brésilienne, les Indiens chassent les grenouilles kambo la nuit, à la belle étoile. «Elles font deux concerts de chant. À la tombée du jour, vers 19 h, et à 5 h du matin, tout juste avant l'aube», me chuchote en portugais l'indigène Fernando Rosa, en s'avançant à pas feutrés dans les hautes herbes. Croyant avoir repéré cette grenouille annonciatrice de mauvais temps, il s'approche d'un talus qui borde la route, duquel s'échappent quelques feuilles qu'il écarte doucement d'une main. Fausse alerte. Ce soir-là, Fernando rentrera bredouille au bercail. «Mais demain, il pleuvra», assure-t-il sans équivoque.

Le petit amphibien vert fluo est dans la mire de beaucoup de laboratoires pharmaceutiques et de chercheurs. Car le venin que sécrète Phyllomedusa bicolor pourrait bien renfermer le secret de la guérison de nombreux maux, dont le parkinson, l'hépatite, l'ischémie et ces faucheurs de vies encore indomptés que sont le cancer et le sida! Il contient en effet près de 200 molécules actives, dont la dermorphine, substance 3 000 fois plus puissante que la morphine.

Déjà, 10 brevets sur des principes actifs provenant de la sécrétion du kambo ont été déposés par des chercheurs du Japon, des États-Unis et de l'Union européenne. Et à l'heure actuelle, on a fait enregistrer plus de 80 demandes dans le monde.

Le marché des produits dérivés des ressources génétiques du Brésil, estimé à 1 000 milliards de dollars, a de quoi attiser la convoitise un peu partout sur la planète. D'autant qu'en l'absence de législation adéquate sur la bioprospection, les corsaires de l'or vert ont beau jeu. Le Sommet de la terre de Rio, en 1992, a reconnu la souveraineté des États sur les ressources de leur territoire, mais l'affaire se complique lorsqu'il s'agit de prouver d'où vient le matériel biologique utilisé par les scientifiques. Car la petite grenouille tant convoitée se cache aussi dans les hautes herbes de 15 autres communautés indigènes de l'Amazonie brésilienne, ainsi qu'au Pérou et au Venezuela.

Au Brésil, les pajés(guérisseurs)utilisent son venin depuis des siècles pour renforcer le système immunitaire. À leurs yeux, le brevetage d'un élément de leur pharmacopée traditionnelle est un vol qualifié. «Nos richesses et notre connaissance ont été pillées sans notre consentement», s'indigne Fernando Rosa, ce leader du peuple katukina au visage rondelet et au teint cuivré, qui ne fait pas ses 40 printemps. Rosa est le représentant local de la Fondation nationale de l'Indien(FUNAI), qui fait le lien entre les communautés et le gouvernement.

La biopiraterie — nommée pour la première fois en 1993 par une ONG canadienne rebaptisée depuis ETC Group — coute cher au Brésil. Ce pays émergent d'Amérique du Sud possède en effet 22% des espèces de la planète; en comparaison, le Costa Rica, pourtant doté d'une imposante biodiversité, en compte 5%. Si le commerce généré par cette biodiversité se faisait au Brésil, cela se traduirait par des revenus de milliards, voire de trillions de dollars, affirme Luiz Paulo Pinto, directeur de la section Mata Altântica de Conservation International, une ONG qui milite en faveur de la protection de la biodiversité. «C'est l'un des problèmes économiques les plus sérieux du Brésil», dit-il.

Avec le développement des biotechnologies, il est devenu encore plus simple de faire sortir la matière première du pays. «Plus besoin d'énormes quantités de plantes pour isoler une molécule active: un simple pétale froissé entre les pages d'un livre suffit», explique Maria Lins Brandao, professeure de pharmacologie et spécialiste des plantes médicinales à l'Université du Minas Gerais, dans la ville de Belo Horizonte(sud-est du Brésil).

Selon l'Institut brésilien de l'environnement et des ressources renouvelables, la biopiraterie, y compris le trafic d'animaux, est l'une des activités les plus lucratives de la planète. Avec un chiffre d'affaires d'environ 70 milliards de dollars par année, elle occupe la troisième place des activités illicites, tout juste derrière la contrebande des armes et des stupéfiants.

Ce brigandage raffiné fait appel à diverses méthodes. Quelques reals(la monnaie du Brésil)pour une poignée d'herbes ou bien un bateau à moteur contre les droits d'exploitation d'une parcelle de forêt constituent de véritables aubaines pour des indigènes qui manquent de tout.

«Des chercheurs ont obtenu l'autorisation de s'installer plusieurs mois dans des communautés sous prétexte d'y mener des recherches anthropologiques sur la langue. Ils sont repartis avec des échantillons de plantes ou d'animaux. Et avec les secrets des pajés, dont ils avaient gagné la confiance», raconte Eugênio Pantoja, coordonnateur d'Amazonlink, une ONG devenue spécialiste de la biopiraterie et dont le siège est en Amazonie, dans l'État d'Acre(nord-ouest du pays).

Les rayons d'un soleil éclatant s'infiltrent par la fenêtre de ce modeste local aux murs peints à la chaux de Rio Branco, ville de 300 000 habitants fondée à la fin du 19e siècle par des seringueiros(récolteurs de caoutchouc). C'est dans ce petit quartier général bordé par la rivière Acre qu'Eugênio Pantoja et ses collègues d'Amazonlink traquent le biocorsaire naviguant, sans voile ni navire, sur l'immensité de l'océan virtuel. À coups de campagnes de sensibilisation et en repérant toute information sur les brevets liés à des cas présumés de biopiraterie.

Tout a commencé il y a quelques années, lorsque Michael Schmidlehner, Autrichien vivant au Brésil depuis 20 ans, a voulu conquérir les marchés internationaux avec des produits faits à base de cupuaçu, un fruit à la chair crémeuse et au goût acidulé de poire. Mais le nom de ce fruit avait déjà été breveté au Japon, aux États-Unis et en Union européenne par l'entreprise japonaise d'alimentation Asahi Foods.

«C'était inconcevable qu'un fruit de chez nous ne puisse être vendu sous le nom qu'on lui donne ici. On s'était fait voler le cupuaçu à notre insu», dit Eugênio Pantoja en fronçant ses épais sourcils noirs, comme pour mieux voir à travers ses lunettes à monture carrée. La campagne O cupuaçu é nosso(le cupuaçu est à nous), contre le biocorsaire japonais, a été la première croisade d'Amazonlink, fondée par Michael Schmidlehner. Des personnalités connues, comme l'actrice Regina Casé, et des entreprises brésiliennes se sont ralliées à la cause. Le gouvernement, d'abord réticent, a lui aussi fini par craquer. L'année dernière, sous la pression de diplomates et d'avocats, le brevet a finalement été annulé, pour le Japon uniquement.

Portée par son succès, Amazonlink a entrepris de répertorier et de documenter dans son site Internet(www.amazonlink.org)une série de cas de biopiraterie, «pour attirer l'attention sur ce pillage éhonté», peut-on y lire.

Le cas de l'extrait des fruits de l'arbre andiroba, breveté par Yves Rocher et utilisé dans la gamme de produits minceur Spa Énergie Végétale, est bien documenté dans le site. L'ayahuasca — plante à partir de laquelle est préparée une boisson hallucinogène utilisée dans les rites spirituels — est désormais vendue comme antidépresseur aux États-Unis. Il est même possible d'acheter à des fins de recherche, dans le site Internet de l'Institut de recherche médicale Coriell(New Jersey), des échantillons d'ADN provenant du sang des Indiens surui et karitiana, moyennant quelques centaines de dollars. Ces peuples vivant dans l'extrême nord du Brésil sont très peu touchés par la malaria. D'où l'intérêt des chercheurs pour l'étude de leurs gènes.

Dans la mire d'Amazonlink, on trouve entre autres Peter W. Schiller, chercheur à l'Institut de recherche clinique de Montréal. Il est l'un des premiers à avoir breveté la dermorphine, présente dans le venin de la grenouille kambo, pour le compte de Biochem Pharma. «Je ne suis jamais allé à la chasse à la grenouille», admet le chercheur, interrogé au téléphone. Ni même en Amérique du Sud. «Je me suis basé sur les travaux de recherche d'un Italien qui avait mené une étude et publié ses résultats dans une revue scientifique américaine.» Le professeur Schiller a pu pousser plus loin ces travaux en reproduisant synthétiquement la dermorphine en laboratoire et en brevetant de nouveaux procédés, ce qui est tout à fait légal dans le milieu de la recherche médicale.

Jusqu'à la signature de la Convention sur la diversité biologique, au Sommet de la terre de Rio, en 1992, aucune législation n'encadrait la bioprospection. En reconnaissant la souveraineté des États sur les ressources de leur territoire, la Convention a fait que le matériel biologique cesse d'être un patrimoine de l'humanité dont la circulation n'était soumise à aucune entrave. Autrement dit, elle a ouvert la porte au contrôle législatif.

Le traité a néanmoins soulevé quelques questions éthiques sur la propriété intellectuelle des gènes et fait bondir de colère certaines ONG de partout dans le monde. «La Convention sur la diversité biologique a encouragé une relation inégale quant à l'exploitation des richesses de la biodiversité», souligne Hope Shand, directrice de la recherche pour ETC Group, une ONG d'Ottawa qui vise la protection de la biodiversité et le respect des droits de la personne, notamment en ce qui concerne les nouvelles technologies. La Convention a renforcé la soumission des pays pauvres: 85% de la biodiversité se trouve dans des pays du tiers-monde, qui n'ont pas les moyens ni les infrastructures nécessaires pour tirer parti de leurs richesses. «Cela a profité à l'industrie des gènes et n'a pas réussi à protéger les intérêts des propriétaires de ces ressources, poursuit Hope Shand. En ce sens, la Convention a échoué.»

Pour les pays dotés d'une imposante biodiversité, comme le Costa Rica et certains pays d'Afrique et d'Asie, la Convention devenait un moyen de réglementer l'exploitation de leur potentiel biologique. Certaines communautés indigènes du Brésil, conscientes de n'avoir pas les moyens d'exploiter elles-mêmes leurs ressources, ont plaidé pour un système de redevances, qui leur garantirait un pourcentage du profit provenant de la commercialisation des produits. Pour le Brésil, c'est l'occasion rêvée d'instaurer son leadership en la matière partout en Amérique latine.

«On ne veut pas empêcher la recherche [par des sociétés étrangères]. On souhaite simplement favoriser les entreprises nationales. Pour que ça profite au pays d'abord», dit Bruno Barbosa, coordonnateur à l'Institut brésilien de l'environnement.
Marina Silva, la ministre de l'Environnement du gouvernement de gauche, élue en 2002, incarne tous les espoirs du Brésil. Petite, la peau chocolat et la silhouette frêle, cette ancienne seringueira née dans l'État d'Acre a lutté auprès de Chico Mendes, célèbre défenseur de la forêt amazonienne assassiné en 1988. Elle a été la première, alors qu'elle était sénatrice, en 1995, à déposer un projet de loi visant à réglementer l'utilisation de la biodiversité. Il n'a jamais été adopté, mais il a eu le mérite de lancer le débat. Et il a inspiré, en 2000, une mesure provisoire ayant force de loi.

Le Brésil a ainsi créé, en 2002, le Conseil de gestion du patrimoine génétique. Toute étude de terrain ou collecte de ressources biologiques doit être approuvée par cet organe. Hébergé sous le toit du ministère de l'Environnement à Brasília, la capitale, il est en quelque sorte le «poste de péage» par lequel doivent passer tous ceux qui désirent accéder à l'autoroute menant à la forêt.

Le Conseil se chargera aussi de distribuer des amendes — dont les montants ne sont pas encore connus — aux bioprospecteurs étrangers et nationaux qui travailleraient sans contrat avec une communauté ou un groupe de chercheurs locaux. «Aucune contravention n'a encore été donnée, convient Eduardo Vélez Martin, directeur du Conseil. Ça ne fait pas un an que le système est en place.» Les amendes pourraient servir à constituer un fonds public destiné, dit-il, à la conservation de la biodiversité.

Les entreprises locales ne se gênent pas pour critiquer l'insoutenable lourdeur bureaucratique du Conseil de gestion du patrimoine génétique. «Les entreprises peuvent attendre des mois avant d'obtenir un permis. Elles ne seront pas désireuses de s'investir dans le processus si les délais sont trop longs», dit Luís Carlos Marques, directeur du développement de la gamme des produits phytothérapeutiques d'Apsen, une société de São Paulo. Elles n'en continueront pas moins de faire leurs recherches, mais à l'insu du Conseil. Celui-ci n'a pas non plus de pouvoir rétroactif. Et il n'a aucun contrôle sur ce qui se passe hors des frontières brésiliennes, ce qui facilite la tâche des entreprises étrangères.

Le Brésil s'est par ailleurs doté, à l'instar du FBI et de Scotland Yard, d'une division pour la prévention et la répression des crimes environnementaux. Cette division de la police fédérale est responsable de diverses campagnes contre la biopiraterie dans les 27 États du pays. Elle a également dressé une «liste rouge» des trafiquants présumés. À la tête de la formation, Jorge B. Pontes, biologiste de formation, traque le biopirate. Cet hybride de James Bond et d'Indiana Jones bombe légèrement le torse lorsqu'il parle de sa création, l'opération Drake, du nom du célèbre flibustier anglais qui a pillé les colonies espagnoles du Nouveau Monde au 16e siècle.

Mise sur pied il y a deux ans, cette vaste opération, menée surtout dans les aéroports et dans la forêt de l'État du Mato Grosso(centre-ouest du pays), collé sur la Bolivie, a permis de mettre la main au collet d'un trafiquant d'araignées allemand recherché depuis longtemps. «On l'a suivi partout où il allait dans le pays. On l'a même filmé en train de mettre des dizaines de mygales dans ses valises», raconte Jorge B. Pontes, le regard pétillant.

Depuis deux ans, 15 arrestations ont été bouclées, et les fautifs, moyennant une somme dérisoire, ont été libérés. «La loi n'impose pas de longues peines de prison. Mais une commission parlementaire planche depuis l'année dernière sur une recommandation en ce sens», poursuit-il. Sage et réaliste, Fernando Rosa, leader du peuple katukina engagé dans la lutte contre la biopiraterie, a bien peu espoir de voir un jour en prison les titulaires du brevet du venin de sa petite grenouille. Et il n'a pas non plus l'intention de les poursuivre en justice. Appuyé par les pajés des différents villages de sa communauté, il a décidé d'affronter Goliath avec les mêmes armes. «Marina Silva et son ministère ont accepté de nous aider à mobiliser des équipes de scientifiques et des laboratoires prêts à financer des recherches sur le venin du kambo», explique-t-il, confortablement allongé dans son hamac, bercé par un vent chaud. «On aura peut-être une chance d'obtenir les brevets pour quelques-unes des 190 molécules restantes.»

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Ce reportage a été réalisé en partie grâce à une subvention de l'Office Québec-Amériques pour la jeunesse.

http://www.lactualite.com/

S. M., le 28 janvier 2007

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