Tout en bas! Ascenseur express pour les habitués du site...(Libération du 9 mars 2000) Pas d'ascenseur.

L'homme : contre nature pour dix millions d'années

Je me demande si je ne vais pas faire demi tour!Deux chercheurs ont évalué le temps nécessaire à la restauration de la biodiversité. Les extinctions actuelles dues à l'activité des hommes vont diminuer la biodiversité pour des millions d'années à venir.» Cette phrase accusatrice est de James Kirchner, géologue à Berkeley (Californie), et d'Anne Well, anthropologue à l'université Duke (Caroline du Nord). Publiée aujourd'hui dans la revue britannique Nature (1), elle prend place dans un article inquiétant sur la vitesse à laquelle la vie a retrouvé richesse et diversité après les cinq grandes extinctions de masse qu'elle a connues depuis 200 millions d'années.

En voie de disparition au BouthanJusqu'alors, les paléontologues voyaient le scénario de reconquête de manière plutôt optimiste. En gros, une bonne crise avait du bon, côté biodiversité. La disparition de branches entières de l'arbre du vivant permettait aux jeunes pousses de se faire une place au soleil. Exit les dinosaures, il y a 65 millions d'années, et voici les mammifères, donc l'homme.

Pauvre-riches Un scénario critiqué par les deux scientifiques. Dans un monde appauvri en espèces biologiques, le nombre de niches écologiques différentes, donc susceptibles de sélectionner de nouvelles espèces, est lui aussi réduit. Tout simplement parce que ces niches sont en grande partie constituées par des espèces végétales et animales. On vit dans l'eau, sur l'air ou sur terre, mais on mange le voisin... et si les voisins sont peu nombreux ou trop

souvent les mêmes, la sélection naturelle opère sur peu de  paramètres et quelques espèces ont tendance à occuper toute la place. Du coup, le retour à un monde riche demande un processus plus lent qu'envisagé jusqu'alors.  Outre le raisonnement, les deux chercheurs se sont penchés sur les archives fossiles de deux groupes taxonomiques marins - le niveau des familles et celui des genres. Histoire de voir le temps qu'il faut, après les grandes extinctions, pour un retour de la diversité. Résultat: il faut attendre environ dix millions d'années après une crise pour que se produise une flambée d'apparition de familles et de genres nouveaux. Et donc pour que la nature retrouve un niveau de biodiversité équivalent.

Appel à la sauvegarde Jusqu'alors, les plus pessimistes comptaient sur une durée de moins de cinq millions d'années. Or, l'homme, prédateur mais surtout destructeur de biotopes entiers transformés en espaces cultivés au profit de quelques espèces seulement, exerce sur la biodiversité une pression pratiquement équivalente aux grandes crises d'hier. Au point que les biologistes en sont à supplier que l'on sauvegarde quelques «sanctuaires» (lire Libération du 24 février dernier) pour éviter la disparition massive d'espèces endémiques. Un processus dont les conséquences, nous disent les deux chercheurs américains, sont à vraiment très long terme, bien plus long que les moins de 200 000 ans d'existence d'une espèce bien singulière, Homo sapiens.  SYLVESTRE HUET (©Libération du 9 mars 2000) (1) J. Kirchner et A. Well, Nature, vol. 404, 9 mars 2000.

Comment freiner l'extinction annoncée des espèces vivantes

Moine tibetain sur le Barkhor LhasaComment freiner l'extinction annoncée des espèces vivantes?

Urbanisation, déforestation et agriculture intensive accélèrent l'appauvrissement de la biodiversité. Or, préviennent deux chercheurs américains, la reconstruction des écosystèmes exige dix millions d'années, quelle que soit la sévérité des destructions qu'ils ont subies

Conséquence de la négligence des hommes face à la nature, la plupart des espèces vivantes répertoriées sont en voie d'appauvrissement ou de disparition, à une vitesse très supérieure à celle des grandes périodes géologiques d'extinction. L'étude des fossiles correspondant à ces époques montre que la vitesse de reconstruction des écosystèmes est indépendante de l'ampleur des destructions. Cette constatation étonnante est une conséquence de l'étroite interdépendance des espèces. La préservation de 25 « points chauds » judicieusement choisis pourrait permettre de sauvegarder 44 % des plantes supérieures et 35 % des vertébrés qui peuplent la planète, estiment des écologues britanniques. Si l'himme n'était pas vraiment menacé par une perte de la biodiversité, la lutte pour préserver l'environnement pourrait l'aider à surmonter ses démons.

Les défenseurs de l'environnement sont des gens exaspérants. « Sauvez les tigres », implorent-ils. Mais pourquoi ? La première idée qui vient à l'esprit est que la disparition du tigre ne gênera pas grand monde. Elle pourrait même avoir des avantages : les habitants des villages en Inde ne seront plus victimes de leurs attaques ; le commerce illégal de la chasse disparaîtra ; et les militants pour la sauvegarde de la nature devront trouver autre chose à se mettre sous la dent.

D'un point de vue plus large, l'évolution est, par définition, changement. Quoi qu'il arrive, un mammifère comme le tigre devrait subsister quelques millions d'années avant de s'éteindre - ou bien il évoluera et deviendra quelque chose d'autre. Des espèces disparaissent, remplacées par de nouvelles. La mort n'est, dit-on, qu'une façon pour la nature de nous19970590.jpg (10527 octets) amener à relativiser la vie. Quelle importance, dans ce cas, si c'est l'homme qui détruit, et non pas un processus naturel tel que maladie ou changement climatique ?

Parfois, cependant, la mort supprime un nombre colossal d'espèces en un temps relativement bref, beaucoup trop bref pour que ces espèces se reconstituent selon le grand cycle de l'évolution et de l'extinction. Depuis 530 millions d'années, cinq de ces « extinctions en masse » se sont produites. La plus importante, à la fin de l'ère permienne, voilà 251 millions d'années, a éradiqué plus de 96 % de toutes les espèces. Celle de la fin du crétacé, il y a 65 millions d'années, arrive loin derrière, en dépit de la célébrité de ses principales victimes, les dinosaures. Peut-être sommes-nous en train d'assister aujourd'hui à un nouvel épisode de ce type, accéléré par nos propres agissements.

Que se produit-il une fois la vague d'extinction passée ? Combien de temps la biodiversité met-elle à recouvrer toute sa richesse ? D'autant plus longtemps, pourrait-on penser, que la destruction est massive. Faux, affirment deux scientifiques américains dans le numéro du 9 mars de l'hebdomadaire Nature. James Kirchner (université de Californie, Berkeley) et Anne Weil (université Duke, Caroline du Nord) ont étudié ce que les fossiles nous disent du rapport entre extinction et repeuplement. Leurs conclusions sont claires : la reconstruction de l'écosystème prend toujours environ 10 millions d'années, quelle que soit la sévérité de l'extinction qui l'a précédée.

L'idée selon laquelle un écosystème met davantage de temps à se reconstituer quand l'extinction est importante repose donc sur une hypothèse fausse, qui veut que les espèces vivent à peu près sans relation entre elles. Selon cette logique, la reconstruction de l'écosystème se limiterait à remplir des niches écologiques vides : plus la destruction est importante, plus cela prendrait de temps. Le problème est que les espèces sont interdépendantes. Elles constituent en elles-mêmes des niches écologiques et la destruction d'une seule nuit à beaucoup d'autres. Pour reprendre notre exemple initial, le tigre est un grand prédateur qui influe sur l'équilibre de tout son environnement. Il se nourrit d'animaux qui, eux-mêmes, se nourrissent de végétaux. Chaque tigre abrite des parasites, est porteur de maladies. Sa disparition, comme celle d'une espèce, quelle qu'elle soit, peut donc avoir des conséquences d'une grande portée. Une destruction simultanée de grande ampleur rendra donc très difficile l'apparition d'espèces nouvelles. Cela explique pourquoi les extinctions sont toujours suivies d'une période au cours de laquelle la flore et la faune restent pauvres. La végétation qui pousse sur les lieux où des bâtiments ont été démolis récemment est très peu diversifiée.heterop

De même, à l'échelle de la planète, il semble que seules des fougères ont existé durant les centaines de milliers d'années qui ont suivi l'extinction de la fin du crétacé. Le phénomène est comparable aux difficultés rencontrées par les colons lorsqu'ils sont arrivés sur des terres nouvelles : sans infrastructure en place, tout était à faire. Il a fallu beaucoup de temps à ces pionniers pour installer des populations autonomes, même si leur travail a facilité l'existence de ceux qui leur ont succédé.

UN PREMIER PAS

Quand la nature repeuple la planète, elle suit un calendrier qui lui est propre. Et le premier déterminant du renouveau - ainsi que l'ont montré Weil et Kirchner à partir des fossiles des 530 derniers millions d'années - c'est l'interdépendance des espèces. Ce message est sans appel : si nous détruisons les derniers tigres qui existent, nous ne reverrons plus jamais d'animal qui leur ressemble. Mais si les tigres sont détruits en même temps que la jungle où ils vivent, alors il faudra peut-être 10 millions d'années pour que réapparaissent d'autres grands prédateurs.

Autrement dit, même si l'homme survit encore quelques millions d'années (car notre espèce, comme tous les mammifères, devra ensuite s'éteindre ou évoluer), il faudra plus de temps que cela à l'écosystème pour se remettre des destructions qu'il lui aura causées. L'animal qui succédera au tigre ne sera pas chassé par l'homme.

Sa préservation dépasse donc son propre cas. Les tigres ne sont que des « vedettes » susceptibles de sensibiliser l'opinion. S'il s'agissait de sauver le ver solitaire ou le frelon, les responsables des campagnes de sauvegarde recueilleraient évidemment moins d'argent. Pourtant, ils sont tout aussi indispensables à la santé générale de l'écosystème. Chaque fois qu'une espèce disparaît, l'écosystème qui l'abrite est un peu plus affaibli dans ses capacités à résister aux changements de l'environnement. Exemple parmi d'autres : l'équipe de David Tilman (université du Minnesota) a récemment montré que les parcelles expérimentales de prairie comportant peu d'espèces sont moins à même de résister à la sécheresse que d'autres au peuplement plus varié.
Sauver le tigre est un premier pas. Mais cela ne suffit pas : la conservation est avant tout une question d'écosystème et d'habitat.

Henry Gee

Page réalisée par les rédactions du Monde, d'El Pais et de la revue scientifique internationale Nature.
Traduction de l'anglais par Sylvette Gleize. Documents photographiques insérés par TS.

Une érosion accélérée du vivant

MitoseLes formes de vie décrites à ce jour comportent entre 1,5 et 1,8 million d'espèces (selon les critères de classification retenus), parmi lesquelles 360 000 plantes et micro-organismes, 990 000 invertébrés, 45 000 vertébrés. Terrible constat : la plupart sont désormais en voie d'appauvrissement ou de disparition, à une vitesse mille à dix mille fois supérieure à celle des grandes périodes géologiques d'extinction.

Urbanisation et industrialisation, déforestation et agriculture intensive (moins de trente espèces végétales fournissent plus de 90 % des denrées alimentaires de la population mondiale) : les raisons pour expliquer ce déclin massif sont multiples. Si rien ne vient inverser la tendance, et si l'on continue de détruire au rythme actuel la forêt tropicale humide (où vivent 50 % des espèces connues et l'immense majorité des espèces inconnues), on estime que 25 % de toutes les espèces animales pourraient être rayées de la surface du globe avant 2025.

© Le Monde du vendredi 10 mars 2000. Droits de reproduction et de diffusion réservés.

17 novembre 2000 : Suite à la demande d'une scientifique australienne, nous préparons un dossier sur les espèces végétales, animales et humaines en voie d'extinction en France, Guyanne incluse. D'autres pages sont en chantier sur le réchauffement climatique, le lapin lumineux de l'INRA, le veau Lucifer, les clones... Merci aux cyber-fourmis qui veulent bien nous aider à concevoirRetour au sommet de la page ces pages, variétés de savants de l'Institut compris (Chiffres, textes récents, rapports scientifiques, photos, liens vers les meilleurs sites...)

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