hautLa bourse aux BGM, les bébés modifiés

Des chercheurs américains accusés d'avoir conçu des enfants au patrimoine génétique modifié

Ces enfants, nés après fécondation in vitro, sont porteurs d'un ADN  de la donneuse d'ovocyte

TOUT EN BAS! Ascenseur express
Par David Moroz et David Rossi

L'Humanité " du 20/03/2001

Serions-nous, bien malgré nous, des héros romanesques ? Aldous Huxley, dans le Meilleur des mondes, prophétisait l'avènement d'une société de castes dont la génétique serait le principe discriminant et l'eugénisme, le fondement institutionnel. · l'orée du XXIe siècle, le " génie génétique " se pose en vecteur potentiel de discrimination pouvant déboucher, à terme, sur un eugénisme d'une forme nouvelle : d'un eugénisme d'Etat, tel qu'il fut pratiqué par l'Allemagne nazie, les Etats-Unis et quelques pays scandinaves, nous pourrions parvenir à un eugénisme de dimension individuelle, les parents se substituant à l'Etat dans le rôle de sélectionneurs.

Le " bébé à naître " deviendrait un " produit ", un " panier de caractéristiques ", dont la détermination serait fondée sur les seules préférences parentales. Le gène humain prendrait le statut de " pure marchandise " et l'enfant, celui de bien de consommation. La logique consumériste deviendrait prédominante en matière d'allocation des ressources génétiques humaines. Plus encore qu'à un marché des gènes humains, c'est à une véritable bourse de bébés génétiquement modifiés, avatars des gènes, auquel nous pourrions être un jour confrontés.

Comment juger de ce qui, en apparence, prend les atours d'une transgression éthique ? Après tout, les parents ne feraient qu'agir en vue du bien-être de leur progéniture ! Comment, en effet, leur reprocher de vouloir éviter le fatalisme de la maladie génétique ? Comment même s'opposer au rêve de l'" être parfait ", icône des couvertures de magazines ? Il semble a priori bien difficile de trouver des arguments à opposer à une telle demande sociale d'ingénierie génétique. Il devient même possible, si nous suivons cette logique, de mettre en cause la prohibition du clonage humain à visée reproductive. La barrière éthique traditionnelle, postulant la prééminence d'une diversité génétique sur toute autre logique, paraît bien peu résistante face à des procédés en mesure de soulager les angoisses parentales. La technique, par la transgression éthique qu'elle autoriserait, serait peut-être finalement le prix à payer pour garantir une certaine "qualité génétique ".

Et pourtant, il convient de s'interroger sur les limites de ce type de pratique. Les conséquences du consumérisme génétique initié par les choix parentaux pourraient effectivement aller bien au-delà de la seule personne de l'enfant. L'univers du gène est un univers d'incertitude radicale : il est impossible de déterminer de manière absolue, certaine, l'utilité d'un gène. Prenons un exemple : certains gènes sont impliqués dans la survenance de l'obésité. Leur élimination du patrimoine génétique humain ne saurait être, pour autant, la solution à préconiser, dans la mesure où ces mêmes gènes peuvent conférer à leurs porteurs une capacité à conserver les graisses, capacité fort utile en période de pénurie alimentaire. Autrement dit, l'utilité d'un gène dépend d'un ensemble de facteurs conditionnant son expression : nocif dans un certain contexte, il confère un avantage sélectif dans un autre.

De ce fait, les sélections parentales opérées pourraient se traduire, à terme, non seulement par un désavantage pour l'enfant, mais également, pour l'ensemble de l'espèce : la survie de cette dernière pourrait être mise en cause par la seule focalisation sur la dimension purement individuelle du choix parental effectué - choix au demeurant myope - au détriment de la dimension collective du patrimoine de l'espèce. Nous serions dès lors confrontés à une situation que les économistes qualifient d'externalité négative. D'une part, les choix parentaux, bien qu'individuellement rationnels, induiraient des conséquences néfastes pour la société dans sa globalité. D'autre part, la seule prééminence de l'intérêt collectif représenterait réciproquement un cout, une désutilité pour les parents dont la possibilité de choix serait peut-être excessivement contrainte.

La prochaine révision des lois de bioéthique pourrait être l'occasion de mieux prendre en considération cette tension existant entre les intérêts des parents et ceux de l'espèce. Une règle ne peut en effet être collectivement adoptée et appliquée que dans la mesure où elle ne va pas " trop " à l'encontre des intérêts individuels. Par conséquent, les lois de bioéthique, si elles prétendent à l'efficacité, devraient être envisagées en tant que compromis institutionnels, considérant certes les intérêts des générations futures, de l'espèce, mais ne négligeant pas, pour autant, les demandes parentales appelées à s'intensifier avec les avancées de la génétique.

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Le Monde du 7 mai 2001 :

Des chercheurs américains sont accusés d'avoir conçu des enfants au patrimoine génétique modifié

Ces enfants, nés après fécondation in vitro, sont porteurs d'un ADN  de la donneuse d'ovocyte

UN GROUPE de biologistes américains spécialisés dans l'assistance médicale à la procréation révèle, dans le dernier numéro de la revue Human Reproduction, avoir pour la première fois établi la preuve que des enfants conçus à partir d'une technique particulière de fécondation in vitro sont porteurs d'un patrimoine génétique ne correspondant pas stricto sensu à celui hérité de leurs parents. Cette annonce a déclenché une controverse, le responsable des biologistes américains se défendant d'avoir créé des enfants au génome modifié après que ses travaux ont été évoqués, vendredi 4 mai, en Grande-Bretagne sur les ondes de la BBC.

Dirigée par Jacques Cohen, une personnalité fort connue dans la communauté internationale de l'assistance médicale à la procréation, l'équipe des biologistes de l'Institut des sciences et de la médecine de reproduction du centre médical de Saint Barnabas (West Orane, New Jersey) rapporte les succès qu'elle a pu obtenir à partir d'une technique développée depuis 1997 et qui a d'ores et déjà permis la naissance d'une trentaine d'enfants à travers le monde, aux Etats-Unis mais aussi en Europe, et notamment, selon M. Cohen, en France.

La technique developpée par l'équipe de M. Cohen consiste a prélever une fraction (entre 5 et 15 %) du cytoplame d'un ovocyte provenant d'une femme fertile et de "transfuser" ce matériel biologique au sein d'un ovocyte prélevé sur la femme stérile, ovocyte qui sera ensuite fécondé in vitro par un spermatozoïde de son partenaire. Si cette technique se développait, elle pourrait, en théorie, être proposée comme thérapeutique aux couples dans lesquels la femme souffre d'une forme particulière de stérilité due à des anomalies siégeant non pas dans la production d'ovocytes mais, suppose-t-on, dans la composition des mitochondries.

On ignorait jusqu'à présent si cet ensemble de manipulations avait pour conséquence d'introduire du matériel génétique étranger au couple dans le patrimoine génétique de l' enfant ainsi conçu. La publication de Human Reproduction apporte sur ce point une réponse claire. Les biologistes américains expliquent en effet avoir pu, à partir de deux techniques différentes, identifier la présence d'"ADN mitochondrial" chez deux enfants nés grâce à ce procédé et aujourd'hui âgés d'un an. Jouant différents rôles en partie encore méconnus dans la physiologie cellulaire, les mitochondries (organites présents dans le cytoplasme) contiennent sous la forme d'ADN mitochondrial exclusivement d'origine maternel une fraction du matériel génétique de la cellule. La trace de cet apport génétique étranger peut notamment être retouvée dans le patrimoine génétique de cellules obtenues à partir d'un prélèvement sanguin.

"DES ESSAIS D'HOMMES"

"Nous sommes une nouvelle fois, comme dans le cas de la micro-injection de spermatozoïdes, face à des chercheurs qui réalisent non pas des essais sur l'homme mais bien des essais d'hommes, a déclaré au Monde le professeur Jean-François Mattei, généticien, spécialiste des questions de bioéthique et président du groupe DL de l'Assemblée nationale. Et nous nous rapprochons chaque jour un peu plus de la thérapie germinale qui consistera à modifier les caractéristiques du génome des cellules sexuelles pour "améliorer " le patrimoine héréditaire de certains êtres humains."

Pour sa part, Jacques Cohen réfute toute forme de critique, expliquant notamment qu'il n'est pas directement intervenu sur la matériel génétique présent à l'intérieur du noyau de l'ovocyte et que cette technique n'était destiné qu'à "donner un coup de pouce " à la fertilité. "Des études sur ce sujet ont déjà été publiées il y a des années, a-t-il expliqué. Avons-nous modifié les gènes de ces enfants  ? Avons-nous modifié les éléments qui forment l'ADN  ? Avons-nous modifié le génome  ? La réponse est non."

"L'une des autres questions soulevées par ce travail est celle de la place qu'une telle technique pourrait trouver dans le champ de la génétique et de la médecine de reproduction, a expliqué pour sa part au Monde le professeur René Frydman (hôpital Antoine-Béclère, Clamart). Force est de constater que l'équipe américaine n'a recours à ce procédé que pour "booster "une fertilité féminine jusqu'alors déficiente, ce qui peut se discuter."

J.-Y.N.

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