Pas d'ascenseur!                                                                    

Tout en bas! Ascenseur express pour les habitués du site...Jean Pierre BERLAN, directeur de recherches à l'INRA  jpe.berlan@wanadoo.fr - http://perso.wanadoo.fr/jpe.berlan/

Texte rédigé à l'occasion du sommet des ministres de la recherche du G8 à Bordeaux du 23 au 25 juin 2000.

Matrix (La Matrice), film de science fiction : Les humains sont cultivés comme du maïs.La réunion du G8 à laquelle ont été conviés quelques grands pays-ateliers du « tiers monde » (l'Inde, la Chine, le Mexique, et le Brésil) a pour objectif d'ouvrir le dossier des ADPICs (Droits de propriété intellectuelle concernant le commerce). A Seattle, ce dossier était resté fermé du fait de l'opposition des pays du « sud » conduite par les pays africains.

Il s'agit à Bordeaux de circonvenir l'opposition des grands pays du tiers monde, dont l'un au moins, la Chine, est un paradis pour l'agriculture transgénique. Ce qui montre (soit dit en passant) qu'un projet techno-scientifique totalitaire a besoin d'une dictature pour s'épanouir en toute liberté.

Cette réunion du G8 élargi élimine donc les pays africains qui avaient
été le fer de lance du « non » aux ADPICs à Seattle. Son but est de
casser le front de résistance des pays du sud, quitte à offrir quelques
miettes du pillage du vivant par ses transnationales agro-chimiques
pharmaceutiques à ces grands pays-ateliers.

Car c'est bien un pillage qu'il s'agit d'organiser, au nom, bien sûr, de
la philanthropie, de la lutte contre la maladie et la faim dans le
monde, et du « Progrès ».

Colza (photo Terre sacrée)I. Pour le complexe génético-industriel et le G8, les paysans sont des «pirates» et les citoyens des recéleurs

Un « semencier », personne le le niera, n'a pas de marché tant que le paysan sème le grain récolté. Dans le domaine agricole, il faut donc interdire au paysan de semer le grain récolté. Ce n'est certes pas nouveau, mais les transnationales agro-chimiques et pharmaceutiques qui contrôlent l'industrie des « semences » sont soumises maintenant à l'impératif du retour immédiat et élevé sur investissement.

Plus précisement, un sélectionneur ne peut vendre le « fait variétal »
(par analogie : le « logiciel génétique ») tant que le paysan le
reproduit et le multiplie, c'est-à-dire le copie dans son champ. C'est
que toute production biologique passe par une reproduction. Quel malheur
que les plantes et les animaux se reproduisent dans le champ du paysan !
Eh bien, faisons de la reproduction le privilège de quelques
transnationales. Terminator, cette technique de transgénèse permettant
de produire un grain stérile, est le plus grand triomphe de la génétique
agricole depuis cent cinquante ans, celui de la loi du profit sur la loi
de la vie. Cette nécrotechnologie est emblématique de l'objectif des  «
Science de la Vie ».

Ces nécrologies sont encore peu fiables et couteuses à mettre en oeuvre.
Ne serait-il pas plus rentable encore de faire légalement cette
expropriation, par le brevet ? Que le contribuable paye en quelque sorte
le cout de sa propre expropriation ? C'est bien ce qui se passe aux
Etats-Unis où des centaines d'agriculteurs sont traînés devant les
tribunaux pour avoir enfreint le privilège que le brevet confère aux
industriels des « Science de la Vie ».

Tout privilège crée un sentiment d'injustice pour ceux qu'il exclut. Il
suscite la « triche ». Aux Etats-Unis, Monsanto utilise les services de
détectives privés pour débusquer la « piraterie » - c'est le terme qui
désigne dorénavant la pratique fondatrice de l'agriculture, semer le
grain récolté ! De ce point de vue, se nourrir est un recel. Et pour
faire bonne mesure, ce chef de file des « Science de la Vie », qui a
déposé dans 80 pays le brevet de la nécrotechnologie Terminator (qui
finalement ne lui appartenait pas !), met à la disposition des
agriculteurs des lignes téléphoniques gratuites pour qu'ils dénoncent
anonymement leurs voisins « pirates ».

Les plantes et les animaux se reproduisent. C'est même la propriété
fondamentale des êtres vivants. Eh bien, au nom de la compétitivité, le
G8, l'Union Européenne et les gouvernements européens veulent faire de
cette faculté fondamentale le privilège d'un cartel de transnationales
au lourd passé en matière environnementale. La commission européenne
propose même de taxer les semences fermières pour financer le « progrès
génétique » (i.e., les transnationales semencières). Que
n'envisage-t-elle pas de nous taxer lorsque nous prendrons le soleil sur
le pas de notre porte ?

Les experts du G8 discuteront à Bordeaux dans le secret - on le comprend
-  de la création d'un privilège pour quelques transnationales et de la
mise en place d'une société de délation. Au nom de la lutte contre la
faim dans le monde et de la protection de l'environnement !
A-t-on jamais vu un privilège contribuer au bien-être public ? Ces
experts veulent remplacer la mondialisation non-marchande des ressources génétiques et des connaissances, leur échange libre, la coopération internationale entre chercheurs publics qui a permis l'augmentation extraordinaire des rendements agricoles dans les pays industriels et dans le tiers monde, par la cartellisation marchande de ces mêmes ressources et connaissances, par leur pillage et par la guerre économique. Qui peut croire qu'il s'agit d'un progrès ?

Depuis un siècle et demi, le profit fait la guerre au vivant (cf.
encadré ci-joint). Le brevet est à notre époque transgénique
transnationale ce que les cannonières étaient à l'époque coloniale. Les
experts de l'OMC, le FMI, la Banque Mondiale remplaceront
avantageusement les troupes de marines. La violence est la même, ses
formes changent. Ce que l'on appelle le progrès.

Pyrale male, parasite du maïs.II. Pour le complexe génético-industriel, toute personne bien portante est un malade qui s'ignore

Le cartel  de la santé

Dans le domaine médical, le brevet renforcera encore le pouvoir de ces
mêmes firmes des « Science de la Vie », en voie de concentration rapide
(fusions des derniers mois : Glaxo Welcome-Smithkline Beecham, Aventis, Hoescht-Rhône-Poulenc, Pharmacia Upjohn-Monsanto). Une douzaine de firmes contrôlent un marché segmenté en spécialités - un marché de vie et de mort, et donc immensément rentable. Elles visent à l'étendre. C'est la logique même des marchés.

Ces firmes prétendent lutter contre la maladie. En réalité, elles ont un
objectif, celui de produire plus de profits. La frénétique spéculation
financière actuelle le leur impose avec une brutalité particulière. Il
se trouve ici que cette recherche de profits passe par la production de
médicaments. Mais si demain apparaissait une marchandise plus rentable,
c'est sans état d'âme que leurs dirigeants des firmes pharmaceutiques
reconvertiraient leur capital.  On peut donc être certain que les
techniques que ces firmes nous proposeront (ou plutôt proposeront à
leurs « prescripteurs » - aux médecins) doivent d'abord contribuer à
leurs profits et accessoirement à notre santé.

A l'occasion de la fusion de Glaxo-Wellcome et Smithkline Beecham (17
janvier 2000), nous apprenons que la puissance du nouveau groupe repose
en grande partie sur « une force de vente de 40 000 personnes » - sur un
total de 105 000 ! Aux seuls Etats-Unis, 7 600 visiteurs médicaux
transforment les médecins en « prescripteurs ».   Cette force de vente
contribue-t-elle à la qualité des soins ou aux profits des actionnaires
? Par ailleurs, le Dr. James Orbinski, Président de Médecins Sans
Frontières, écrit qu'au Kenya, le traitement contre la méningite
opportuniste du Sida avec le  fluconazone cout 120 francs par jour, mais
seulement 4 francs par jour en Thaïlande. Au Kenya, le fluconasone est
breveté, il ne l'est pas en Thaïlande. Au Kenya, les malades meurent.
Nous savons aussi que certaines maladies tropicales pourraient être
guéries. Les médicaments existent, il y en a même des stocks. C'est le
cas de la maladie du sommeil qui fait un retour en force remarqué. Mais
comme ces malades ne sont pas solvables, ces médicaments restent dans
les stocks. Peut-être M. Bill Gates, sollicité, financera-t-il
l'écoulement du stock ?

colza2.jpg (310174 octets)Au lieu de breveter le vivant et de privatiser la recherche publique comme c'est le cas partout dans le monde, qu'il s'agisse d'agriculture et de santé, le G8 ne devrait-il pas plutôt travailler à rendre publique cette recherche privée afin que les talents qu'elle stérilise à des tâches aussi montrueuses que Terminator et ses clones, à la défense de molécules brevetées pour ne rien dire des sommes englouties dans le contrôle des « prescripteurs », soient mis au service des hommes - et en
premier lieu du tiers monde. Les « stocks options » peuvent-elles
annihiler le sentiment moral de scientifiques dont le talent est utilisé
à contre-science - si l'on prend au sérieux l'idéologie universaliste et
progressiste dont se réclament les scientifiques publics et privés ?
Pourquoi le « devoir d'ingérence » s'arrêterait-il aux portes de
conseils d'administration de l'industrie pharmaceutique ? Bref, la santé
est-elle un droit ou une marchandise ?

Mais là n'est sans doute pas l'essentiel.

Confisquer la santé

Le brevet sur le vivant est inséparable d'une nouvelle conception,
prétendument scientifique, de la maladie : les maladies seraient
d'origine génétique. C'est sans doute vrai de certaines maladies rares -
qui n'intéressent pas le complexe génético-industriel. Mais ce dernier
tente de la généraliser au marché immensément rentable des maladies
dites « de civilisation » - cancers, obésité, maladies mentales,
allergies, et pourquoi pas ?, à celui de vieilles maladies, en plein
renouveau comme la tuberculose. Ainsi, des « spécialistes londoniens ont
fait la démonstration en Gambie » que « les hommes ne sont pas
génétiquement égaux face au risque de l'infection tuberculeuse » et que
« comme on vient de l'établir pour la contamination par le virus du
sida, certaines personnes sont, du fait de leur patrimoine héréditaire,
plus que d'autres exposées à la maladie ».  Belle démonstration ! Nous
sommes tous différents. Ces différences sont même ce qui caractérise les
êtres vivants. Qu'y-a-t-il de surprenant à ce que nous réagissions
différemment à la tuberculose ? Le travail des spécialistes londoniens
débouche sur une tautologie qui introduit subrepticement une causalité
génétique dans une maladie que l'on disait jusqu'ici provoquée par le
bacille de Koch.

Pourtant, la tuberculose n'est pas plus due au bacille de Koch que
l'obésité au gène découvert en mars 1997 (ou le cancer aux oncogènes ou
telle endémie à tels gènes). L'incidence de la tuberculose dans les pays
industriels avait diminué de 90 % en 1914, avant même que la première
molécule active contre le bacille de Kock ne soit disponible. En une
cinquantaine d'années, les luttes ouvrières avaient réussi à arracher la
diminution du temps de travail, l'amélioration des conditions de
travail, la suppression du travail des enfants, des augmentations de
salaires, de meilleures conditions d'hygiène et de vie, etc. On peut
donc lutter contre la tuberculose en luttant contre le bacille de Koch
ou en s'attaquant aux conditions sociales qui lui permettent de faire
des ravages. Et à l'heure actuelle, la lutte contre la tuberculose (qui
connaît un renaissance foudroyante y compris dans les pays du G8)
n'impliquerait-elle pas d'abord d'en combattre la cause, l'attaqueloche
néo-libérale contre tout ce qui avait été conquis depuis cinquante ans ?

Le paradigme de la maladie génétique introduit un élément nouveau par rapport à celui de la maladie microbienne. Cette dernière laisse la porte ouverte à la compréhension des causes environnementales,  sociales et politiques de la maladie, bref à son écologie politique et, par conséquent, à la mise en oeuvre d'une politique de santé publique, s'attaquant à ces causes. Mais dans le cas de la maladie génétique, la maladie devient propre à l'individu. Pas de chance, ses mauvais gènes en font une victime désignée... Cette idéologie médicale nouvelle traduit dans le domaine de la santé la dynamique d'individuation et de rupture des liens sociaux caractéristiques des sociétés capitalistes. Réduit à ses gènes, l'individu lui-même est aboli. Ses gènes déficients font face aux transnationales « thérapeutiques ». Réduits à l'état de « consommateurs », nous devenons définitivement des « patients » - «personne qui subit par opposition à agent » (Le Robert historique de la langue française).

Soit dit en passant, on trouvera presque toujours des gènes «
responsables » (dans cette conception scientifique étriquée de la
causalité) d'une pathologie quelconque puisque les gènes fabriquent des
protéines et que ces dernières jouent un rôle dans toutes les fonctions
vitales.

Quel est l'enjeu véritable de «découvertes»

Du point de vue des transnationales semencières, il n'y a pas de plus
grande injustice que la faculté des plantes et des animaux de se
reproduire dans le champ du paysan. Tout a été fait, nous l'avons vu,
pour s'en débarrasser. Du point de vue des transnationales
pharmaceutiques (les mêmes firmes des « Science de la Vie »), une
personne en bonne santé porte préjudice à la rentabilité de leur
capital. Tout sera donc fait pour se débarrasser de cette bonne santé.
Ne faut-il pas comprendre la théorie génétique de la maladie, le battage
médiatique à propos de la « doctrine de l'ADN » (R. Lewontin 1993), le chantage au brevet qui «en protégeant l'investissement permettra de nous débarrasser de la maladie
» dans ce cadre de l'économie politique ?

Nous sommes tous porteurs de maladies « génétiques » - en jargon de « susceptibilités aux maladies génétiques »  - une cinquantaine au moins, dit-on. Pour les Dr Knock transnationaux, toute personne bien portante est donc un malade qui s'ignore. La maladie génétique et la médecine « prédictive » font de tout être humain (et ce, avant même sa naissance), un malade potentiel de la naissance à la mort. Il s'agit d'élargir le marché des médicaments à toute personne en bonne santé - exactement comme Terminator et le brevet dans le domaine agricole étendent le marché des semences à la totalité de la superficie cultivée. Bis repetita... Paradoxe : pour nous débarrasser de la maladie, le complexe génético-industriel fait de chacun de nous un malade potentiel ! C'est la fin de tout système de sécurité sociale.

heteropBordeaux sera-t-elle la ville où le vivant sera dépecé et privatisé comme Berlin est la ville où l'Afrique a été dépecée et privatisée ? Nous souhaitons que les Bordelais disent non. A Bordeaux comme à Seattle et à Genève, nous allons arrêter la violence du G8 contre nos droits collectifs et ceux de l'humanité.

(13 juin 2000)

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