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Cette actualité a été publiée le 07/05/2011 à 11h48 par geof.


UN SECRET À PERCER

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Un secret à percer

 
Prédateur pour les huîtres, le bigorneau perceur pourrait être valorisé en teinture

L'effet est quasi instantané. Un petit miracle de la nature. En quelques secondes, le liquide blanc exposé en plein soleil prend une couleur violette. Les pieds dans la vase, le groupe assiste en silence et en direct à une réaction photochimique. Ce matin-là, l'équipe du MAB (Molécules activités biologiques) issue de l'université de La Rochelle a été dépêchée pointe de la Fumée, à Fouras, à l'heure de la marée basse.

Objectif : ramasser le bigorneau perceur, petit coquillage invasif bien connu des ostréiculteurs. Rapporté de pays lointains il y a plusieurs années, il est aujourd'hui l'un des principaux prédateurs de l'huître. Pas plus gros qu'une moule, il n'y va pas par quatre chemins : il perce et traverse la coquille pour se délecter de la chair. Seul remède pour le combattre : le ramassage à la main, puis direction la déchetterie.

Du murex au bigorneau

Mais la nature réserve parfois des surprises. S'il cumule deux lourds défauts (il est invasif et peu goûtu), le bigorneau perceur cache sous sa coquille un petit trésor. Car il est aussi ce que l'on appelle un coquillage à pourpre. Une découverte qui n'a pas laissé le Critt (Centre régional d'innovation et de transfert de technologie) horticole de Rochefort indifférent. Depuis plusieurs années, le petit laboratoire installé sur les bords de Charente mène des recherches pour développer une filière de colorants et pigments naturels.

Si le principal filon reste les plantes tinctoriales, les coquillages peuvent également représenter une ressource naturelle intéressante. Sans atteindre la notoriété du Murex exploité depuis l'Antiquité sur tout le pourtour méditerranéen, le bigorneau perceur des côtes françaises pourrait être valorisé en... teintures.

Depuis quelques mois, en partenariat avec le Critt, l'équipe du MAB planche sur le sujet. Elle tente à la fois de comprendre comment se produit la réaction photochimique et d'en isoler chaque composant. L'intérêt de l'étude est au moins double : elle permet d'étudier la progression du bigorneau perceur sur nos côtes, mais aussi de trouver un moyen de valorisation possible d'une espèce invasive. La boucle serait bouclée.

Si l'opération d'extraction du colorant ne semble pas complexe, reste maintenant à voir dans quelle mesure on peut passer à une production plus importante.

Car l'un des principaux défauts du bigorneau perceur, c'est sa taille assez petite (contrairement à son cousin présent en Méditerranée ou au Murex). Il faut plusieurs centaines de coquillages pour produire quelques grammes de pigments. Les scientifiques doivent aussi résoudre un point quelque peu problématique... l'odeur. En valorisant un coquillage nuisible, les chercheurs feraient ainsi de nombreux heureux : les ostréiculteurs qui en seraient débarrassés et les amis des colorants naturels qui disposeraient d'une matière première à portée de main.

 

Un article de Agnès Lanoëlle, publié par SudOuest

 

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Auteur : Agnès Lanoëlle

Source : www.sudouest.fr