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Cette actualité a été publiée le 17/11/2010 à 02h05 par SOS-planete.


DU BIO EN BATTERIE

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Du Bio en batterie

Il faut consommer bio pour sauver la planète ! Certains habitants de la commune lot-et-garonnaise de Nérac étaient certainement partisans de cet adage très en vogue en ce début de troisième millénaire. Cela ne les a pourtant pas empêchés de s'opposer à l'installation à proximité de leur lotissement d'un élevage de poules pondeuses bio.

Le projet soutenu par la coopérative agricole Terres du Sud prévoyait l'installation d'un élevage de 9000 volailles.

Bernard Péré, fondateur du groupement d'éleveurs de volailles bio Biogalline et membre du conseil économique et social de la région Aquitaine, réagit : « Les riverains de ce projet ont pris contact avec moi car j'ai manifesté publiquement mon opposition à l'installation d'un élevage conventionnel de 30 000 volailles dans une autre commune du Lot-et-Garonne. Il était aussi soutenu par Terre du Sud.

Mais à Nérac, il s'agissait d'un élevage bio ! J'ai eu des hésitations... Finalement, j'ai défendu les riverains. Neuf mille poules, cela devient de l'industriel. Nous ne voulons pas de ce bio-là ! »

La nouvelle réglementation qui régit l'agriculture biologique en Europe et qui est entrée en vigueur le 1er janvier 2009 facilite le développement d'une bio intensive et industrielle.

Particulièrement présents lors des réunions de préparation des cahiers des charges des élevages de volailles bio, les représentants des coopératives agricoles liées aux multinationales de l'agroalimentaire ont su négocier leurs exigences.

Désormais, la surface totale des bâtiments des élevages de poulets de chair peut atteindre 1600 m2 et le nombre de volailles en bâtiment mobile est porté à 16 par mètre carré. Ces mesures permettent ainsi des élevages à l'année de 75 000 bêtes, élevées en trois séries et abattues à 81 jours.

Pour les poules pondeuses, le nombre de volailles par bâtiment de 500 m2 ne peut pas dépasser 3000 mais certaines coopératives agricoles conseillent à leurs éleveurs de juxtaposer les bâtiments, séparés par un simple grillage, pour faciliter la collecte industrielle des oeufs.

Les structures peuvent ainsi atteindre 6000, 9000 voire 12 000 poules. Et comme le nombre de bâtiments pour les pondeuses n'est pas limité, la course au productivisme le plus fou est lancée.

Depuis une dizaine d'années, les coopératives agricoles, chantres des pesticides et des OGM, se sont investies dans le bio pour répondre aux opportunités du marché. Ainsi, en 2000, Maïsadour, la puissante coopérative landaise, passait un contrat avec une chaîne de supermarchés anglais pour l'approvisionner en poulets bio.

En quelques mois, grâce aux aides de l'Etat, la coopérative convertissait plus de soixante agriculteurs à l'élevage de volailles bio et pouvait livrer jusqu'à 800 000 poulets bio à l'année. Mais, quatre ans plus tard, le marché anglais s'effondrait et les éleveurs étaient alors encouragés à revenir à l'agriculture conventionnelle.

Aujourd'hui, Maïsadour reconvertit à tour de bras les éleveurs au bio. Objectif : la grande distribution française et les cantines scolaires. Et la nouvelle réglementation européenne lui facilite la tache : un éleveur sous contrat avec la coopérative produit à lui seul 50 000 poulets bio.

Label bio et agriculture intensive et intégrée, héritée du modèle conventionnel, font bon ménage.

Beaucoup d'agriculteurs qui se convertissent aujourd'hui à la bio préfèrent passer des contrats avec des coopératives agricoles qui leur promettent assistance et sécurité, plutôt que tenter seuls l'aventure.

Dans le cas d'un élevage de poulets bio, la coopérative contrôle toute la chaîne de production : l'entreprise d'accouvage, les élevages, l'abattoir, l'usine d'aliments et le marché avec la grande distribution. Elle fournit clé en main tout le matériel et les bâtiments à l'éleveur, procure les crédits nécessaires (environ 200 000 € sur 20 ans). Elle livre les poussins et rachète toute la production (oeufs ou volaille de chair) aux prix fixés par elle et qui lui garantissent des marges bénéficiaires conséquentes.

Les éleveurs, devenus de simples sous-traitants soumis, se plient aux consignes des techniciens et doivent acheter la totalité des aliments à la coopérative.

La nouvelle réglementation a supprimé le lien au sol qui obligeait les éleveurs à produire 40 % des aliments sur leurs terres. Ils peuvent désormais nourrir en totalité leurs volailles avec des produits industriels. Les fabriquant peuvent y incorporer 5 % d'ingrédients non bio et 50 % d'ingrédients importés. Pour le plus grand bénéfice des coopératives, car l'alimentation animale est aujourd'hui l'un des produits bio les plus rentables.

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SOS-planete

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Auteur : Philippe Baqué

Source : biodordogne.fr