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Cette actualité a été publiée le 11/05/2011 à 17h36 par Mich.


Y A-T-IL ENCORE DE LA VIE SANS ÉLECTRONIQUE ?

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Y a-t-il encore de la vie sans électronique ?

 

Vous désespérez de voir votre conjoint répondre à ses emails au petit-déjeuner ? Vous tremblez lorsqu'il cajole nuitamment sa mûre (la Blackberry) ? Votre meilleur ami vous ignore depuis qu'il est connecté à son réseau ? C'est peu de dire que les objets communicants bouleversent nos manières d'échanger. En 2011, 450 millions de smartphones devraient être vendus dans le monde, contre 388 millions de PC[1].

C'est la victoire de l'électronique ubiquitaire ou ambiante, qui dope la croissance et sans laquelle le manager comme l'étudiant sont incapables de vivre. La jeune génération, dès la pré-adolescence, en est mordue. Fans de réseaux sociaux mais aussi de jeux à réalité augmentée comme celui en 3D, proposé par Nestlé sur sa boîte de Chocapic, avec guidage par Webcam conçu par Dassault Système[2].

Victoire aussi de la société des automates. Les puces d'identification par radiofréquences (RFID) ou les capteurs ou transmetteurs d'informations, par exemple de la technologie radio en champ proche intégrable aux téléphones mobiles (NFC, Near field communication), font désormais partie de notre environnement. Le chiffre d'affaire du marché de ces technologies a représenté 14 milliards d'euros en 2010.

À 5 centimes la puce RFID pour la grande distribution, et bien qu'il faille investir également dans des lecteurs, le nombre d'objets « étiquetés » capables de communiquer dépasse déjà celui des humains.

Un temps limité aux transports et à la distribution, les technologies radiofréquences ont commencé à envahir le petit électroménager (réfrigérateurs, machines à laver, fours à micro-ondes, domotique, etc.) et se retrouvent jusque dans les pouponnières et garderies pour empêcher le rapt d'enfant[3].

Si la CNIL reste pointilleuse sur « l'hypertraçabilité » des individus[4] et impose un droit à l'oubli numérique en limitant par exemple la conservation des données collectées par les passes de transport, la conjonction entre les « impératifs de sécurité » et les nouvelles possibilités offertes par les outils de reconnaissance numérique conduisent à la généralisation de ces techniques.

Une puce dans chaque bras, un lecteur à chaque porte et les fichiers qui leurs seront associés créeront demain ce que l'on nomme déjà notre identité numérique. Un outil bientôt compatible avec la vidéosurveillance de seconde génération capable d'identifier des visages, voire de reconnaître des comportements « anormaux »[5].

Quand bien même les dérives possibles de cette révolution technologique seraient limitées par un arsenal institutionnel infaillible, se poserait toujours la question de l'utilité de ces objets, fruits d'une industrie coûteuse en intelligence. Sur la centaine de milliers d'applications I-phones existantes, 85% ne sont plus utilisées un mois après leur achat[6].

Cette débauche de l'intelligence se double d'une gourmandise sous-estimée en ressources. Car les TIC ont été associées à l'éclosion de l'économie de l'immatériel, comme si les supports de l'information n'avaient pas d'existence réelle. Maurice Lévy et Jean-Pierre Jouyet, dans leur rapport L'économie de l'immatériel, la croissance de demain (2006) définissaient ainsi ce secteur comme « une économie qui n'a pas de fondement physique mais qui place les capacités intellectuelles au coeur de la création de valeur »[7].

Les 850 millions d'ordinateur, smartphone et autres tablettes qui seront vendus en 2011souvent estampillés « durables » - auront bien une nature physique et un coût écologique énorme. Des experts des Nations unies ont estimé en 2004 qu'un PC nécessite 1,8 tonne de matériaux, dont 240 kilogrammes d'énergie fossile et 22 kilogrammes de produits chimiques[8].

Les besoins en eau très pure sont souvent considérables. Une usine de fabrication de puces électroniques, telle celle de ST Microelectronics à Crolles (Isère) consomme 700 000 litres d'eau par heure[9]. Chacun de ces objets incorpore quelques grammes de métaux précieux ou rares (or, indium, etc.) dont la disparition de certains est annoncée d'ici quelques décennies, alimentant au passage les tensions politiques en Asie ou les guerres africaines[10] [11].

Quant au recyclage, il ne fournirait qu'une solution temporaire à la pénurie de matières premières comme l'avancent Philippe Bihouix et Benoit de Guillebon, coordinateurs du livre Quel futur pour les métaux rares ?[12]. Précieux éléments qui rentrent également dans la composition des connecteurs et des circuits des outils électroménagers, dont la durée de vie a tendance, à l'instar de celle de nos outils informatiques, à décroître.

C'est ici que s'ajoutent les dégâts d'une obsolescence programmée, cette fuite en avant d'une production d'objets conçus comme éphémères[13]. Selon le rapport 2010 des Amis de la Terre sur le sujet, un réfrigérateur ne dure plus que 6 à 8 ans, nous changeons de téléphone tous les deux ans - souvent sans nécessité, mais attirés par la nouveauté -, et d'ordinateur personnel en moyenne tous les 5 ans[14].

Chaque Français produit 20 kilogrammes de déchets électroniques par an, dont seulement un quart est collecté et recyclé et un cinquième est réellement valorisable. Les Etats-Unis produisent 3 millions de tonnes de déchets électroniques, et la Chine devrait atteindre bientôt les 4 à 6 millions de tonnes.

De nombreux pays d'Afrique ou encore l'Inde et le Pakistan subissent un afflux de matériels électroniques obsolètes - malgré la Convention de Bâle qui interdit les exportations de déchets dangereux - qui finissent désossés dans des conditions insalubres par les plus pauvres, exposés à diverses substances toxiques[15].

Ce portrait d'une économie de l'innovation parfois futile et souvent nuisible pour l'environnement semble faire écho aux récriminations des écologistes les plus radicaux. A l'instar du philosophe Michel Serres, ne devrions-nous pas plutôt apporter notre bénédiction à la génération des « Petits Poucets » qui inventent une nouvelle forme de socialisation à la force de leurs pouces et de leurs claviers[16].

Croire en l'inventivité de la jeunesse ne doit cependant pas, empêcher de poser la question de l'utilité sociale de l'innovation électronique et numérique, même si cela passe par les mots en apparence extrêmes et provocateurs d'aliénation, d'asservissement, de futilité, de gadget et de gaspillage des ressources naturelles.

(...)

 

Un article de Gautier Lamy, publié par mediapart.fr

 

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Auteur : Gautier Lamy

Source : blogs.mediapart.fr