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Cette actualité a été publiée le 29/09/2010 à 06h30 par Tanka.


VU DU CIEL : HAÏDAR, LE PROPHÈTE DES MANGROVES

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Vu du Ciel : Haïdar, le prophète des mangroves

Chaque après-midi, sur la plage de Kayar, c'est l'effervescence. Situé sur la Grande Côte sénégalaise, entre Dakar et St Louis, ce village portuaire reste un des hauts lieux de la pêche traditionnelle artisanale.

A peine débarquées, des centaines de pirogues bariolées, rentrées du large, se laissent assaillir par les porteurs - payés au poids - qui déchargent et pèsent la cargaison sous l'oeil attentif des mareyeurs frétillants et des fumeuses de poissons aux boubous bigarrés. Un spectacle haut en couleurs, réglé comme du papier à musique depuis des décennies. Seule fausse note : l'appauvrissement des ressources halieutiques.

En cause, l'industrialisation de la pêche sur cette partie de la Côte Atlantique, longtemps considérée comme une des réserves halieutique les plus riches du monde. Et la présence répétée de gros chalutiers venus de France, d'Espagne ou de Chine qui pillent l'océan, détruisant au passage l'habitat des poissons benthiques (vivant en eaux profondes). Ces espèces « nobles », - comme le rouget, la sole ou le mérou qui compose habituellement le plat national, le Thiep bou dien, - dont les Sénégalais se privent aujourd'hui pour les réserver à l'exportation. « Avant, il y avait tellement de poissons ici qu'on s'en servait comme engrais pour l'agriculture ! déplore un vieux pêcheur.

Maintenant, on prend et on vend à peine de quoi s'en sortir. ». Une catastrophe économique, écologique et sociale qui se répète partout où l'on ne respecte plus les temps de reproduction des poissons.

Un homme refuse cette fatalité. Haïdar el Ali, 56 ans. Sénégalais d'origine libanaise, à la tête d'Oceanium, une association pour la préservation de la mer. Un leader d'opinion, figure populaire au Sénégal, récemment désigné par le journal Le Monde, comme l'un des cent écologistes les plus actifs de la planète. Depuis les années 90, cet ex-moniteur de plongée, amoureux de la mer, arpente le pays et rassembler les foules : « J'explique les effets pervers de la surpêche à tous ceux qui la subissent. Notamment aux jeunes, tentés de fuir vers l'Espagne.

Evidemment, quand ils voient que les pays européens viennent corrompre les ministres, signer des accords bidon, prendre tous nos poissons et s'enrichir, ils veulent leur part du gâteau ! » Aujourd'hui à Kayar, « Monsieur Oceanium » - un de ses multiples surnoms - réussit à faire entendre sa voix. Grâce à lui, de moins en moins de jeunes sont tentés de mettre les bouts, et la plupart des pêcheurs appliquent une gestion durable des ressources halieutiques. « On ne les convainc pas en leur parlant de réchauffement climatique...

Mais en leur expliquant que la mer n'est pas éternelle. Que le manque de poissons peut entraîner famine et chômage. Et que cette planète, il faut la sauver pour nous. Pas pour les oiseaux, les arbres et les papillons. Mais pour nous ! »

Au coeur de sa démarche, un détour par les mangroves, ces forêts côtières longtemps négligées car inhospitalières, et souvent détruites car jugées improductives. A l'interface entre la terre et la mer, elles forment de précieuses pouponnières pour de nombreuses espèces marines. C'est un des écosystèmes les plus riches du monde. Un paradis tropical attirant une faune aquatique abondante. Son rôle s'avère crucial dans la reproduction des espèces que pêcheront les Sénégalais.

Et l'enjeu est de taille : le Sénégal occupe le troisième rang mondial des plus grands consommateurs de poissons. La pêche, ici, fait vivre un tiers de la population. Si les ressources halieutiques s'épuisent, c'est tout le pays qui déclinera. Un mal qu'Haïdar el Ali a décidé de combattre à la source, en restaurant donc les mangroves.

Au sud du pays, le long des côtes du Sine Saloum, Haïdar a d'abord eu l'idée de créer une Aire Marine Protégée ( AMP ) pour permettre la reconstitution des stocks de poissons, en fermant le bolong du Bamboung, un bras de fleuve de 18 km. 7000 hectares de mangroves, ont été interdits à toutes formes d'exploitation. Tapie dans un labyrinthe d'eaux troubles et saumâtres, cette forêt de palétuviers aux racines aériennes enchevêtrées constitue un précieux refuge pour les espèces vulnérables, et une nurserie pour les poissons juvéniles, à l'abri des gros prédateurs.

Il y a dix ans pourtant, les 200 000 habitants de la région surexploitaient tellement les ressources naturelles que toute la faune était menacée. Surpêche, coupe irraisonnée de bois de chauffe... Grâce à « Monsieur Mangrove », les locaux ont compris les avantages - nutritifs et financiers - qu'ils tireraient en préservant cette forêt aquatique. Désormais, aucun braconnier n'échappe à la vigilance des habitants qui, de leur mirador, surveillent religieusement, jours et nuits, l'entrée de l'Aire Marine Protégée. « Beaucoup de poissons naissent et grandissent ici, explique Haïdar.

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SOS-planete





Auteur : Audrey Mouge

Source : www.goodplanet.info