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Cette actualité a été publiée le 24/01/2011 à 07h28 par Tanka.


VEUT-ON VRAIMENT NOURRIR LE MONDE ?

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Veut-on vraiment nourrir le monde ?

La question de la sécurité alimentaire est un problème ancien et s'est toujours située au coeur de l'histoire. Néanmoins, dans le champ des relations internationales, il s'agit d'un enjeu qui pose de nouveaux problèmes et qui révèle plusieurs phénomènes émergents, dont la combinaison témoigne du caractère géopolitique de l'agriculture.

Bien souvent marginalisée dans l'analyse stratégique à la fin du XXe siècle, la sécurité alimentaire du monde fait son retour dans les affaires internationales, réintégrant le paysage politique des variables clefs pour le futur.

Les évolutions sociodémographiques, le renforcement des contraintes climatiques avec la raréfaction des ressources naturelles (eau et terre), l'hypervolatilité du prix des matières premières, les recompositions des équilibres géoéconomiques sur le globe ou encore la financiarisation croissante de l'agriculture, domaine toujours plus exploré par les spéculateurs, constituent autant de dynamiques qui accentuent la dimension stratégique de la problématique agricole.

Outre le drame qu'une personne sur sept à la table de l'humanité ne trouve tout simplement rien dans son assiette, il convient de souligner que les trois-quarts de ces affamés sont des paysans pauvres. Coupés des zones urbains mondialisés et des circuits de commercialisation, ils vivent dans des espaces ruraux arriérés et forment en quelque sorte une population mondiale inutile, absente de la bulle consommatrice car non solvable et marginalisée socialement car non nécessaire pour nourrir le monde.

D'autres acteurs globaux, étatiques ou privés, s'en chargent, à plus forte raison que l'on a stimulé les stratégies de sécurité alimentaire pour les villes en misant sur la libéralisation des marchés et le commerce international.

Pour autant, peu à peu, une prise de conscience semble s'installer sur le fait que la crise alimentaire est sans doute devant nous et que les turbulences enregistrées en 2008 ne furent que des manifestations annonciatrices d'une tension plus forte à venir.

Le début de l'année 2011 est marqué par une inquiétude générale. L'indice mesurant les évolutions de prix d'un panier de céréales, oléagineux, produits laitiers, viande et sucre, mis en place par l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), vient d'atteindre en décembre 2010 un record absolu depuis sa création en 1990. Les signes de pression sur les consommateurs se font déjà ressentir dans certains pays à faible revenu ou ceux qui dépendent majoritairement des importations.

Actuellement, il n'est pas étonnant de constater que la rue arabe, comme très souvent depuis quelques années, exprime ses frustrations sociales en s'appuyant sur sa vulnérabilité alimentaire. Le budget des ménages y est encore largement tourné vers une dépense nourricière, où les céréales figurent en première place.

Les chiffres sont têtus et il convient juste d'en rappeler trois pour saisir l'ampleur du défi en cours en Afrique du Nord. En 2010, les cinq pays de la zone (Algérie, Egypte, Libye, Maroc et Tunisie) regroupaient 2 % de la population mondiale, mais représentaient 6 % de la consommation mondiale de blé et polarisaient 18 % des importations mondiales de blé.

Cette équation va se complexifier puisque la demande en céréales progresse encore dans la région, croissance démographique oblige, et que la dépendance envers les approvisionnements extérieurs se confirme, expliquant ici les raisons d'une diversification des relations agro-commerciales pour ces pays, davantage orientés aujourd'hui vers le Brésil, la Turquie, la Russie ou l'Ukraine. Sans conteste, la Méditerranée reflète et incarne la tension alimentaire mondiale.

LA RÉPARTITION ET L'ACCESSIBILITÉ

Les mutations planétaires et la série de variables qui font de l'agriculture une question géopolitique sont en effet structurelles. Il convient d'insister sur le problème de l'accès, que ce soit pour les ressources ou pour l'alimentation. De la part de certains Etats financièrement armés, le manque d'eau et de terre se traduit entre autres par une recherche effrénée visant à conquérir à l'étranger, dans des espaces lointains plus favorables à la production, les marges additionnelles de sécurité alimentaire qu'ils ne peuvent plus bâtir sur le sol ou sur le marché du commerce international.

Cette double course hydrique et foncière ne laisse évidemment pas toujours la place à la responsabilité dans l'investissement, au grand dam de paysans locaux et du développement durable des territoires.

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Auteur : Sébastien Abis

Source : www.lemonde.fr