Uruguay : le pays où l'animal mort est roi - L'atelier

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Cette actualité a été publiée le 10/06/2010 à 15h37 par Michel.


URUGUAY : LE PAYS OÙ L'ANIMAL MORT EST ROI

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Uruguay : le pays où l'animal mort est roi

En cinq jours ici, j'ai englouti plus de viande qu'en six mois en France. Ici? L'Uruguay où s'est déroulée la 4ème Assemblée générale du Fonds pour l'environnement mondial.

Cet organisme hybride, émanation de la Banque mondiale et des Nations-Unies, s'avère être le seul mécanisme financier permettant la mise en oeuvre des conventions onusiennes sur l'environnement.

La plus connue d'entre elles est bien sûr celle qui concerne les changements climatiques. Depuis qu'elle est sortie de l'anonymat à Bali en 2007, puis à Poznan et Copenhague, elle a totalement éclipsé les autres conventions.

Et pourtant, celles-ci sont tout aussi fondamentales: eaux internationales, désertification et dégradation des sols, diversité biologique, polluants organiques persistants (aussi baptisés les douze salopards, ndla), ... Mais ça, tout le monde s'en fout...

Le voyage a surtout été l'occasion de se balader en Uruguay, pays nain de 176000 km2, coincé entre les deux géants argentins et brésiliens.

Pays du Mercosur, puissance exportatrice de viande, terre de pâtures et de zones humides où l'on cultive aussi bien le riz, les eucalyptus et les olives qu'un soja transgénique hyper performant qui finit dans les étables européennes.

Nous sommes au pays de la barbaque. Pour 3,4 millions d'êtres humains, compter 12 millions de vaches et 10 millions de moutons. La viande, il n'y a pas à tortiller, c'est le sport national. Les barbecues s'enchaînent, matin, midi et soir.

On mange les intestins, on suce les os, on mâchonne la panse, on plonge son couteau dans une chair tendre de cotes de boeuf flirtant avec les 700 grammes pièce. Là-bas, un repas sans viande, c'est aussi déficient qu'un enfant sans sourire, un écolo sans vélo ou un vigneron sans tire-bouchon. Les Uruguayens en raffolent mais le pays vend surtout sa production dans le monde entier.

L'Uruguay est récemment passé devant l'Argentine en matière d'exportations carnées avec plus de 1,2 milliard de dollars de ventes en 2009 (dans l'ordre: Brésil, USA, Uruguay, Argentine, Inde). L'Union européenne est complètement dans les choux: elle est a quasi disparu en quelques années du palmarès des exportateurs mondiaux et est devenue importatrice de très gros volumes, 500 000 tonnes prévues cette année...

Comment lutter de toute façon? Ici, les élevages sont extensifs: 1 à 2 boeufs par hectare seulement broutent consciencieusement des prairies plutôt productives qui permettent un engraissement de 500 grammes par jour et par bête.

A l'ouest, les fermiers peuvent compter sur 400 kilos de viande par an et par hectare. Ici, le coût de production frôle 1 dollar par kilo. Autant dire nada, et autant prévenir que jamais les éleveurs européens ne pourront concurrencer les élevages sud-américains sur ce point.

Rouge comme une tomate mais droit dans ses bottes de gaucho, Alfredo Tisnes est un gros propriétaire qui «fait pousser» 1400 bêtes sur 2000 hectares. «Vous avez l'impression que c'est beaucoup selon les standards européens, mais ici c'est moyen.

Surtout, je m'en sors de moins en moins car la marge par tête est de plus en plus basse: les coûts énergétiques et humains augmentent, tandis que le prix de la viande ne bouge pas. Sans compter les taxes qu'on nous sert à l'entrée de l'Europe.»

Certains m'ont confié des chiffres pas folichons : 60 dollars par hectare et par an de bénéfice net. Soit 120000 dollars pour Alfredo tout de même.

Alors certains propriétaires se tournent vers le soja. «Après tout, ça rapporte 4 à 5 fois plus», selon Alfredo. Oui, 200 à 300 dollars l'hectare par an. Animaux morts ou soja transgénique? Le choix est balèze.

Si les animaux ici paissent en paix, ceux de nos douces contrées s'enfilent du tourteau de soja en quantité. Le soja qui pousse ici est donc, lui aussi, destiné à l'exportation.

Contrairement au voisin argentin, l'Uruguay ne taxe pas l'exportation de soja à hauteur de 40%, ainsi, de nombreux producteurs argentins sont venus investir en Uruguay, où la terre, bien que moins productive, est incomparablement moins chère.

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Auteur : Laure Noualhat (Libération)

Source : environnement.blogs.liberation.fr