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Cette actualité a été publiée le 02/09/2009 à 13h03 par Tanka.


UNE VICTOIRE IMPORTANTE POUR LES INDIENS

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Une victoire importante pour les Indiens

Information sélectionnée par Tanka.

Affrontements dans la selva péruvienne

«¡Ya basta!» Les voix de tribus de l'Amazonie péruvienne ont été entendues le 18 juin dernier, alors que le gouvernement du président péruvien, Alan García, a aboli des décrets de libre-échange jugés inconstitutionnels par les Indiens. Cette rétractation aura été obtenue à la suite d'une manifestation opposant les représentants des tribus indiennes de l'Amazonie, regroupés par l'Aidesep (Association pour le développement de la forêt péruvienne) et les forces de l'ordre péruviennes à Bagua, ville au nord du Pérou, le 9 juin dernier. Ces affrontements, qui ont fait une cinquantaine de morts et près de 150 blessés, ont mis fin à une grève illimitée de 55 jours par laquelle l'Aidesep et ses militants ont imposé un blocus sur les routes au nord du pays et incendié des édifices gouvernementaux.

La Loi de la jungle

À l'instar des soulèvements ayant assailli la selva (forêt d'Amazonie) péruvienne en août 2008, les affrontements de juin dernier visaient l'abrogation de décrets du Traité de libre-échange (TLC) signé entre le Pérou et les États-Unis en 2007. Connus sous le nom de Loi de la jungle, ces textes permettent au gouvernement péruvien de parcelliser et de vendre les terres de la selva, jugées par ce dernier comme étant inoccupées et improductives, aux entreprises transnationales d'exploitation minière, hydrique, gazifière, forestière et agricole. Comme l'estime l'anthropologue français, Jean-Pierre Chaumeil, «l'État cherche à privatiser l'Amazonie pour en retirer des intérêts économiques. [Ces] textes de lois fragilisent les droits des Indiens et l'intangibilité de leurs territoires». L'Aidesep abonde dans le même sens. Selon elle, les terres de l'Amazonie péruvienne, qui représentent 60% du territoire national, sont entièrement occupées par les quelques 350 Indiens de la région. En vendant des hectares de la forêt aux compagnies étrangères, l'État menace les droits de souveraineté des Indiens sur ces terres, reconnus par la Convention 169 de l'Organisation internationale du Travail (OIT), par la Constitution péruvienne et par la Déclaration des droits des peuples autochtones de l'ONU.

L'Aidesep estime que la présence de compagnies étrangère en Amazonie, dont le territoire s'étend sur neuf pays d'Amérique latine, porte préjudice aux droits ancestraux des populations indiennes et menace leur mode de vie, leur culture et leur vie. C'est notamment vrai pour la centaine de tribus isolées, ayant choisi de vivre en marge des sociétés modernes, qui évolue principalement dans la selva brésilienne et péruvienne. En plus de subir les modifications apportées par l'homme blanc à leur milieu de vie, ces Indiens isolés sont victimes des maladies amenées par ce dernier pour lesquelles leur système n'est pas immunisé. Au Brésil, les droits et les territoires des Indiens de l'Amazonie sont reconnus et protégés par la FUNAI (Fondation Nationale de l'Indien), un organisme étatique. Il en va autrement au Pérou. Les avancées des compagnies internationales, ayant libre jeu en Amazonie grâce à des traités de libre-échange, poussent plusieurs phratries à l'exode pour survivre.

Des excuses nationales

«Le moment de reconnaître qu'une série d'erreurs se sont produites est venu», a affirmé le président García lors du discours d'ouverture du congrès visant l'abolition de deux des décrets de la Loi de la jungle. Il a, par le fait même, fait ses excuses à la nation pour les violences et les morts de Bagua. Ces rétractations sont entrevues par les groupes indigènes de la selva comme une victoire importante. «La volonté des peuples indigènes a été écoutée et nous espérons qu'à l'avenir, les gouvernements s'occuperont des peuples et les écouteront, qu'ils ne légifèreront pas dans leur dos», s'est exclamée la vice-présidente de l'Aidesep, Daysi Zapata. Le pas qu'ont franchi les représentants de l'Aidesep au nom des peuples indigènes de la selva du Pérou semble de bon augure. Ces évènements vont-ils porter la voix des peuplades voisines à celles du Pérou, qui combattent et fuient elles aussi les invasions étrangères?