Une dette écologique beaucoup plus grave que la crise de la dette - L'atelier

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Cette actualité a été publiée le 20/11/2011 à 14h30 par Mich.


UNE DETTE ÉCOLOGIQUE BEAUCOUP PLUS GRAVE QUE LA CRISE DE LA DETTE

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Une dette écologique beaucoup plus grave que la crise de la dette

 

Les dettes financières ne sont rien, que des bouts de papier. Brûlons tous les titres de crédit et les bons du Trésor ; ne perdront de l'argent que ceux qui en avaient un peu trop puisqu'ils ont eu les moyens de prêter aux autres. Car un État peut toujours refuser de rendre l'argent à l'oligarchie financière qui a vécu au détriment des peuples. Bien plus grave est la dette écologique.
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Comme le dit Éloi Laurent, « la notion de dette écologique, qui implique l'idée de réparation, devient très délicate à manier »*. Historiquement, les pays développés doivent aux pays pauvres puisque l'industrialisation a utilisé des ressources et commis des dommages environnementaux.

Ce concept de dette écologique a été conçu au départ comme contre-partie à la dette financière des pays latino-américains dans les années 1980 : nous vous devons des dollars, mais vous, pays riches, vous nous devez le trou de la couche d'ozone.

Plus récemment, on a estimé qu'il faudrait comptabiliser dans les négociations internationales sur le climat toutes les émissions de gaz à effet de serre déjà effectuées par les pays développés pour rétablir plus de justice dans les émissions futures.

Le remboursement de cette dette consisterait à permettre aux pays pauvres d'émettre beaucoup plus de CO2 dans l'avenir que les pays déjà développés. C'est impossible puisqu'il faudrait globalement baisser nos émissions pour enrayer le réchauffement climatique alors que les possesseurs de voitures individuelles voudront continuer à rouler.

D'ailleurs, lors de la Convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique à Rio en 1992, on a pris l'année 1990 comme « année zéro » : cela signifiait que l'on ne ferait aucune reconstitution du patrimoine des réserves mondiales de combustibles fossiles pillées auparavant. D'un trait de plume, on effaçait ainsi la dette écologique antérieure des pays riches.

En fait les pays riches ont fait une erreur stratégique en basant leur développement sur les énergies fossiles, donc la combustion de carbone qui dérègle l'atmosphère. Les pays sous-développés ne peuvent reproduire la même erreur puisqu'il y aurait alors certitude d'un emballement climatique.

Éloi Laurent a raison de dire que « nous sommes tous, aujourd'hui, des débiteurs écologiques », mais il a tort d'ajouter « même si notre capacité de remboursement varie dans des proportions considérables ». Il n'y a plus globalement de possibilité de rembourser des ressources fossiles définitivement brûlées !

Il raisonne encore comme si la dette écologique, c'était des bouts de papier qu'on pouvait rembourser avec d'autres bouts de papier. La dette écologique, c'est différent d'une dette financière, c'est concret, c'est l'affaiblissement de notre capital naturel. Cette perte est irrémédiable quand il s'agit de ressources non renouvelables comme le pétrole, le gaz, ou l'uranium.

Cette conception particulière de la dette écologique se retrouve dans la notion de « Jour de la dette écologique » ou Jour du dépassement (Overshoot day). C'est le fait de puiser davantage que sa part de ressources naturelles au sein d'un écosystème à l'équilibre délicat qui crée une dette écologique.

Le 27 septembre dernier, nous avons dépassé le niveau des ressources naturelles que peut générer la Terre en un an sans compromettre leur renouvellement. Comme les découverts écologiques se sont ajoutés d'une année sur l'autre (comme les déficits publics se cumulent dans la dette), la dilapidation du capital naturel commence de plus en plus tôt. Nous vivons en ce moment écologiquement « à découvert ».

Donc, rembourser notre dette écologique, ce ne serait pas seulement faire preuve de justice sociale envers les pays sous-développés, ce serait surtout restituer à la nature ce qu'on lui a prélevé. Par exemple, recycler les déchets de notre activité est une forme de rachat de notre dette à l'égard de la nature.

De même si on arrêtait de pêcher une espèce de poissons qui n'arrivait plus à se renouveler jusqu'à reconstitution des frayères. Mais il ne peut en être de même avec les ressources naturelles non renouvelables : les richesses prêtées par la biosphère ont été définitivement dilapidées par les peuples qui vivent à l'occidentale. En effet l'humanité ne peut rembourser les barils de pétrole et les tonnes de charbon déjà utilisés.

La dette écologique existe face à un créancier qui s'appelle la Biosphère ; il ne s'agit plus seulement de régler les problèmes de créances « entre hommes ». C'est pourquoi les plans de rigueur appliqués en Grèce ou en France nous paraîtront bénins quand il faudra vivre avec un capital naturel qui aura irrémédiablement fondu.

La vérité nous apparaîtra alors, nous avons brûlé notre maison : plus d'héritage possible ! Les générations futures paieront notre insouciance par un niveau de vie matériel moyen beaucoup plus bas que celui que nous connaissons actuellement.

 

Un article de MICHEL SOURROUILLE, journaliste-écrivain pour la Nature et l'Ecologie, publié par lemonde.fr

 

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Auteur : MICHEL SOURROUILLE, journaliste-écrivain pour la Nature et l'Ecologie

Source : www.lemonde.fr

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