Un statut pour les animaux - #WikiSurTerre

Retour : Accueil

Cette actualité a été publiée le 22/07/2011 à 14h45 par Tanka.


UN STATUT POUR LES ANIMAUX

  • Google+
  • FaceBook
  • Twitter
  • LinkedIn
Un statut pour les animaux

 
Dès qu'on les aborde, certains points névralgiques de notre modernité déstabilisent nos concepts les plus familiers. Le rapport entre humains et animaux déclenche ainsi de nombreuses réactions où se mêlent inextricablement des aspects philosophiques, scientifiques et politiques : sur fond de mise en question de la conception d'une nature humaine dotée de caractéristiques propres, c'est la légitimité des expérimentations animales, ou plus largement celle de leur exploitation, qui est interrogée. Les recherches récentes en éthologie et les préoccupations écologiques ont renouvelé les termes de ce vieux débat, comme en témoignent, parmi une production abondante, deux livres récents.

De tout temps, les humains ont utilisé les sociétés animales pour en tirer des enseignements sur la leur, ce dont l'exemple le plus connu demeure l'usage qui fut fait du darwinisme pour justifier un système économique défini par la compétition, où la survie du plus apte se traduisait en règle sociale fondamentale. Aujourd'hui, des études plus attentives des singes soulignent un aspect négligé mais fondamental de leurs relations : l'empathie.

Il semble que cette capacité remonte à une période de l'évolution bien antérieure à notre espèce, et qu'elle débuta probablement avec l'apparition des soins parentaux, les femelles sensibles à leurs petits se reproduisant davantage que celles qui leur restaient indifférentes. Ce qui incite à reconsidérer les relations humaines : on croit souvent qu'elles résultent d'un accord entre parties égales ; en réalité, il y a souvent dissymétrie. Car, comme pour de nombreux mammifères, tout cycle de vie humaine comporte des stades pendant lesquels nous dépendons d'autrui (quand nous sommes jeunes, vieux ou malades) et inversement : nous comptons puissamment les uns sur les autres pour notre survie.

Pour Frans de Waal, il est temps d'abandonner l'idée que l'on décide ou non de sortir d'embarras autrui en fonction d'un calcul des coûts et des bénéfices. La sélection naturelle a doté les mammifères d'empathie, ce qui leur assure le concours d'autrui quand le contexte le permet. Ce que l'auteur illustre à l'aide de nombreux exemples.

Alors que de Waal nous rapproche des animaux, Dominique Lestel brouille les frontières dans l'autre sens, en rapprochant les animaux des humains. Le livre a les défauts intrinsèques des pamphlets : pour donner des munitions aux défenseurs des premiers, l'auteur avance toutes sortes d'arguments avec lesquels le lecteur est censé se débrouiller.

A la guerre, on ne s'embarrasse pas de subtilités. Ce qui suscite parfois quelque perplexité. Que penser ainsi de l'idée étrange selon laquelle l'animal pourrait « accepter d'être attaqué par un prédateur, même si une telle agression le fait énormément souffrir, parce qu'elle est dans l'ordre des choses », alors qu'il ne pourrait comprendre l'agression, dénuée pour lui de sens, des expérimentations en laboratoire ? L'auteur se montre bien plus convaincant quand il souligne qu'il est futile de vouloir trouver une limite nette entre hommes et animaux, qui n'a pas grand sens biologique.

Mais la question vraiment intéressante, ce serait plutôt de savoir pourquoi on veut en trouver une à tout prix, ce qui renvoie notamment aux fondations de la modernité, la distinction entre l'Humain et la Nature inanimée dont on pouvait devenir maître pour l'exploiter sans scrupule.
 

 
A l'opposé de la conception qui assimile l'animal à une machine, Lestel propose de le considérer comme porteur de subjectivité et de sensibilité, ce qui, tout en exigeant par ailleurs une analyse approfondie, lui permet, sur le difficile sujet de l'expérimentation animale, de dépasser la posture militante en suggérant que la solution n'est pas dans le choix entre la pratique actuelle ou le refus total, mais dans l'invention de nouvelles formes d'expérimentation n'assimilant plus l'animal à une chose. A cet égard, la proposition d'un des pères de la génétique, le Britannique John Burdon Sanderson Haldane, en faveur d'une biologie « non violente », inspirée de Mohandas Karamchand Gandhi, pour sembler aussi exotique aujourd'hui qu'il y a cinquante ans, n'en mérite pas moins discussion.

Du fait divers qui rappelle la difficulté de faire coexister les ours et les moutons aux émotions suscitées par les abattoirs ou les laboratoires, les questions posées sont politiques, puisqu'il s'agit là, à proprement parler, de définir les intérêts que nous voulons prendre en compte et ceux que nous nous donnons le droit d'exclure.
 

Un article de Pablo Jensen, publié par Monde-diplomatique
 

Vous aimez notre travail ? Alors merci de nous soutenir
 
Lance-toi ! Deviens vite lanceur d'alerte. Rejoins ceux qui ont la rage !
 
Le site étrange qui dérange même les anges !





Auteur : Pablo Jensen

Source : www.monde-diplomatique.fr

  • Mots clés déclenchant une recherche interne :  
  • statut - 
  • animaux