TAIS-TOI ET MANGE ! - L'atelier

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Cette actualité a été publiée le 10/08/2009 à 22h32 par Isabelle.


TAIS-TOI ET MANGE !

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TAIS-TOI ET MANGE !

Information sélectionnée par Isabelle : dans la réalité des conditions de "vie" en élevage intensif...

Je ne comprends toujours pas ce qui m'arrive.

Depuis toute petite, j'essaie de savoir pourquoi ils se comportent aussi violemment, ces gens, mais je n'y parviens pas.

Mes ancêtres ont-il commis l'impardonnable pour que je paie aussi cher en souffrances et en mépris ?

Déjà à ma naissance, j'avais l'occasion de constater des bizarreries : attachée, Maman respirait péniblement et n'avait aucun moyen de bouger.

Étendre un membre ou se coucher, ces simples mouvements, Maman ne les exécutait qu'en rêve.

Notre habitat était sale : nous dormions parmi nos déjections et les odeurs pestilentielles nous écoeuraient. J'étais persuadée que jamais, je ne pourrais m'y habituer...pourtant, je me répétais que ce devait être normal, que notre sort à tous résidait dans cette atmosphère fétide.

Mais l'autosuggestion s'avérait inefficace et des questions récurrentes me tourmentaient, sans déboucher sur des réponses satisfaisantes : "les autres ont l'air de s'y être habitués, pourquoi pas moi ?" Cette interrogation bouclait dans mon esprit fiévreux.

Mes trois frères Romain, Lucas, Max et moi, nous battions avec frénésie pour atteindre notre ration de lait quotidienne.

Maman ne nous rassurait pas : nous ressentions comme une angoisse transmise par son liquide anémié.

Elle n'avait pas le moindre geste maternel à notre égard. Elle semblait perdue dans un monde inaccessible à nos yeux de nouveaux-nés candides.

Pourtant, nous devinions aisément le chagrin engendré par le refoulement de son instinct maternel.

Mais elle s'interdisait tout ce qui pouvait susciter en elle un tourment supplémentaire. Et je nous soupçonne, nous quatre, d'être en partie responsables de sa souffrance.

Lorsque je fus à peine âgée de quelques semaines, ils me soulevèrent du caillebotis sur lequel je somnolais avec mes frères, empoignèrent une pince en métal et m'arrachèrent brutalement les canines : j'avais beau pleurer, crier, m'époumoner, rien ne les arrêtait.

Une intense douleur traversa mes gencives pour aller se loger définitivement dans les maxillaires.

Aujourd'hui encore, lorsque je serre les dents, ce souvenir ressurgit violemment et la peur me submerge : je réprime des hurlements, enfouis si cruellement au fond de moi et prêts à retentir à tout moment.

Après cet épisode, chaque fois qu'ils ouvraient la porte de notre pièce, l'angoisse me terrassait : pour me rassurer, j'essayais de penser à autre chose, ou bien j'appelais Romain ou Lucas qui, à leur tour, sanglotaient de désespoir.

Lorsque nous eûmes atteint l'âge d'être sevrés, nous dûment quitter Maman, qui nous jeta subrepticement un dernier regard peiné.

Ce n'est qu'au moment de partir que je remarquai les beaux yeux bleus de Maman. Avais-je moi aussi les yeux bleus ? Je n'en sais toujours rien.

Nous allâmes rejoindre une colonie d'individus inconnus, tous plus tourmentés les uns que les autres. Ils avaient à peu près notre âge.

Nous ne reçûmes plus aucune nouvelle de notre mère.

Quant à notre père, nous ne l'avions jamais connu.

Je me liai d'amitié avec Nancy, elle avait à peine deux semaines de moins que moi : elle me raconta qu'à elle aussi, on avait arraché les dents.

Elle ajouta que le pire nous attendait. "Comment le sais-tu ?", lui demandai-je.

"Je les ai aperçus par une lucarne, ils vont nous ouvrir le ventre, et nous retirer les ovaires".

"Tu es folle, pourquoi feraient-ils une chose pareille?" lui répliquai-je.

Avant qu'elle n'ait eu le temps de me répondre, deux individus que je n'avais encore jamais vus, vinrent m'arracher à sa compagnie.

L'un d'eux avait environ vingt ans, des cheveux très courts, un visage rougeaud et bouffi, l'autre, plus vieux, affichait ce même teint rougeaud, un air de famille, mais il était plus gras, plus vieux, plus sale.

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