Tahiti, un paradis... pour les paléoclimatologues - #WikiSurTerre

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Cette actualité a été publiée le 15/01/2010 à 10h36 par Tanka.


TAHITI, UN PARADIS... POUR LES PALÉOCLIMATOLOGUES

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Tahiti, un paradis... pour les paléoclimatologues

Information recueillie par Tanka

Des prélèvements dans des coraux fossiles livrent le premier enregistrement précis et détaillé de la hausse du niveau marin en fonction de la température globale.

Comment comprendre le rôle de la fonte des calottes glaciaires, observées aussi bien au Groenland qu'en Antarctique, dans la hausse du niveau des mers ? Plusieurs études récentes ont suggéré que cette fonte sera dominante dans les décennies à venir, mais elles peinent à s'affranchir des particularismes régionaux qui brouillent les résultats. Un moyen d'y voir plus clair est de se tourner vers le passé et d'étudier les variations du niveau marin pendant la dernière déglaciation, il y a entre 21 000 et 5 000 ans, une période durant laquelle le niveau marin est monté d'environ 120 mètres ! C'est ce qu'a fait Édouard Bard, professeur au Collège de France et directeur-ajoint du CEREGE (UMR Université Aix-Marseille-CNRS-IRD-CDF). Avec son équipe, il a reconstitué en détail les variations du niveau marin qui ont eu lieu entre 14 000 et 9 000 ans, c'est-à-dire au coeur de la dernière déglaciation. Pour ce faire, les chercheurs ont daté de nombreux prélèvements (des carottes) de coraux fossiles du récif de Tahiti, en mesurant les proportions des différents isotopes de l'uranium et du thorium.

Durant ces cinq millénaires, le niveau marin est monté d'environ 50 mètres, ce qui correspond à un rythme de 10 millimètres par an, soit le triple de celui observé aujourd'hui. É. Bard et ses collègues montrent que les variations de cette remontée des eaux coïncident avec les événements climatiques globaux, notamment la succession de phases chaudes (les périodes de Bölling-Alleröd) et froides (tel le Dryas récent). En particulier, cette remontée a notablement accéléré au moment du réchauffement de l'Holocène. Ainsi, on dispose pour la première fois d'un enregistrement continu, et détaillé, de la hausse du niveau des mers en fonction de la température globale.

Les analyses précédentes, fondées sur des prélèvements effectués par exemple à la Barbade ou en Papouasie, souffraient de biais, ces régions étant soumises à d'importants soubresauts tectoniques qui faussent les données. En revanche, Tahiti est un point chaud situé sur une zone qui s'enfonce lentement, à un rythme connu dont on peut tenir compte. Les résultats d'É. Bard et de ses collègues, qui précisent les relations entre niveau marin et le climat global, amélioreront les modèles, d'une part, des calottes glaciaires de l'époque et, d'autre part, de la dynamique actuelle de ces calottes.

Ces mêmes résultats aideront aussi les géophysiciens qui s'intéressent au rebond isostatique postglaciaire, qui se traduit par un changement de forme de la Terre après la fonte des calottes polaires. Le phénomène est lent, au point que le rebond qui a suivi la période de déglaciation se fait encore sentir aujourd'hui : malgré le contexte de réchauffement climatique et de montée des eaux, le niveau marin descend en certains endroits, par exemple en Scandinavie et dans la baie d'Hudson, au Nord du Canada, là où étaient localisées les calottes qui ont disparu depuis plusieurs millénaires.

Loïc Mangin - Source : pourlascience.fr


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