Sommet de Copenhague : les glaciers andins racontent le climat - #WikiSurTerre

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Cette actualité a été publiée le 19/12/2009 à 20h13 par Tanka.


SOMMET DE COPENHAGUE : LES GLACIERS ANDINS RACONTENT LE CLIMAT

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Sommet de Copenhague : les glaciers andins racontent le climat

Information recueillie par Tanka

Bernard Francou, glaciologue et spécialiste de la variabilité climatique sous les tropiques, nous éclaire sur l'évolution du climat, cette fois vue des glaciers andins, qui fondent à vue d'oeil. « On ne pensait pas que cela irait si vite ! », confie-t-il.

Pourquoi s'intéresser aux glaciers andins ? Comment évoluent les glaciers et risquent-ils de disparaître ? La vie des populations andines en sera-t-elle ils modifiée ?

Pour répondre à ces questions, Futura-Sciences a interrogé Bernard Francou, directeur de recherche à l'Institut de Recherche pour le Développement (IRD), et contributeur aux travaux du Giec. Il est l'un de ces glaciologues montagnards qui, dans la Cordillère des Andes, ne commencent à travailler que lorsqu'ils ont atteint l'altitude du Mont Blanc.

Futura-Sciences : Vos recherches portent sur les glaciers andins. Que peuvent-ils nous dire des climats anciens qui ne soit pas déjà inscrit dans les calottes ou les inlandsis polaires ?

Bernard Francou : Comme les calottes polaires, les masses de glace froides peu mobiles des Andes tropicales situées à 6.000 m et plus, contiennent des archives qui peuvent renseigner sur l'histoire des climats depuis les derniers millénaires, jusqu'à une vingtaine de millénaires environ dans les meilleures conditions comme au Sajama ou à l'Illimani en Bolivie. A l'inverse des calottes polaires, le signal extrait est complexe car il ne peut pas être utilisé directement comme un indicateur des paléo-températures, mais il trace plutôt l'histoire de la trajectoire des masses d'air depuis les océans – essentiellement depuis l'Atlantique – venu déposer de la neige sur ces sommets.

Par ailleurs, les couches empilées rendent compte de façon imparfaite des quantités de précipitations reçues par ces sommets, car la neige après son dépôt enregistre toutes sortes de transformations. Les plus manifestes sont une perte de volume par sublimation (passage de l'état solide à l'état vapeur) ainsi que l'étirement des strates annuelles par la dynamique de la glace dès lors que la pente lui permet de fluer [NDLR : couler] lentement vers le bas.

Je dirai, sans entrer dans les détails, que ce qui a le plus marqué les chercheurs de notre équipe qui travaillent sur ces carottes profondes, notamment Patrick Ginot, c'est le réchauffement récent de ces masses de glace. Une chaîne de thermomètres abandonnée dans les trous de forage montre, après stabilisation, une augmentation très sensible des températures en direction de la surface.

Ce réchauffement de la glace est la marque du réchauffement atmosphérique du 20ème siècle, et plus particulièrement des derniers 30 ans. Son intensité, qui dépasse partout 1°C, est telle que des sites encore récemment froids, comme la calotte de Quelccaya au Pérou (5.500 m), ne le sont plus ou sont en train de devenir tempérés (glace à température de fusion), ce qui empêchera leur pleine exploitation comme archives des climats du passé.

Comme ce seuil de perte d'information semble se situer actuellement tout près de 6.000 m, cela nous pousse à organiser des opérations sauvetages pour ne pas qu'elle soit perdue à tout jamais. Vous voyez donc que le front de réchauffement ne touche pas seulement les glaciers à basse altitude (5.000 m) qui reculent, mais aussi les plus hauts sommets andins qui avaient pu, au cours des millénaires passés, conserver au froid la mémoire du climat.

FS : Comment ont évolué ces glaciers durant les derniers siècles ?

Bernard Francou : Grâce à notre équipe et à un groupe du CNRS de Meudon conduit par Vincent Jomelli, nous avons pu retracer l'évolution des glaciers depuis le 14ème siècle (en pleine période inca !), en datant les moraines, le plus souvent par une technique qui utilise le taux de croissance des lichens sur les blocs, épaulée après 1750 par des documents iconographiques et des témoignages. Comme dans les Alpes, les glaciers ont connu une période de croissance assez précoce vers 1300 après JC, mais au contraire des massifs alpins où ils atteignent un volume maximum entre 1550 et 1650, puis une autre fois entre 1810 et 1830-60, les glaciers andins voient leur masse culminer un peu plus tard, entre environ 1650 et 1750 après JC.

Autre singularité, ils entament un lent déclin, non interrompu d'avancées significatives, après 1750, un retrait qui les fait ensuite sortir du Petit Age Glaciaire vers 1880-1890. La conjonction du froid et de l'humidité explique la croissance des glaciers andins au cours du Petit Age Glaciaire, tandis que l'assèchement progressif du climat au 19ème siècle – et non une hausse des températures, au moins jusqu'à 1880 – est sans doute à l'origine de ce déclin précoce.

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