Silence, on tue les peuples indigènes de Colombie - L'atelier

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Cette actualité a été publiée le 06/09/2009 à 21h37 par Michel WALTER.


SILENCE, ON TUE LES PEUPLES INDIGÈNES DE COLOMBIE

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Silence, on tue les peuples indigènes de Colombie

Information recueillie par Michel

L'assassinat de douze awá, parmi lesquels quatre enfants et un bébé, le 26 août dernier, s'inscrit dans une logique d'extermination qui a fait plus de 170 victimes depuis le début de l'année. L'objectif est de déposséder les indigènes de leurs terres.

Juge au Tribunal sur le génocide indigène en Colombie, le Suisse Bruno Rütsche dénonce ces faits et explique que les diverses ethnies du pays sont les victimes de tous les groupes armés du pays: militaires, paramilitaires et guérilleros.

«Ce qui se passe avec les indigènes est extrêmement grave et d'une cruauté absolue. Leurs terres sont convoitées pour la réalisation de projets agro-industriels et d'exploitation minière et ils sont contraints à des déplacements forcés avec des tactiques comme le massacre», affirme celui qui est aussi responsable du Groupe de travail Suisse-Colombie.

Le 26 août dernier, un groupe de dix hommes cagoulés en vêtements militaires a ouvert le feu contre les habitants de la réserve indigène de Gran Rosario, à 80 km du port de Tumaco, sur la côte pacifique.

Cynisme et impunité

«On présume qu'il s'agit de paramilitaires», note le responsable de l'ONG suisse. Le président Alvaro Uribe a offert une récompense à qui fournirait des informations susceptibles d'identifier les criminels. Une mesure qui n'inspire nulle confiance à notre interlocuteur. «C'est même une preuve de cynisme quand on voit l'impunité avec laquelle agissent ceux qui attaquent les indigènes», estime-t-il.

Il a nommé les militaires, les paramilitaires et les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), la première guérilla du pays, qui a reconnu l'assassinat de huit Awá, le 17 février dernier dans la même région.

«Cette région est la cible de tous les groupes armés», note Bruno Rütsche, qui ajoute que vente d'armes et cultures illicites sont monnaie courante dans le département de Nariño, principalement à Tumaco, et qu'entre janvier et juin de cette année seulement, on compte cent septante-trois victimes de la violence.

«La plupart d'entre elles ont été assassinées en plein jour et, pour beaucoup, tout près de postes de police ou de bases militaires», souligne le membre du Tribunal permanent des peuples indigènes (TPP). Cette violence n'est pas seulement le résultat d'activités liées au commerce des armes ou des stupéfiants.

Dogue, armes et plus encore

La région est aussi très riche en ressources minières et on pense qu'elle recèle de nombreux gisements de pétrole. On y trouve également des cultures de palmiers à huile et de palmiers africains – utilisés dans la fabrication d'agro-combustibles –, ainsi que des piscicultures de crevettes.

«La région attire les mégaprojets», observe Bruno Rütsche. En d'autres termes, elle excite les convoitises, ce que ses habitants payent très cher.

Selon le responsable du Groupe de travail Suisse-Colombie, la population indigène en Colombie est d'environ un million de personnes, avec 18 ethnies comptant moins de 200 membres et 18 autres moins de 500. «Cela signifie qu'il s'agit de peuples en voie d'extinction. Chaque mort implique donc la fin d'un monde.»

Dans ce pays, des lois devenues constitutionnelles ont pourtant été promulguées dans les années nonante pour améliorer le sort des populations en question. Elles stipulent que les indigènes représentent l'autorité dans les zones qu'ils habitent (les réserves) et que le sol et sous-sol de ces régions leur appartiennent.

L'Etat dans le viseur

Il est ainsi impossible de faire quoi que ce soit sans les consulter et sans obtenir leur consentement. Cependant, déplore Bruno Rütsche, «ce qui se passe ici, comme dans toute la Colombie, c'est que l'Etat lui-même viole sa propre Constitution ainsi que le droit international et la convention 169 de l'Organisation internationale du travail (OIT)... ce qui est à la fois illégal et violent.»

«Il est fréquent que des acteurs privés illégaux attaquent les indigènes avec le consentement et même l'autorisation déguisée de l'Etat», dans le but de déposséder ces indigènes de leur terre et de ses richesses.

En 2008, dans la région montagneuse de Santa Marta, le Tribunal permanent des peuples a tenu un Tribunal sur le génocide indigène en Colombie au cours duquel Bruno Rütsche occupait la fonction de juge. A cette occasion, une ferme dénonciation des agressions a été prononcée.

Le spécialiste suisse explique qu'en plus d'être victimes de massacres, les indigènes sont confinés, «comme en état de siège», avec impossibilité de se déplacer, sans accès aux médicaments, au sel, aux combustibles...

Bruno Rütsche, du Groupe de travail Suisse-Colombie

Marcela Águila Rubín, swissinfo.ch
(Traduction de l'espagnol: Elisabeth Gilles)

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