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Salon de l'Agriculture : une question de blé - Le Vrai d'UFO's ;o)

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Cette actualité a été publiée le 25/02/2013 à 17h32 par kannie.

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Salon de l'Agriculture : une question de blé

 

Le salon de l'Agriculture est ouvert, le Français redevient paysan, le citadin rêve d'une cour de ferme où chante le coq et où caquette la poule fière d'avoir pondu un oeuf 100 % bio. Mais la ferme a changé depuis un siècle. Elle ressemble davantage, de nos jours, à une usine à bouffe, à une gondole de grand magasin ou à une donnée d'ordinateur dans une salle de trading à Chicago.

Je ne reviendrai pas, dans cet article, sur les farines de vache folle dont l'Europe permet désormais de gaver les poissons d'élevage, demain les cochons ou les oies. Je n'évoquerai pas les carcasses de cheval estampillées «pur boeuf», et assaisonnées à la phénylbutazone, cet anti-inflammatoire dont nous avons bien besoin, tant notre propension à nous prosterner devant la logique du fric nous provoque de courbatures dorsales.

Je me bornerai à la question du blé. Aux deux sens du mot : la céréale et le billet de banque.

Je picore l'info suivante parmi les graines d'actualité dont les médias nous remplissent la mangeoire : l'hostie coûte de plus en plus cher. Le sacrement de l'eucharistie est en crise. Le Figaro raconte l'histoire : à Lourdes, la tradition veut que les soeurs du monastère de la Visitation fabriquent les mini-galettes de pain azyme indispensables aux pèlerins en quête de miracle ; or, les religieuses subissent de plein fouet la crise des céréales.

En cinq ans, le prix de la farine a bondi de 30%. Entre 2007 et 2013, il a fallu faire passer de 11 à 20 euros le prix du sachet de 1000 hosties. Le marché flanche. Communier dans la Sainte Église devient un luxe. S'ajoute au malheur des nonnes la concurrence d'usines italiennes, espagnoles ou américaines qui produisent de l'hostie à prix cassé –low cost ou «locoste», comme jargonnent les gens de marketing et les journalistes paresseux...

Dans l'univers des paysans même, l'envolée des cours du blé, du maïs et des autres graines ne profite pas à tout le monde. C'est le pactole pour les céréaliers : non seulement ceux-ci vendent leurs récoltes de plus en plus cher, mais ils exploitent des étendues de plus en plus vastes. En France, les subsides de la Politique agricole commune (la PAC) sont distribués à proportion des hectares labourés. C'est ainsi, selon Libération (du 7 février), qu'en 2012, nos dix mille plus gros agriculteurs se sont partagé 6 milliards d'euros de subventions européennes, soit une moyenne de 600 000 euros par exploitation.

Les éleveurs d'animaux à lait ou à viande ne participent pas de la même fête. Disons qu'ils crèvent gueule ouverte, coincés entre la nécessité d'acheter pour leurs bêtes des aliments de plus en plus dispendieux (parce qu'à base de céréales), et l'obligation de vendre leurs produits de moins en moins cher à des centrales d'achat de grands magasins dont le totem ressemble davantage au rapace qu'à la blanche colombe.

Les hosties sont utiles à la vie éternelle des chrétiens. Mais le pain est indispensable à l'existence terrestre de bien plus de monde... La flambée du prix des céréales constitue, au XXIe siècle, un désastre planétaire. Des dizaines, des centaines de millions de personnes en sont ou en seront les victimes.

Ce phénomène porte un nom : la famine. Oui : cette disette qu'on croyait moyenâgeuse progresse à grands pas sur la planète... Lorsque j'étais enfant, mes parents me faisaient économiser quelques sous pour les «petits Chinois» au ventre vide. Nonobstant leur statut international d'«émergents», des millions de Chinois continuent d'être sous-alimentés ; mais ils partagent ce malheur avec une multitude de nos contemporains.

Quand je publiais la première version de mon essai L'Humanité disparaîtra, bon débarras !, en 2006, l'espèce Homo sapiens comptait six milliards et demi d'individus, dont huit cent cinquante millions souffraient de la faim, tandis que neuf millions mouraient chaque année de cette carence. Je ferai paraître, dans trois semaines, la Nouvelle édition revue et aggravée de cet essai d'humour noir. J'y constate que nous sommes aujourd'hui plus de sept milliards, dont un milliard d'affamés et dix millions de victimes annuelles du fléau. Quel progrès !

L'augmentation du prix du blé et des autres céréales, c'est la faim. La spéculation «libérale» sur les récoltes, c'est le malheur. La régression rapide des surfaces cultivées dans le monde, c'est la mort, et d'abord celle des enfants. Nous serons huit milliards en 2025, mais nous continuons de réchauffer la planète : les déserts avancent, les eaux marines submergent, salent et stérilisent les contrées côtières.

Nous serons neuf à dix milliards en 2050, mais nous continuons de transformer nos meilleures terres vivrières en tristes étendues de matières premières industrielles (coton, thé, café, betterave...) ; quand nous ne basculons pas dans ce qu'il faut appeler le crime : je veux parler de la production massive, à base de palmier à huile ou de canne à sucre, de ces carburants dits «biologiques», que les écologistes ont bien raison de renommer «nécrocarburants»...

Le salon de l'Agriculture a ouvert ses portes. Les grands céréaliers s'en mettent plein les poches. Le prix des hosties grimpe comme celui de la maigre gamelle des va-nu-pieds. Nul besoin de consommer de la vache délirante ou du poisson dément : nous sommes devenus fous. Possédés par le démon de l'argent –du «blé», au sens argotique du terme. À supposer que nous soyons croyants, nous ne disposerons bientôt même plus des saintes hosties qui nous exorciseraient des pompes et des oeuvres de ce diable-là.

 

Un article de Yves Paccalet, publié par son blog et relayé par SOS-planete

 

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Auteur : Yves Paccalet

Source : www.yves-paccalet.fr

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