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Cette actualité a été publiée le 19/08/2009 à 16h33 par Michel Walter.


RECRÉER LA NATURE

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Recréer la Nature

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Denis Parkinson, 35 ans, a longtemps trouvé son bonheur dans la contemplation, attendant comme la promesse d'un plaisir sans égal ces journées passées à observer plantes, insectes, papillons... Puis un jour, las de voir disparaître les paysages merveilleux de son enfance, le naturaliste a décidé qu'il ne resterait pas simple spectateur. En 2006, lorsque le projet de restauration du plateau des Tailles, dans les Ardennes, est né, il n'a pas hésité longtemps avant d'accepter la proposition du département de l'étude du milieu naturel et agricole de Wallonie. Il a quitté Liège, où il était conseiller en environnement de la municipalité, pour rejoindre Houffalize, un village endormi dont la population se partage entre une agriculture déclinante, l'accueil de touristes, et des emplois mieux rémunérés que quelques-uns vont chercher dans le grand-duché du Luxembourg voisin.

"Les écologistes ont deux options : essayer de mettre à l'abri ce qui peut encore l'être en étendant les zones protégées ou réagir en inversant la tendance et récréer ce que l'homme a détruit", explique-t-il, les deux pieds plantés dans la boue, en montrant un paysage semblable à un champ de bataille.

Ce que l'homme a détruit ici en voulant les valoriser, ce sont des tourbières, des terres belles mais inhospitalières, incultes, gorgées d'eau et de pièges toujours prompts à se refermer sur le promeneur imprudent. Dans ces lieux froids et humides qui forment, à 600 mètres d'altitude, les "hautes terres" de la Belgique, une mousse d'un genre particulier, la sphaigne, s'est accumulée au fil des millénaires pour former la tourbe dont on tira jusqu'aux années 1950 un combustible.

Les anciens se souviennent être venus chercher dans de modestes carrières des petites briques de cette matière noirâtre qui, en se consumant, dégageaient une épaisse fumée nauséabonde. Ils se souviennent aussi qu'il fut demandé à leurs ancêtres de drainer ces marécages pour y planter des épicéas. Un travail de forçats imposé dès le milieu du XIXe siècle par le gouvernement pour valoriser coûte que coûte ces espaces. Aujourd'hui, encouragé par la Commission européenne qui, dans le cadre de sa politique de protection de la biodiversité, finance la moitié de l'opération - 4 millions d'euros sur cinq ans -, le gouvernement wallon fait marche arrière.

L'exploitation forestière n'est pas rentable, les épicéas n'ont jamais vraiment bien poussé et surtout les tourbières qui, hier, valaient peu de chose, se révèlent précieuses pour le maintien des équilibres écologiques et la protection de la biodiversité. "Les tourbières des Tailles, comme celles des Hautes Fagnes sur le plateau ardennais, sont une sorte de monument historique hérité de la dernière époque glaciaire. Ces milieux rares abritent des espèces végétales très particulières qui ne peuvent s'acclimater ailleurs. Ce sont des châteaux d'eau. Des éponges qui purifient en même temps qu'elles régulent le réseau hydrographique du plateau et des vallées", raconte Denis Parkinson. Il n'en subsiste que 250 hectares environ, 80 % ont disparu.

Le chantier des Tailles s'étale sur 600 hectares. Tout a été planifié pour faire un grand saut dans le passé et ramener ces paysages sur leur trajectoire originelle. Les pelleteuses mécaniques sont à l'oeuvre pour décaper le sol et faire émerger les graines typiques des tourbières restées en sommeil pendant des décennies. Des parcelles entières d'épicéas ont été rasées.

Plus de 1 500 "bouchons" ont été posés pour colmater les drains destinés à mettre ces terres au sec. Des digues d'argile ont été élevées pour former de nouvelles retenues d'eau. Dans les landes qui bordent les tourbières, des vaches assez légères pour ne pas s'enfoncer dans ces terrains humides ont été importées des Highlands écossais. Elles broutent la molinie, une grande herbe qu'il faut surveiller pour qu'elle ne devienne pas envahissante. Pour ce service, Raphaël Bertrand, le propriétaire des dix bêtes, reçoit de la Commission européenne autant que ce qu'il gagne avec ses quarante limousines élevées pour leur viande.

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