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Cette actualité a été publiée le 28/07/2011 à 12h45 par Fred.


QUE CACHE LA GRANDE MURAILLE VERTE ?

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Que cache la Grande Muraille Verte ?

 
Projet transcontinental réunissant onze pays sahélo-sahariens, la Grande Muraille Verte a pour ambition d'armer les populations locales pour lutter contre la désertification.

Qu'est-ce que la Grande Muraille Verte (GMV)? Cette appellation à la fois énigmatique et poétique interpelle l'imaginaire. Et pour cause, la GMV est un ambitieux projet panafricain qui fait rêver.

Pour lutter contre la désertification, il prévoit de relier Dakar (Sénégal) à Djibouti par une longue barrière verdoyante de 7.000 kilomètres de long sur 15 kilomètres de large. Cette initiative historique lancée officiellement en janvier 2007 veut répondre aux problématiques de plus en plus pressantes des populations du Sahel, dont les conditions de vie ne cessent de se dégrader.

En premier lieu, le Sahel (bordure, rivage, en arabe) désigne la bande de territoire située au sud du désert du Sahara partant de l'océan Atlantique jusqu'à la corne de l'Afrique et constituée de savanes et de steppes. La ceinture sahélienne traverse les onze pays signataires du projet de la GMV: Sénégal, Mauritanie, Mali, Burkina-Faso, Niger, Nigeria, Tchad, Soudan, Ethiopie, Erythrée et Djibouti.

Les populations qui vivent dans la région sont confrontées d'une part à une sécheresse endémique depuis plus de 30 ans, et d'autre part à la désertification. Cette notion ne doit pas être entendue au sens propre du terme comme un phénomène de progression du désert dans les terres, mais plutôt comme une dégradation des sols accentuée par le manque de précipitations (entre 100 et 600 mm par an).

D'après un rapport de la FAO, l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, datant de 2005 sur la situation des forêts dans le monde, les 11 pays sahélo-sahariens concernés par la GMV perdraient en moyenne 1,712 million d'hectares de forêts chaque année.

Démêler le vrai du faux

Considérer le désert du Sahara comme un fléau, un cancer qui rongerait année après année les terres arables des hommes, serait une grossière erreur. Un rapport du Comité scientifique français contre la désertification (CSFD) démonte certaines idées reçues autour de la GMV.

«Le Sahara est un écosystème parfaitement "sain" qui existe sur notre planète depuis bien avant l'homme et contribue, à l'instar des autres déserts du monde, de façon très précieuse à sa diversité et sa richesse (biologique, paysagère, culturelle). Il ne constitue en rien l'expression d'un mauvais état de santé du milieu.»

Le Sahara demeure un écosystème désertique stable, même s'il n'est pas immobile. L'idée que la GMV consiste à planter un mur d'arbres pour freiner une avancée hypothétique du Sahara est donc à écarter. Les causes de la désertification se trouvent ailleurs. Comme le rappelle Richard Escadafal, président du Comité scientifique français contre la désertification (CSFD), (...)

 


 


Priorité à l'intégration sociale

Dans le cadre de la GMV, l'homme se pose tant dans le rôle de victime que de bourreau. La désertification relève davantage d'une dégradation des terres à un niveau local, et n'est pas observée exclusivement dans des zones arides ou semi-arides.

Une dégradation principalement due à des facteurs anthropiques, donc résultant de l'action de l'homme sur l'environnement: activités sylvopastorales inadaptées, monoculture, activités minières, surpâturage, etc. Si la régénération naturelle des sols n'a plus les moyens ni le temps de faire son oeuvre, les sols s'appauvrissent et les rendements agricoles diminuent.

La sécheresse qui sévit dans la région n'a évidemment rien arrangé face à la diminution des ressources naturelles renouvelables (eau, sol, faune et flore). L'appauvrissement des sols est également renforcé par l'érosion éolienne et hydrique, et sans végétation pour protéger les terres, c'est tout un écosystème qui est menacé.

«La désertification, si j'ose dire, est purement artificielle. Elle est uniquement le fait de l'homme. Elle est d'ailleurs relativement récente et pourrait être combattue et enrayée», préconisait déjà en 1927 le forestier et zoologiste français Louis Lavauden qui a beaucoup travaillé en Afrique.

Et la boucle est bouclée. Car avec moins de végétation, les populations locales vont davantage se concentrer sur des activités d'élevage et de pâturage, ce qui ne va qu'aggraver le phénomène. C'est pourquoi le reverdissement du Sahel ne saurait être envisagé sans un changement structurel et préalable des activités humaines dans les régions victimes de désertification. Avec une priorité accordée aux espèces locales en fonction du milieu dans le but d'une reforestation diversifiée.

(...)

Le problème de l'instabilité politique

Le terme de «mur» n'est pas à prendre au premier degré et se réfère davantage à une interface d'échanges et de développement local. Le tracé n'est d'ailleurs ni linéaire, ni même continu. Il résulte d'une étude conjointe des pays signataires en fonction de facteurs environnementaux (pluviométrie, typographie, accessibilité...) nécessaires au développement d'activités agricoles, domestiques et d'élevage.

Si pour la majeure partie du tracé, la GMV est encore au stade de l'ébauche théorique, l'instabilité politique qui règne dans certaines régions pourrait constituer un frein au bon développement du projet. (...)

Un projet innovant?

Si la GMV fait beaucoup parler d'elle, il ne faudrait pas croire que cette idée de vouloir reverdir des zones perdues par l'homme soit fondamentalement innovante. De nombreux précédents ont fait figure de cas d'écoles dans le cadre de l'élaboration de la feuille de route de la GMV.

 

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Un article de Anaïs Toro-Engel, publié par slateafrique.com
SlateAfrique remercie Axel Ducourneau pour sa contribution.

 

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Source : www.slateafrique.com