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Cette actualité a été publiée le 15/10/2009 à 11h40 par Tanka.


POLLUTION DANS LE DELTA DU NIGER : AMNESTY ACCUSE SHELL

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Pollution dans le delta du Niger : Amnesty accuse Shell

Information recueillie par Tanka.

Dans le delta du Niger, on meurt de faim et de maladie, déclare Amnesty International qui met en cause la pollution engendrée par les compagnies pétrolières et notamment Shell. 100 jours après la remise d'un rapport sur la question, l'ONG relance l'alerte.

Des cours d'eau et des terres polluées, des habitants réduits à l'inactivité et à la famine, des autorités passives voire complices. Et en amont de la chaîne, des compagnies pétrolières florissantes, dont le géant hollandais Shell. C'est ainsi qu'Amnesty International décrit la situation dans le delta du Niger. En juin dernier, l'ONG a publié un rapport sur le sujet. Plus de trois mois plus tard, elle accuse Shell de n'avoir guère avancé sur le dossier. “En 100 jours, il n'y a pas eu grand chose de fait, constate Antonio Manganella, responsable de la Commission entreprise d'Amnesty.

En fait, le déclin de la région a commencé il y a cinquante ans. Au moment où les compagnies pétrolières ont mis le pied sur le delta au sol gorgé d'hydrocarbures. “Au départ, nous les avons accueillis avec des tambours, des danses traditionnelles, on croyait que l'heure du développement était arrivé”, raconte Celestine Akpobari, un militant nigérian engagé pour la défense du peuple local Ogoni. Petit à petit, la situation s'est dégradée.

La Shell Petroleum Development Company (SPDC) – une joint venture détenue à 30% par Shell et à 55% par l'État - l'avoue elle-même : il y aurait eu plus de 200 fuites pétrolières par an entre 1989 et 1994, soit 7 350 barils déversés dans la nature. Les Nations Unies, elles, évoquent carrément l'équivalent de 3 millions de barils évacués entre 1976 et 2001. Or, ces fuites ne sont pas sans conséquences : en 2008, 2 000 sites étaient déclarés contaminés par une agence nigériane en charge du problème.

Des sites, sur lesquels les populations vivent ou plutôt survivent. Souvent privées d'activité économique et de nourriture, elles évoluent dans un air contaminé par les hydrocarbures ou le gaz, se plaignent de problèmes cutanés ou respiratoires. Poussées par la colère, certains s'attaquent souvent aux installations pétrolières, créant plus de fuites et de problèmes sanitaires, souligne encore l'étude d'Amnesty.

Mais que dit Shell de ces accusations ? Rainer Winzenried, un porte-parole du groupe, dénonce un “rapport qui fait des allégations infondées et tire des conclusions superficielles.” “Il ignore les problèmes complexes de la région.”

Au registre de ceux-ci, la montée de la violence et les vols de pétrole qui laissent les installations éventrées et dispersent le pétrole dans la nature. “85% des fuites de l'année passée sont dues à des actes de vandalisme”, assure M. Winzenried. Amnesty conteste. “c'est tout à fait faux et nous pouvons le démontrer”, s'insurge Francis Perrin, ex-président de l'ONG et membre du bureau exécutif. Mais Winzenried de poursuivre : “Quelle soit la cause des fuites, nous nettoyons les sites.” Faux, accuse encore Amnesty qui pointe les mares d'hydrocarbures.

Et la famine des populations due aux poissons et aux terres polluées. “Ils n'ont pas adapté leur agriculture et leur pêche malgré l'explosion démographique dans le delta. Il n'y a pas assez de nourriture pour tout le monde.”, explique l'homme de Shell qui assure que sa société a investi l'an passé dans un programme de 240 millions de dollars, pour développer routes, écoles, hôpitaux.

“Ils disent que la situation au Nigeria est complexe, mais ça ne doit pas éluder leur responsabilité sur la pollution ”, résume de son côté Francis Perrin. Amnesty appelle donc une fois encore les compagnies au nettoyage des sites pollués, à l'information et à l'indemnisation des populations. “L'an prochain le Ghana va devenir un producteur de pétrole. En 2011 ce sera l'Ouganda et la RDC a, de son côté, un fort potentiel. Il ne fait pas que ces pays deviennent le Nigéria”, souligne Francis Perrin.