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Cette actualité a été publiée le 19/03/2010 à 20h25 par Tanka.


PLONGÉE AU COEUR DE LA TRIBU KOGI

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Plongée au coeur de la tribu Kogi

Le fondateur de l'association Tchendukua raconte comment et pourquoi il en est venu à racheter des territoires pour les Indiens kogis de Colombie. Une initiative pas seulement économique mais qui vise aussi à préserver une culture et un usage du monde.

Rien ne destinait Eric Julien à faire sienne la cause des Indiens kogis. Des perspectives de carrière de consultant en entreprise et un diplôme de guide de montagne lui ouvraient d'autres horizons que ceux d'une culture précolombienne bousculée par cinq siècles de spoliations et de violences. En fait, tout a commencé en 1985 par une ascension ratée. Venu comme coopérant en Colombie, l'alpiniste n'a pu résister à la présence d'un magnifique 6000 mètres, surplombant presqu'à moins de 30 kilomètres de distance le Pacifique. Victime d'un oedème pulmonaire, le grimpeur n'a dû d'avoir la vie sauve qu'à la présence d'Indiens kogis.

Remis sur pied efficacement à coups de médecine traditionnelle, il leur a demandé comment les remercier. En nous aidant à récupérer nos terres ancestrales, lui a-t-on répondu. Rentré en France, il a fallu dix ans et des remises en question professionnelle pour qu'Eric Julien se souvienne de sa promesse et reprenne le chemin de la Colombie. Trois voyages ont été nécessaires pour qu'il retrouve les traces de ses sauveteurs. L'un d'eux a commenté non sans malice: "Tu as mis un peu de temps, mais bon..."
"Nous allons disparaître et vous ne serez pas loin derrière"

Il restait à savoir comment procéder. L'idée s'est imposée de leur racheter des terres. Eric Julien a rencontré un Colombien, Gentile Cruz, qui connaissait parfaitement les Kogis et qui s'est proposé de repérer les territoires possibles. Revenu en France, le consultant a créé l'association Tchendukua pour collecter des fonds. Un beau jour, il a reçu un coup de fil: une terre était disponible pour 20 ou 30 000 francs. Ils ont été trouvés et "on a pu l'acheter. C'était vraiment jubilatoire. On l'a visitée avec les Kogis, un vrai bonheur."

Sauf que ceux-ci, habitués aux coups fourrés des Blancs, se sont défiés longtemps de ce qu'un tel don pouvait cacher. "On l'a acquise il y a 12-13 ans et ce n'est que depuis 2 ans qu'ils sont persuadés que tout est correct." Mais une terre ne suffit pas. "Aujourd'hui, l'association a racheté 2000 hectares, il en faudrait 10 000." Car les Kogis vivent selon un mode semi-nomade, se déplaçant du niveau de la mer à 3500 m, selon les saisons. "On ne peut acquérir toute la montagne, on essaie de racheter une vallée qui comporte tous ces différents niveaux afin qu'ils puissent se déplacer, accéder aux terres chaudes qui sont les plus fertiles et reconstituer leur système symbolique." Selon leur conception, la montagne qu'ils habitent ressemblent à un corps humain, avec la tête dans les parties hautes, les jambes dans les parties basses... La perte de leur territoire les a mutilés.

Pour ces hommes-racines comme les qualifie Eric Julien, les liens qui les nouent à la terre et au vivant sont fondamentaux. Ils s'évertuent à ne pas se comporter en prédateurs, soucieux de préserver la vie et la diversité de leur environnement. Ils considèrent d'ailleurs les Occidentaux comme des "petits frères" à la maturité un rien défaillante. A leurs yeux, nous devenons plus pauvres chaque jour "de tout ce que la nature a donné". Ils enregistrent avec désolation les blessures imposées à la terre, les glaciers qui reculent, les oiseaux migrateurs dont ils ne parviennent plus à lire les itinéraires, les pollutions...

Aucune invective à l'égard des responsables de ces bouleversements mais juste un pronostic: "On ne va pas tenir longtemps. Vous n'avez pas l'air de comprendre que nous allons disparaître et que vous ne serez pas loin derrière." Et un souhait: "Vous ne savez plus penser le monde. Comprenez que vous êtes vivants avant d'être Blancs. Vous devriez prendre le temps de vous arrêter cinq minutes et penser aux questions importantes..."

Source : lejdd.fr


Information recueillie par Tanka

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