Pierre Rabhi : "Je suis le père, le fils et l'amant de la Terre" (1/2) - L'atelier

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Cette actualité a été publiée le 03/05/2013 à 04h00 par kannie.


PIERRE RABHI : "JE SUIS LE PÈRE, LE FILS ET L'AMANT DE LA TERRE" (1/2)

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Pierre Rabhi : "Je suis le père, le fils et l'amant de la Terre" (1/2)

 

Penseur, écrivain et paysan pionnier de l'agroécologie en France, Pierre Rabhi est engagé depuis quarante ans au service de l'homme et de la nature. Rencontre avec un précurseur du monde de demain.

La terre nourricière de Pierre Rabhi se trouve dans sa ferme de Montchamp, en Ardèche. Aujourd'hui, un film lui est consacré : Au nom de la Terre.

Pouvez-vous nous expliquer ce paradigme qu'est la sobriété heureuse ?

Nous sommes aujourd'hui dans une situation d'excès en tout, de surconsommation, de dissipation énorme des ressources. Pourtant de très grandes disparités persistent. D'un côté, les affamés qui n'ont pas un accès normal à la nourriture, puis des gens dans une situation moyenne, enfin une minorité en haut de la pyramide qui concentre la majorité des ressources de la planète.

Nous nous trouvons engagés dans un processus de croissance économique qui fait de nous des prédateurs insatiables et surtout sans joie. Quand je me rends dans les pays pauvres, les gens sont beaucoup plus joyeux que dans les pays dits "riches" dans lesquels la consommation de tranquillisants et d'anxiolytiques bat tous les records. Il y a donc une misère malgré "l'avoir". C'est pour cette raison que je me suis dit qu'il fallait maintenant construire le monde, l'avenir et le "vivre ensemble" de l'humanité sur la sobriété, ou ce que j'appelle aussi la "puissance de la modération".

Vous êtes le pionnier de l'agroécologie en France. Où en êtes-vous de votre quête aujourd'hui ?

L'agroécologie a commencé pour moi par l'agriculture biologique : produire en respectant la terre. Dans ma démarche, je prends en compte le fait que la terre est vivante et que je dois la maintenir en vie. Plutôt que de mettre des produits chimiques toxiques, je rassemble des matières organiques et les transforme en humus, qui est le fondement des rebondissements de la vie. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si le mot humus a la même étymologie qu'humanité et humilité !

À l'agriculture biologique on ajoute des pratiques complémentaires : reboiser autant que possible, lutter contre l'érosion car lorsque les sols sont dénudés, la pluie n'est pas retenue et s'en va en emportant la terre. Il existe des systèmes de gestion de l'eau pluviale qui l'oblige à s'infiltrer dans le sol pour recharger les nappes phréatiques. Ainsi, l'eau est gérée correctement, considérée comme précieuse. On régénère l'environnement.

Pour transmettre l'agroécologie, j'ai créé plusieurs structures : Les Amanins, Terre & Humanisme, Gorom-Gorom etc. Je relate tout cela dans mon livre "L'offrande au crépuscule".

Bien sûr, je passe parfois par des périodes de doutes où je me demande comment continuer. Je ne veux pas renoncer à mon rôle d'avocat car je veux que l'humain et la terre soit respectés. D'un côté le monde se dégrade à toute vitesse, et de l'autre on fait ce qu'on peut. Mais il ne s'agit pas de baisser les bras. Cela a été la proposition des Colibris, de faire chacun sa part.

Mes amis me disent souvent : "Tu as assez fait, arrête-toi !". Mais c'est un engagement humain, moral et éthique auquel je ne peux pas renoncer tant que j'ai la force d'y répondre. Alors je poursuis mon chemin et je continue à écrire et à donner des conférences.

Nous sommes également en train de créer un fonds de dotation destiné à collecter le maximum de moyens pour mettre en place des stratégies et accélérer le processus de propagation de l'agroécologie. En effet, elle se révèle être la meilleure solution pour répondre au problème de la faim dans le monde et à la protection de l'environnement.

Pourquoi le changement que vous prônez n'a-t-il pas encore eu lieu ?

Parce qu'il va à l'encontre d'énormément d'intérêts et de lobbies : ceux des fabricants d'engrais, de pesticides etc. Ceux-ci tirent un énorme profit de l'activité agricole et trainent des pieds pour remettre en question le modèle qui les nourrit. Malheureusement, l'état ne peut qu'être complice de ce système sur lequel il prélève des taxes.

Je ne suis absolument pas sûr que nous allons "triompher" mais pour moi, c'est une question de cohérence. Je pense que la nature mettra les limites à toutes nos folies et nos exactions. Pour ma part, je veux rester cohérent. Je ne suis pas né pour le PNB mais pour autre chose.

Ma démarche ne date pas d'aujourd'hui et s'est inscrit pour ma famille et moi dans notre retour à la terre en 1961. Nous nous sommes installés à nos risques et périls dans notre ferme de Montchamp. Sur cette ferme, nous avons réalisé toutes nos expériences de l'agriculture respectueuse de la vie, l'agroécologie. Je tiens absolument à cette cohérence. Ne pas rester mobilisé contre le monde qui détruit la vie serait me renier moi-même.

Vous êtes cité en exemple de nombreuses personnes. Et vous, qui vous inspire ?

Comme tout le monde, je me suis nourri auprès des uns et des autres. J'ai lu Osborne avec La planète au pillage, Rudolf Steiner et bien d'autres encore. Chaque génération a ses propres maitres et précurseurs et ce sont eux qui m'ont inspiré.

Le fait d'être un oecuméniste me place au coeur même des phénomènes de la vie. Je les observe directement et pas seulement à travers des livres. Je me suis mêlé à la nature par ma vie d'agriculteur, et quand je pétris ma terre, la terre me pétrit. C'est comme une étreinte entre nous.

C'est un rapport charnel entre la terre et vous ?

Oui, en effet, on pourrait presque parler de rapport charnel à la terre, dont je me considère à la fois le fils, le père et l'amant. Tout cela circule dans la même logique. Au moment où je prends soin de ma terre, je suis un peu son père. Puis elle me nourrit alors je suis son fils. Et enfin il y a de l'amour, comme un homme peut le ressentir pour une femme, dans l'authenticité, là où l'esprit et le coeur sont ensemble.

 

Lire la suite de cet article de Audrey Etner, relayé par SOS-planete, Pierre Rabhi : "Je suis le père, le fils et l'amant de la Terre" (2/2), ICI

 

 

Le site étrange qui dérange même les anges !

 

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Auteur : Audrey Etner

Source : www.femininbio.com