Pauvres fous que nous sommes. Avec Henri Laborit - L'atelier

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Cette actualité a été publiée le 13/10/2011 à 18h06 par Kannie.


PAUVRES FOUS QUE NOUS SOMMES. AVEC HENRI LABORIT

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Pauvres fous que nous sommes. Avec Henri Laborit

 

La colombe assassinée, par Henri Laborit :

"A l'opposé, l'abondance des informations, si l'on voit qu'il est impossible de les classer suivant un système de jugements de valeur, met également l'individu dans une situation d'inhibition.

Il faut reconnaître que notre civilisation contemporaine au sein de laquelle les informations se multiplient grâce aux moyens modernes de communication, les mass media en particulier, et par la vitesse de ces communications à travers le monde, place l'individu dans une situation où le plus souvent il ne peut agir sur son environnement pour le contrôler.

Les paysans vendéens de mon enfance, qui pour certains n'allaient à la ville que trois fois au cours d'une vie, ville qui pourtant n'était située qu'à trente-cinq kilomètres, avaient des sources d'information qui ne leur venaient pratiquement que de leur environnement immédiat. Pas de journaux, pas de télévision, pas de radio.

Bien sûr, il existait des événements que l'on pouvait craindre, les mauvaises récoltes, les épidémies, mais il n'en demeure pas moins que chaque individu avait l'impression de pouvoir contrôler par son action sa niche environnementale.

Ce n'est plus le cas aujourd'hui et quand on diffuse à la télévision les atrocités qui apparaissent à travers le monde, quand on voit un enfant du Biafra en train de mourir de faim, squelettique et couvert de mouches, malgré l'intérêt très limité que peut représenter cet enfant pour un homme bien nourri du monde occidental, cet homme ne peut s'empêcher de se représenter inconsciemment que ce qui est possible pour certains hommes défavorisés pourrait peut-être le devenir aussi un jour pour lui, et il ne peut rien faire.

C'est en cela que les préjugés, les lieux communs, les jugements de valeur, le militantisme, les idéologies et les religions ont une valeur thérapeutique certaine car ils fournissent à l'homme désemparé un règlement de manoeuvre qui lui évite de réfléchir, classe les informations qui l'atteignent dans un cadre préconçu et mieux encore, lorsque l'information n'entre pas dans ce cadre, elles ne sont pas signifiantes pour lui, en quelque sorte, il ne les entend pas.

Il est prêt, en d'autres termes, à sacrifier sa vie pour supprimer son angoisse ou si l'on veut, il préfère éprouver la peur, débouchant sur l'action, que l'angoisse. Il est même à noter que la peur ne l'envahit que les courts instants qui précèdent l'action. Dès qu'il agit, il n'a plus peur, et il le sait bien."

Pour nous, pauvres fous qui croyons que l'avoir est dans nos armoires.

Belle humanité que la nôtre où le quotidien ressemble à un film d'horreur. Bien sûr il n'y a aucun cadavre autour de la plupart d'entre nous ni derniers gémissements ni bourreaux ni vaincus, c'est tout propre dans nos villes. Mais la mondialisation veut que nous sachions désormais ce qu'il se passe de l'autre côté de la terre, dans des lieux que nous ignorions, et de préférence les pires exactions car elles seules nous tiennent en haleine.

A l'instar de celui qui freine pour mieux voir l'accident et si possible du sang sans jamais oser se l'avouer, nous regardons la télévision sans pouvoir décrocher, et nous y voyons l'humanité se déchirer. Tel est le constat.

Bien sûr, il y a des hommes et des femmes qui se penchent à son chevet ! Une infime minorité qui a bien du travail. Mais ce sont ceux qui souffrent ou que l'on torture que l'on me montre en premier. Et la peur grandit en moi.

Avant on était tranquille. Aucun récepteur à part les tavernes où il faisait bon se réunir pour parler de la vie du village. Bien sûr, les religions causaient déjà bien du malheur mais personne ne savait ce qui se passait à quelques lieues de son hameau. Les peurs ne s'étendaient pas bien loin.

Aux actualités, je vois des morts à la pelle, en veux-tu en voilà, ça périt partout. Jamais je n'aurais cru qu'on pouvait mourir de si différentes façons. Et qu'on était si nombreux à souffrir. On nous montre désormais les cadavres, les caméras sont partout.

Et je regarde ces charniers à ciel-ouvert sans pouvoir rien faire, me demandant à chaque seconde quel genre de mort m'est réservée ? A la télé, rares sont ceux qui meurent dans leur lit. Souffrirai-je comme eux ? Quelle sera ma dernière pensée ?

Sur Yahoo ?

  • l'Atlantique entre dans sa phase cyclonique la plus intense,
  • des produits chimiques décelés chez des nouveau-nés et leur mère,
  • les dossiers peu convaincants sur le décès de Yasser Arafat,
  • la France est confrontée à l'une des quatre ou cinq plus importantes sécheresses depuis 1945,
  • la Toile est devenue une arme privilégiée pour Al-Qaïda

Qu'y puis-je ? A part grimacer en espérant pouvoir trouver l'oubli le plus vite possible. Dans mon vin mon tabac, mon herbe. Vite je rajoute mes pilules magiques, antidépresseurs, anxiolytiques, somnifères qui me rendent la vie plus douce.

Et je prends et je gobe. Ici 200 000 morts, un record en si peu de temps. Là on approche du 26 000 000ème si je n'envoie pas des sous vite vite. La sinistrose me bouffe, je ne peux rien faire. Et je suis responsable car mes "richesses" me rendent coupable.

On meurt emprisonné dans la lave, ils étaient trop près, ils n'y croyaient pas, ou dans une maison en feu, le gaz oublié. Un peu partout on empoisonne, sans jamais parvenir à cesser de polluer, l'agonie sera lente mais le toxique fait son effet.

On m'apprend que mon monde va au casse-pipe et que font-ils à part me foutre la trouille et m'en rendre responsable ? Comment survivre dans un tel contexte ? Qui le pourrait ?

L'information est devenue notre enfer. A trop en savoir on peut plus rien faire.

Comme ils étaient bien dans leurs villages.

 

Un article de Christian Pélier, publié par oulala.net

 

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Auteur : Christian Pélier

Source : www.oulala.net