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Cette actualité a été publiée le 30/10/2009 à 08h02 par Tanka.


OURS BLANCS AU PAYS DE L'OR NOIR

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Ours blancs au pays de l'or noir

Information recueillie par Tanka.

Les ours polaires seront-ils les premiers réfugiés climatiques à trouver une terre d'asile ? Le département américain des affaires intérieures chargé de la protection de la nature a proposé jeudi 22 octobre de leur octroyer un territoire de 200 000 miles carrés au nord de l'Alaska. Soit environ 514 000 km2, l'équivalent d'une petite France composée des espaces qu'affectionne particulièrement ce mammifère en voie d'extinction pour se nourrir et se reproduire : de la banquise, un cordon d'îles et des terres inhabitées sur le continent.

Si la proposition est entérinée, cette réserve deviendrait le plus grand espace jamais consacré à la protection d'une espèce aux Etats-Unis. "La fonte de la banquise due au réchauffement climatique est la principale menace qui pèse sur les ours polaires. Identifier des habitats indispensables à leur survie nous permet de franchir une étape dans la protection de cette espèce", s'est félicité le directeur adjoint au bureau de la nature, Thomas L. Strickland.

La désignation de cette aire protégée était attendue depuis qu'en mai 2008, Ursus maritimus avait été placé sous la protection des "espèces en danger" (ESA, Endangered Species Act). Pour justifier cette décision, le gouvernement américain, qui emboîtait le pas avec deux ans de retard à l'Union mondiale pour la conservation de la nature (UICN) - organisation internationale qui établit la liste rouge des espèces en danger -, s'était fondé sur les projections alarmistes des scientifiques. Notamment celles de l'US Geological Survey, un centre de recherches public, selon lequel les deux tiers des ours polaires pourraient avoir disparu d'ici à 2050 si la fonte de la banquise se poursuivait au même rythme.

La population des ours polaires, qui se répartit entre cinq pays - Etats-Unis, Groenland, Canada, Russie et Norvège -, est estimée entre 20 000 et 25 000, dont 3 500 environ vivent en Alaska dans la mer de Beaufort et celle des Tchouktches. Et tout montre que c'est bien ce scénario qui est en train de se réaliser : l'océan Arctique pourrait, selon les plus récentes études datant d'avril 2009, être libre de glaces à la fin de l'été d'ici une trentaine d'années.

Que restera-il alors du royaume de l'ours blanc ? Pour résister dans les conditions extrêmes du cercle polaire, ce plantigrade a développé un régime alimentaire singulier. Il se nourrit presque exclusivement de graisses de phoques capturés sur la banquise pendant l'hiver et au début du printemps. C'est l'unique moment où le phoque qui, comme tout mammifère aquatique, doit monter à la surface reprendre sa respiration, revient régulièrement aux trous qu'il a percés dans la glace et représente pour l'ours une possible proie. Dès que la glace fond, le phoque devient bien trop agile pour se laisser attraper et l'ours est condamné à jeûner. Les chercheurs ont déjà constaté sur certaines colonies d'ours des taux de mortalité accrue sur les bébés et les plus vieux individus. Des cas de cannibalisme attestant une pénurie de nourriture ont été relevés.

Le projet du département américain des affaires intérieures n'est pas pour autant un conte de fées. Il ne s'agit pas de créer un hôtel cinq étoiles pour mammifères réfugiés. Dans le sous-sol de l'Alaska, les compagnies pétrolières américaines ont bien trop à gagner pour laisser sanctuariser d'aussi vastes espaces.

L'ancienne gouverneure républicaine, Sarah Palin, a tout fait pour s'opposer à l'inscription de l'animal sur la liste des espèces en danger au nom des intérêts des industriels et de l'économie de son Etat en général. L'administration fédérale ne manque d'ailleurs pas de souligner que cette réserve ne sera pas une enclave. L'exploitation pétrolière et gazière pourra se poursuivre si elle se soumet aux exigences des lois sur la protection des espèces. Comme le rapportait le New York Times du 23 octobre, la multinationale Shell vient tout juste d'obtenir un permis de prospection dans une des zones proposées en habitat protégé.

C'est bien ce qui fait enrager les défenseurs de l'environnement. "Pour que les ours polaires survivent à la fonte de la banquise, il faut protéger leur habitat et non le transformer en zone industrielle polluée", critique Brendan Cummings, du Centre pour la biodiversité biologique, l'association qui, en 2005, a lancé la campagne pour la protection des ours polaires aux Etats-Unis. "Le département des affaires intérieures est schizophrène en déclarant sa volonté de protéger l'ours polaire tout en sacrifiant leur habitat à notre insoutenable addiction au pétrole", ajoute-t-il.

Ours contre pétrole : la guerre ne fait que commencer. Avant d'arrêter sa décision et de tracer les contours définitifs de sa "réserve", le département américain des affaires intérieures se donne jusqu'au 30 juin 2010.

Laurence Caramel