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Cette actualité a été publiée le 09/05/2010 à 21h04 par Tanka.


OR NOIR CONTRE PEUPLES PREMIERS CANADIENS

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Or noir contre peuples premiers canadiens

A force de cadeaux fiscaux, d'absence de régulation et de laxisme environnemental, les conservateurs au pouvoir en Alberta ont transformé, avec l'aide d'Ottawa, le nord de la province en un supermarché du pétrole sale au profit des multinationales et du voisin américain. La forêt boréale est sacrifiée, tout comme les premières nations de la région.

Une seule « route de glace », ouverte de la mi-décembre à la mi-mars, traverse cinq rivières gelées et conduit à Fort Chipewyan, à 700 kilomètres au nord d'Edmonton, la capitale de l'Alberta. En dehors de l'hiver, il faut faire le voyage à bord d'un petit avion pour rejoindre cette province de l'ouest du Canada. Comptoir de traite de la fourrure fondé en 1788, « Fort Chip » fut la première colonie britannique en Alberta. Malgré sa vue imprenable sur le lac Athabasca et ses îles boisées, l'unique hôtel est à vendre depuis des années — le tourisme n'a jamais décollé.

Les journalistes qui viennent jusqu'ici le font rarement pour la beauté ou l'intérêt historique du site, mais pour le taux alarmant de cancers : 30 % de plus que la moyenne provinciale (1). Pour beaucoup, le suspect numéro un se trouve à 230 kilomètres en amont, là où la rivière Athabasca serpente au milieu d'immenses mines à ciel ouvert et de 130 kilomètres carrés de bassins de décantation de l'industrie pétrolière.

Ici se joue en effet la plus grande ruée vers l'or noir de l'ère moderne : plus de 170 milliards de barils, soit la deuxième réserve mondiale, sont enfouis sous la forêt boréale, sur une superficie équivalant au quart de la France. L'extraction et la transformation de ces sables bitumineux (2) nécessitent des quantités indécentes d'eau (cinq barils pour un de pétrole) et provoquent des dommages irréparables à l'environnement.

« Il y a cinquante ans, si une ou deux personnes de la communauté mouraient dans l'année, c'était beaucoup. En 2009, durant le seul mois d'avril, nous en avons enterré sept. Que se passe-t-il ici ? » Tout en grattant des billets de loterie, M. Alec Bruno ajoute avec fatalisme : « D'ici quelques décennies, je ne vois pas ce qu'il restera pour les jeunes générations. Nous sommes un peuple qui vit de la terre, et tout cela est en train de disparaître. » Il range les tickets ; le gros lot sera pour une autre fois.

Cet « ancien » des Amérindiens Chipewyan Athabasca (3) siège, sans illusion, dans les comités consultatifs mis en place par les compagnies pétrolières : « Elles ont déjà les autorisations avant de venir nous voir ! On ne peut pas les arrêter, on essaye juste de leur faire modifier leurs pratiques pour limiter les atteintes à l'environnement et minimiser les risques pour nous qui vivons en aval. »

Il y a une dizaine d'années, les habitants de Fort Chipewyan ont commencé à pêcher des poissons difformes au goût de pétrole. Puis le médecin local a été confronté à plusieurs cas d'un cancer rare des voies biliaires dont l'incidence est, normalement, de 1 sur 100 000. Or il y a ici à peine un millier d'habitants.

Au printemps 2006, le Dr John O'Connor s'interroge publiquement sur la responsabilité de l'industrie pétrolière. Mal lui en prend. Santé Canada, l'administration fédérale, le poursuit pour « attitude non professionnelle » causant « une inquiétude injustifiée ». Meurtri par ces attaques, il quitte la région en 2007.

Après des années de déni, les services sanitaires de l'Alberta reconnaissent, au début de 2009, un taux de cancers élevé, mais tempèrent ces résultats « fondés sur un petit nombre de cas (51 observés sur 39 attendus) » et concluent : « Il n'y a pas de raison de s'alarmer (4). » L'étude ne se prononce pas sur l'origine de la maladie, peut-être due « au hasard, à une meilleure détection ou à des changements dans le mode de vie ou l'environnement ». Officiellement disculpé, le Dr O'Connor regagne la région en novembre 2009 : « J'avais atteint mon objectif en attirant l'attention que “Fort Chip” réclamait depuis des années. Je ne dis pas que les sables bitumineux sont à l'origine des cancers, je pose la question. »

Les cancers étant plurifactoriels, il est quasi impossible de déterminer une cause unique. « Il faut plutôt se demander si les niveaux de toxines dans l'air, l'eau, les poissons et les animaux sont élevés au point d'avoir un impact sur la santé », explique le Dr Kevin Timoney. Chargé par la communauté de « Fort Chip » d'étudier la pollution, il a trouvé dix à cinquante fois plus de mercure que la normale dans certains poissons, et bien plus d'hydrocarbures en aval des mines qu'en amont (5).

« Je me suis dit : “C'est ton travail qui les tue !” »

Source : ww.alternatives.ca


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Information recueillie par Tanka

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