On fore à la catastrophe - #WikiSurTerre

Retour : Accueil

Cette actualité a été publiée le 05/05/2010 à 21h09 par Tanka.


ON FORE À LA CATASTROPHE

  • Google+
  • FaceBook
  • Twitter
  • LinkedIn
On fore à la catastrophe

Il a fallu une technologie futuriste pour arriver à une des pires catastrophes écologiques de l'histoire. Sans une telle technologie, après tout, BP n'aurait pas pu forer le puits Deepwater Horizon à la base.

Or pour ceux qui ont en mémoire l'histoire environnementale, cette catastrophe a un étrange goût de déjà-vu, et rappelle les événements qui furent à l'origine de la première Journée de la Terre il y a quarante ans.

Mais peut-être, je dis bien peut-être, que cette catastrophe permettra de renverser un long recul politique en matière d'environnement - un recul causé en grande partie par notre succès en matière de réduction de la pollution la plus apparente. Si c'est le cas, on peut espérer une petite éclaircie dans un ciel autrement très sombre.

Le mouvement écologique a commencé en réaction à une pollution visible par tous. La nappe dans le Golfe rappelle la marée noire de 1969 qui couvrit de pétrole les plages de Santa Barbara. Mais 1969 fut aussi l'année où la rivière Cuyahoga, qui traverse le Cleveland, prit feu. Dans le même temps, le lac Erié était déclaré "mort", ses eaux contaminées par une invasion d'algues. Et de grandes villes américaines - surtout, mais certainement pas seulement, Los Angeles - étaient souvent enveloppées d'un épais et âcre nuage de pollution.

Il n'était pas trop difficile, dans ces circonstances, de trouver un soutien politique en faveur d'une grande action. On créa l'Agence de Protection de l'Environnement (Environmental Protection Agency), on fit voter la loi Clean Water, et l'Amérique commença à faire des progrès dans la lutte contre ses problèmes environnementaux les plus apparents. La qualité de l'air s'améliora : les alertes à la pollution à Los Angeles, qui dépassaient la centaine annuelles, sont devenues rares. Les rivières ont cessé de brûler, et on peut même de nouveau se baigner dans certaines. Et le lac Erié est revenu à la vie, en partie grâce à l'interdiction d'utiliser des phosphates dans les lessives.

Or il y a un revers à cette médaille.

D'abord, l'intérêt du public pour les problèmes environnementaux s'est tari au même rythme que la pollution apparente. D'après un récent sondage de l'institut Gallup, "la préoccupation des Américains par un certain nombre de problèmes environnementaux n'a jamais été aussi faible en vingt ans".

Ce déclin de la préoccupation ne poserait pas de problème si la pollution apparente était la seule qui comptait - mais ce n'est pas le cas, évidemment. En particulier, les gaz à effet de serre représentent une menace plus grande que les nuages de pollution ou les rivières qui brûlent ne l'ont jamais été. Mais il est difficile d'attirer l'attention du public sur une forme de pollution invisible, et dont les effets se font sentir sur des décennies plutôt que sur des jours.

La perte de l'intérêt public n'a pas non plus été la seule conséquence négative du déclin de la pollution apparente. À mesure que les crises photogéniques des années 1960 et 1970 se sont effacées des mémoires, les conservateurs ont commencé à revenir sur les réglementations environnementales.

Ils ont surtout et avant tout exigé que les restrictions environnementales soient affaiblies. Mais il y a également eu une tentative de construire un discours selon lequel les défenseurs d'une forte protection environnementale étaient soit des extrémistes - des "écolo-nazis", selon Rush Limbaugh - ou des snobs gauchistes décadents qui tentaient d'imposer leurs goûts esthétiques aux Américains ordinaires (et malheureusement l'effort de longue haleine pour bloquer la construction d'une ferme éolienne au large de Cape Cod - qui va peut-être enfin prendre fin grâce au gouvernement Obama - allait complètement dans le sens de cette caricature).

Et soyons franc : les anti-écologistes ont dans l'ensemble gagné la partie, au moins en ce qui concerne l'opinion publique.

Puis la catastrophe du Golfe est arrivée. Soudain, la destruction environnementale est redevenue photogénique.

On n'a pas beaucoup entendu les anti-écologistes sur la catastrophe. Certes, Limbaugh - qu'on peut considérer de fait comme le leader du Parti républicain - a immédiatement suggéré qu'on aurait pu faire sauter la plateforme pour empêcher tout autre forage offshore. Mais cette remarque traduisait sans doute l'impuissance : Limbaugh sait que son discours vient d'en prendre un coup.

Car la marée noire du Golfe nous rappelle à point nommé que l'environnement ne s'occupera pas de lui-même, que s'il n'est pas surveillé et régulé avec soin, la technologie et l'industrie modernes ne pourront que trop facilement infliger de terribles dégâts à la planète.

Par Paul Krugman - Source : rtbf.be


Pour lire la suite de cet article, cliquer sur "Lien utile"

Information recueillie par Tanka

Pour en savoir plus sur la situation planétaire