Nucléaire : "Poser bien les questions" - L'atelier

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Cette actualité a été publiée le 28/08/2011 à 18h48 par Kannie.


NUCLÉAIRE : "POSER BIEN LES QUESTIONS"

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Nucléaire : "Poser bien les questions"

 

"Si l'on interroge les hommes en posant bien les questions, ils découvrent d'eux-mêmes la vérité sur toute chose." On ne peut pas dire que, dans nos régimes démocratiques, cette belle recommandation de Platon soit l'obsession des décideurs politiques.

Si l'objet de la démocratie n'est pas prioritairement de trouver "la vérité sur toute chose", mais de gérer une communauté humaine avec le souci de l'intérêt collectif, la recherche de ce dernier devrait donc être la principale préoccupation des dirigeants. Or, trop souvent, ceux-ci refusent de s'y confronter vraiment, avec ce souci de "poser bien les questions", par crainte de ne pas savoir gérer les contradictions de leurs mandants, mais aussi par volonté d'imposer leurs propres solutions.

Sur des sujets importants, qui concernent lourdement notre vie et celle des générations à venir, il arrive que règne une confusion savamment entretenue qui masque en général le choix délibéré de dissimuler la vérité. Ainsi, peuvent être décidées et être mises en oeuvre, sans véritable débat, des politiques qui engagent l'avenir.

Prenons l'exemple du nucléaire. Ce mot évoque de superbes avancées scientifiques et technologiques de l'humanité, mais il renvoie aussi à de terribles souvenirs (les 200 000 morts du bombardement d'Hiroshima et de Nagasaki, les catastrophes des centrales de Tchernobyl et de Fukushima) et il est associé à de sérieuses inquiétudes : les stocks encore considérables d'armes nucléaires dans une dizaine de pays, les risques de prolifération et de terrorisme nucléaire, les incertitudes sur la sécurité des réacteurs de certaines centrales.

Curieusement, bien que le développement du nucléaire militaire et celui du nucléaire civil répondent à des préoccupations très différentes, les décideurs politiques recourent aux mêmes subterfuges lorsqu'ils abordent ces questions : fausses évidences, formules toutes faites, silences, "non dits"...

LE NUCLÉAIRE MILITAIRE

Présenté comme une arme de dissuasion, une "arme de non-emploi", il a eu son heure de gloire pendant quarante ans, dans la période qui a vu se mettre en place ce que l'on a appelé "l'équilibre de la terreur" entre l'Est et l'Ouest. Censé garantir la paix, cet équilibre s'est établi à un niveau de plus en plus élevé, se traduisant par une fantastique et dispendieuse course aux armements (y compris avec la volonté de contrôler l'utilisation de l'espace).

En France, la possession de l'arme nucléaire a été présentée il y a cinquante ans comme une façon d'affirmer sa volonté d'indépendance – bien que relative- à l'égard des Etats-Unis et de l'OTAN. Légitimant en quelque sorte sa participation au "club" des 5 membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU, seuls détenteurs officiels de cet armement, elle lui donnait ainsi le sentiment de détenir un statut de grande puissance, aux côtés des Etats-Unis, de l'URSS, de la Chine et de la Grande-Bretagne.

Chacun voit bien que le monde d'aujourd'hui ne ressemble plus à celui d'hier. Le caractère dissuasif du nucléaire n'est plus évident à soutenir. Qui vise-t-on ? On voit bien qu'il ne peut s'agir de groupes terroristes ; alors, qui ? La Chine ? La Russie ? L'Iran ? Tous ceux "qui menaceraient nos intérêts vitaux" est la réponse officielle, qui fait l'impasse sur l'appartenance de la France à l'Europe et à l'OTAN.

Quant à la prétendue nécessité de posséder l'arme nucléaire pour justifier le "statut de grande puissance", elle ne résiste pas à l'observation des rapports de force actuels entre les grands pays qui influencent le cours du monde. Des puissances nouvelles sont apparues ; elles comptent déjà beaucoup plus que la France dans le concert mondial et cela n'a rien à voir avec la possession d'un armement nucléaire. Malgré les réticences de certains pays (et notamment de la France), la composition du Conseil de sécurité de l'ONU finira bien par tenir compte de cette évolution.

La mise sur la place publique de ces éléments d'appréciation est nécessaire. Elle amènerait les responsables politiques à tenir un langage moins réducteur et plus honnête que la simple répétition sans preuve des formules rituelles qui justifient la "force de frappe" française depuis le début des années 1960. Alors, se poserait avec plus d'acuité la question de savoir pourquoi la doctrine française évolue si peu et pourquoi notre pays paraît aussi inerte devant les efforts engagés au niveau international dans la perspective d'un "monde sans arme nucléaire".

LE NUCLÉAIRE CIVIL

Ici aussi, combien d'approximations et même de mensonges ont été propagés par le discours officiel depuis que cette source de production d'électricité a pris en partie le relais du pétrole dans les années 1970 !

Les mérites de l'utilisation du nucléaire sont connus : coût relativement faible de l'électricité produite, réduction des importations d'hydrocarbures, faible émission de "gaz à effet de serre?". Ses inconvénients le sont tout autant : coût élevé des investissements, complexité du stockage des déchets nucléaires, lourdeur du démantèlement des centrales, risque d'accidents.

Mais tant qu'un débat sérieux, étayé par des études approfondies, n'a pas eu lieu, tant que l'expression des contradictions ne dépasse pas le stade d'affrontements caricaturaux et d'échange de slogans, les citoyens ne seront pas en mesure de se faire un avis responsable et de l'exprimer valablement. Et pourtant, il leur faudra assumer les choix qui seront faits, quelles qu'en soient les conséquences.

Ici encore, comme pour le nucléaire militaire, même si le monde a changé, il est indispensable d'informer les citoyens complètement, contradictoirement si nécessaire et, pourquoi pas, leur demander de s'exprimer. Naturellement, le sujet est complexe et il faut tenter d'éviter l'affrontement entre deux positions irréductibles (les "pro" et les "anti").

Une récente rencontre a suggéré une démarche, à partir de trois scénarios possibles d'évolution de la place du nucléaire dans la production d'électricité :

- scénario 1 : continuation du développement tendanciel actuel de la production d'électricité nucléaire, avec maintien de la construction des réacteurs EPR prévus ; mise en oeuvre de la quatrième génération ; continuation de la recherche sur ITER.

- scénario 2 : arrêt définitif et démantèlement programmé de toutes les centrales nucléaires à partir de 2012, avec l'objectif d'une réduction de l'ordre de 60 % de la puissance installée en 2020 ; arrêt de la construction de l'EPR de Flamanville et annulation du projet d'EPR à Penly ; (...)

 

Pour lire la suite de cet article de Paul Quilès, ancien ministre de la défense (1985-86), publié par LeMonde.fr, cliquer sur Source ou Lien utile

 


Le site étrange qui dérange même les anges !

 

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Auteur : Paul Quilès

Source : www.lemonde.fr

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