«Nous devons passer à l'énergie intelligente» - L'atelier

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Cette actualité a été publiée le 10/11/2009 à 18h09 par Jacques.


«NOUS DEVONS PASSER À L'ÉNERGIE INTELLIGENTE»

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«Nous devons passer à l'énergie intelligente»

Information sélectionnée par Jacques

INTERVIEW - Pour le médecin explorateur Jean-Louis Etienne, l'heure est plus que jamais à la résolution des problèmes climatiques.

LE FIGARO. - À quel moment avez-vous commencé à vous préoccuper d'écologie ?

Jean-Louis ÉTIENNE. - Lorsque j'avais 10 ans, dans mon village du Tarn, tout le monde se baignait dans la rivière. Un jour, une société de délainage s'est installée. Elle rejetait tous ses effluents dans la rivière. Elle l'a tuée en deux ans. Cela m'a terriblement marqué. Cinquante ans plus tard, je m'en souviens encore.

Mon premier engagement date de 1989, lors de l'expédition Transantarc­tica, la grande traversée de l'Antarctique. À l'époque, il s'agissait de soutenir la prolongation du traité qui a permis jusqu'à maintenant de préserver le pôle Sud de toute exploitation. Le moratoire court jusqu'en 2048.

Quand avez-vous perçu les dangers du réchauffement climatique ?

L'impact du réchauffement climatique a été perceptible à chacune de mes expéditions polaires. L'Arctique en pâtit terriblement. D'ailleurs, il change de couleur. Autrefois, il était blanc neuf mois sur douze. Aujourd'hui, la neige arrive plus tard et disparaît plus tôt. Cela veut dire qu'il y a de plus en plus de zones sombres découvertes qui absorbent les rayons du soleil et accélèrent le réchauffement.

On a ouvert la porte du frigo. Et ces frigories vont manquer à l'équilibre climatique. Lorsque je me suis laissé dériver à bord du Polar Observer sur l'océan Arctique en 2002, j'ai beaucoup travaillé, je me suis fait ma culture sur le sujet. J'ai acquis la conviction que l'on ne pouvait pas traiter ce mal climatique sans que, parallèlement, on s'occupe de l'avenir énergétique du monde.

Les problèmes écologiques devancent en effet la fin des énergies fossiles...

En discutant avec le glaciologue Claude Lorius dans les années 1980, je lui demandais quelle nouvelle pouvait secouer le monde, il m'avait alors répondu la fin du pétrole. Lorsque l'on fait des expéditions, on sait très précisément ce que représente un litre de pétrole, chaque goutte compte.

Il y a dans le pétrole une densité énergétique que l'on ne trouve dans aucune autre matière première. Mais on ne va pas pouvoir continuer avec cette énergie à bas prix. Si l'on n'agit pas très vite, on se dirige vers une guerre de l'énergie. Nous devons impérativement offrir un développement industriel à tout le monde. Nous n'avons pas de temps à perdre à chercher qui est responsable du réchauffement climatique. L'urgence est de trouver le moyen de passer de l'énergie matière à l'énergie intelligente avec les renouvelables. C'est un énorme champ de recherche qui s'ouvre.

Croyez-vous que les Français aient pris conscience de ce problème du réchauffement ?

Il y a certes une prise de conscience, même s'il est difficile de faire comprendre pourquoi les scientifiques estiment que l'on ne doit pas dépasser une hausse de 2 °C. Deux degrés de plus ou de moins, cela paraît très anodin.

À l'échelle de la planète, c'est énorme. Pour le comprendre, on peut faire un parallèle avec la température du corps. En un siècle, la température globale sur terre a augmenté de 0,8 °C. Comparé à la température humaine, cela veut dire que l'on a 37,8 °C, soit un état fébrile. Et ajouter deux degrés, passer de 37 à 39 °C, cela signifie que l'on a une fièvre importante qui nous met en danger si on ne la fait pas rapidement baisser.

Cette expédition sera-t-elle la dernière ?

Ce sera la dernière en solitaire, même si je trouve un plaisir immense dans ce genre de retraite en apesanteur du monde. Pour la prochaine expédition je repartirai sur les océans. J'ai fait dessiner un navire-école océanographique qui devrait sortir des chantiers en 2013.

Ce sera un grand voilier, un condensé de toutes les énergies du futur. Les voiles en seront le moteur principal. Il y aura un moteur alimenté par un groupe électrogène mais également par des panneaux solaires, une hélice de traîne et une pile à combus­tible. Par ailleurs, nous allons être exemplaires dans le choix des matériaux.

Êtes-vous exemplaire dans votre vie quotidienne ?

J'ai refait l'isolation des combles de ma maison et je suis devenu producteur d'électricité en couvrant le toit de panneaux photovol­taïques. J'ai également donné un avis favorable pour la construction de six éoliennes bien qu'elles se trouvent à quelque 800 mètres de chez moi.

Le jour où on n'en aura plus besoin, ça se démonte. On ne peut pas avoir deux discours ! Bien sûr, j'ai changé les ampoules, je roule en deux-roues... Enfin, nous compenserons entièrement les émissions de carbone engendrées par mon expédition.

Pour en savoir plus sur la situation planétaire