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Cette actualité a été publiée le 23/05/2011 à 18h16 par Tanka.


NOURRIR LA PLANÈTE, UN DÉFI POUR LES CHERCHEURS

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Nourrir la planète, un défi pour les chercheurs

 
C'est un constat qui serre le ventre : en un siècle, 1 milliard d'hectares de terres fertiles a été dégradé sous l'action de l'activité humaine, soit autant que depuis les débuts des civilisations agricoles.

« A ce rythme, nous manquerons sans doute de blé avant de manquer de pétrole », craint le microbiologiste Claude Bourguignon, qui a examiné depuis 1989 la composition physique, chimique et organique de plusieurs milliers de terres cultivées sur la planète dans son laboratoire d'analyse des sols.

Ses conclusions : non seulement le désert et l'érosion gagnent, mais partout les équilibres s'effondrent, l'activité biologique recule et les sols meurent. Au total, 2,5 millions de kilomètres carrés de terres fertiles pourraient disparaître d'ici à 2050. « Nous sommes en train de détruire notre source de vie », s'inquiète le chercheur.

Ce phénomène pèsera-t-il sur l'assiette future de l'espèce humaine ? Réunis pour en débattre lors d'un colloque à Aix-en-Provence, les spécialistes de la question sont partagés. Selon les projections de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), le monde devrait compter entre 8,4 et 9,1 milliards d'habitants en 2050, soit au moins 34 % de bouches de plus à nourrir.

« Chaque nouvel être humain va consommer 0,3 hectare de terres arables, calcule le démographe Henri Domenach. Au total, nous aurons besoin de 1 milliard d'hectares supplémentaires pour récolter suffisamment de céréales, soit 400 millions d'hectares de plus que les surfaces qui restent disponibles sur terre pour l'agriculture. »

Tony Allan enfonce le clou. Professeur au King's College de Londres et lauréat du grand prix scientifique de l'eau pour son concept d'« eau virtuelle », qui permet de mesurer la quantité incorporée dans la production et le commerce des produits alimentaires, il estime que « les besoins en eau pour la production agricole seront deux fois plus importants en 2050 qu'aujourd'hui ». Selon ses calculs, un simple café réclame déjà 140 litres d'eau pour cultiver, empaqueter et expédier les grains, soit la quantité utilisée chaque jour par une seule personne pour ses besoins alimentaires et ménagers. Un hamburger en réclame vingt fois plus.

Le défi de l'alimentation posé à l'humanité ne sera pas que scientifique. « Nourrir l'espèce humaine pose à la fois un problème de ressources et de gouvernance », résume l'agronome et économiste Jean-Louis Rastoin. Deux modèles s'affrontent : culture de proximité et agro-industrie. Si cette dernière devient le système dominant, les experts prédisent une standardisation planétaire de l'assiette.

Une centaine de multinationales contrôleront alors l'alimentation de l'humanité. Elles devront augmenter de 70 % la production agricole de la planète en intensifiant encore les cultures. « Il y a des marges de manoeuvre, compte tenu des disparités de rendement et des progrès de l'agrogénétique notamment », assure Jean-Louis Rastoin.

L'espoir des biotechnologies

Jean-Pierre Decor, directeur de l'Institut des sciences du vivant, ne voit pas non plus d'autres solutions que de recourir aux biotechnologies végétales : « Les sols sont en péril, les ressources pour l'irrigation sont limitées, les engrais et les protections phytosanitaires ont des effets de plus en plus néfastes. On est arrivé aux limites du système, après la conquête des terres puis la chimie verte. La génétique est l'étape suivante, qui permettra un contrôle précis et localisé des cultures pour produire plus en préservant la ressource. »

Les travaux des scientifiques se concentrent sur l'amélioration de l'apport nutritionnel des cultures. L'agriculture produit aujourd'hui 4.600 kilocalories (Kcal) par habitant et par jour. Environ 1.400 sont gâchés pendant la récolte et dans le circuit de consommation, et 1.700 sont destinés à la nutrition animale. Pour augmenter le bilan énergétique des 2.000 Kcal restants, les chercheurs planchent sur le concept de « sécurité alimentaire assistée par la génétique ».

Il consiste à utiliser les outils de la génétique pour augmenter la ration alimentaire individuelle, soit en créant de nouvelles variétés génétiquement modifiées (OGM), soit en sélectionnant les variétés les plus utiles. En introduisant par exemple un gène de ferritine de soja dans la laitue, ils sont parvenus à augmenter de 30 % la teneur en fer et le taux de photosynthèse.

Autres exemples : l'introduction de globuline d'amarante dans la pomme de terre accroît sa teneur en protéines de 45 %, tandis que l'introduction de gènes de narcisse et d'ananas dans le riz a fait exploser son taux de vitamine A.
Créer des plantes plus sobres

« Pas besoin d'eau pour produire plus et mieux », estiment également certains chercheurs. Comme François Tardieu, qui coordonne à l'Inra le projet de recherche européen Drops, destiné à développer des plantes plus tolérantes à la sécheresse, capables d'optimiser leur usage de l'eau d'irrigation ou de pluie, et de préserver leur rendement.

Doté de 8,7 millions d'euros sur cinq ans pour quinze laboratoires et entreprises associés, le projet a vocation à identifier parmi 250 lignées de quatre céréales nourricières (maïs, blé tendre, blé dur et sorgho) des espèces répondant à ces critères, ainsi que les versions des gènes qui font varier les caractères étudiés, à l'aide de nouvelles méthodes de phénotypage, de simulations informatiques et d'essais en champ.

« Le but n'est pas d'identifier des plantes miracles, ni des OGM capables de pousser dans le Sahara, mais d'améliorer le rendement des cultures d'environ 10 à 20 % dans des conditions de sécheresse », explique François Tardieu.

Les agronomes imaginent une autre voie pour parvenir aux objectifs de productivité. La mission de prospective Agrimonde, de l'Inra, suggère un développement fondé sur la proximité, la réduction des gaspillages et une rupture des habitudes de consommation. Il faudra cependant manier différents modèles pour remplir durablement l'assiette de l'humanité, pensent-ils. A la clef, une autre survie : celle de 500 millions d'agriculteurs dans le monde.

 

Un article de PAUL MOLGA , publié par Les Echos

 

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Auteur : PAUL MOLGA

Source : www.lesechos.fr