Neuf jours chez les Pygmées du Congo (1/2) - L'atelier

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Cette actualité a été publiée le 15/08/2011 à 01h02 par Kannie.


NEUF JOURS CHEZ LES PYGMÉES DU CONGO (1/2)

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Neuf jours chez les Pygmées du Congo (1/2)

 

De l'envoyé spécial du Point, Frédéric Lewino. Un séjour de 9 jours raconté avec des mots, des clichés, des vidéos. Ci-après, le 1er "épisode", le 1er jour.
 

Esclaves des Bantous, chassés de la forêt, les derniers chasseurs-cueilleurs de la planète sont au bord de l'extinction.

Depuis Brazzaville, c'est à bord d'un Falcon 50 que nous fonçons à la rencontre de l'un des derniers peuples de chasseurs-cueilleurs de la planète. Une heure de trajet dans l'un des plus beaux joyaux de la technologie occidentale, pour un bond en arrière de 10 000 ans. Sacré voyage.

Sorel Eta, âgé de 37 ans, sera mon guide. De tous les Bantous du Congo, c'est sans doute lui le plus fin connaisseur des Pygmées, qu'il fréquente depuis quinze ans.

Il resterait moins de 200 000 Pygmées dans toute la forêt équatoriale d'Afrique, disséminés dans huit pays : les deux Congos, République centrafricaine, Gabon, Cameroun, Rwanda, Burundi et Ouganda. Ce sont les derniers témoins de l'humanité d'avant l'invention de l'agriculture.

Faut-il rappeler que, nous les agriculteurs, nous ne sommes que des bleus-bites sur Terre ! Nous avons débarqué il y a seulement 10 000 ans, alors que les chasseurs-cueilleurs arpentaient déjà le monde depuis 190 000 ans ! Derniers rescapés de l'enfance de l'humanité, rien que pour cela les Pygmées devraient faire l'objet d'un immense respect. Rien de plus, rien de moins.

On entend déjà les tenants de la science, du progrès, du génie humain (!) : ces Pygmées, ont-ils bâti des pyramides ? inventé l'écriture ? la bombe atomique ? et l'iPhone ? ou encore le Château d'Yquem ? Même pas ! Mais réfléchissons un peu : derrière cette stagnation apparente des Pygmées, il existe une chose infiniment précieuse que nous, les "civilisés", recherchons désespérément pour éviter l'implosion écologique de la planète : un mode de vie durable ! Voilà des dizaines de millénaires que les Pygmées ont inventé le développement durable !

La forêt leur fournit tout ce dont ils ont besoin pour une vie facile, heureuse et éternelle : nourriture, habits, abris, médicaments, miel, alcool, plantes à fumer, contraceptif, Viagra naturel, instruments de musique...

Dans un désir louable de démocratie, le Congo-Brazzaville est le premier pays de la région à reconnaître les droits des Pygmées. La loi du 27 février 2011 fait d'eux des citoyens à part entière, dotés du droit de vote. Certains de ses articles en disent long sur le sort actuel de ce peuple. Ainsi, le 7 stipule que "sont interdits à l'égard des populations autochtones les actes de torture ou autres peines ou traitements cruels, inhumains et dégradants, l'atteinte au droit à la vie et à l'intégrité physique et morale". L'article 9 précise que "sont interdites, sous toutes leurs formes, la traite et l'exploitation sexuelle des enfants et femmes autochtones". Enfin, le 30 : "Les populations autochtones ne peuvent être soumises à aucune forme d'esclavage." Mais cette loi suffira-t-elle pour détricoter plusieurs siècles d'habitudes ? Petit doute. Autre interrogation plus grave : est-ce que l'assimilation est la meilleure option pour les Pygmées ? Gros doute !

À bord de l'avion qui nous emmène, Sorel, une flûte de champagne à la main, explique comment il en est venu à s'intéresser au sort des Pygmées. Ou plutôt des autochtones. Car, désormais, la loi assimile le mot "pygmée" à une injure.

Alors, Sorel, ton histoire d'amour avec les Pygmées (au diable, la loi), comment a-t-elle commencé ? "En 1996, j'étais forestier dans le département de la Likouala. Quand j'ai vu que les villageois les traitaient en esclaves, cela m'a fait mal. J'avais alors 22 ans, je me suis dit il faut que j'aide ce peuple. J'ai commencé à partir me balader avec eux en forêt, à danser avec eux. Puis j'ai collecté des vêtements pour eux. Enfin, j'ai démissionné de mon boulot pour les aider." En 2001, le jeune Bantou fonde l'association Regard aux Pygmées avec pour objectif d'identifier, d'inventorier et de sauvegarder le patrimoine culturel immatériel des Pygmées akas (musiques, danses, contes, rituels...)

"À Brazzaville, j'ai sollicité les organisations internationales, j'ai organisé des expositions. L'Unesco m'a aidé à enregistrer un CD de leur musique en 2003. J'interpellais les autorités sur le sort des Akas à la radio et à la télévision." Se rendant compte de la sincérité de Sorel, les Pygmées commencent à lui confier les secrets de la forêt. Aujourd'hui, le jeune Congolais poursuit son combat en gérant à Brazzaville une galerie ethnologique qui appartient au propriétaire de la Gazette de Brazzaville.

Dans les soutes de l'avion, il a fait charger de nombreux cadeaux pour ses amis. "C'est la tradition. Pour qu'ils nous accueillent bien, il faut leur faire des cadeaux", explique-t-il. Finalement, rien n'a changé depuis les grandes explorations du XIXe siècle.

Liste de nos emplettes : un ballot de friperie de 20 kg : 140 000 francs CFA (212.80 €) ; Alcool (100 000 F (109.44 e) ; Tabac : 70 000 F (109.44 €) ; Pagnes : 60 000 F (91.20 €) ; Culottes hommes : 60 000 F (91.20 €) ; Coupe-coupe : 20 000 F (30.40 €) ; Membranes tambour : 20 000 F (30.40 €) ; Substance onirique... : 30 000 F (45.60 €). Taux de change 1 franc CFA = 0.00152 €

Tel un hanneton argenté, l'avion poursuit son vol au-dessus de la forêt équatoriale. Cette immense moquette verte est déchirée par les méandres du Congo. La saison des pluies étant en retard, le fleuve est parsemé d'îles et de bancs de sable. Quelques immeubles apparaissent.

C'est Impfondo, la préfecture du département de la Likouala. Le Falcon plonge sur la piste. Il est temps de quitter notre bulle occidentale. À la descente de l'avion, la chaleur moite nous fait immédiatement retrouver le sens de la réalité. Le préfet local, Gilbert Djombo, a envoyé une voiture : un journaliste français enquêtant sur les autochtones, ça doit être bien traité et... tenu à l'oeil. Il nous accueille dans sa résidence privée. D'abord méfiant, puis aimable. Bien entendu, il se présente comme le plus grand défenseur des autochtones de la forêt équatoriale pour qui il a organisé un mois auparavant un grand forum international à Impfondo.

Prenant connaissance de notre désir de visiter des villages pygmées, il propose de nous emmener dans son canot ultra-rapide : "Demain, je remonte justement l'Oubangui. Accompagnez-moi et vous verrez des autochtones encore vêtus de feuilles." Après avoir accepté, nous le quittons pour une visite de la ville, un grand bourg étalé au bord de l'Oubangui. Petit tour au marché pour acheter des provisions, dont quelques morceaux de crocodile.
 

Quelques clichés sur le post 2/2

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Auteur : Frédéric Lewino

Source : www.lepoint.fr