«Ne plus jouer à la loterie agricole en priant pour qu'il pleuve» - L'atelier

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Cette actualité a été publiée le 16/10/2009 à 15h03 par Michel95.


«NE PLUS JOUER À LA LOTERIE AGRICOLE EN PRIANT POUR QU'IL PLEUVE»

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«Ne plus jouer à la loterie agricole en priant pour qu'il pleuve»

Jacques Diouf, directeur de l'agence de l'ONU pour l'alimentation et l'agriculturep.

Par VITTORIO DE FILIPPIS

Information recueillie par Michel95

Jacques Diouf est directeur général de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO).

Comment expliquez-vous la progression importante de l'insécurité alimentaire et la multiplication des risques de famine ?

Nous avons dépassé le milliard de personnes en état d'insécurité alimentaire... contre 830 millions en 1996.

Les risques de famines sont aggravés par des phénomènes climatiques extrêmes.

Les situations de famines existent au Bangladesh, au Kenya, en Somalie, en Ethiopie, en Erythrée, en Inde ou encore au Guatemala, qui vient de décréter «l'état de calamité nationale».

La Somalie fait face à la pire crise qu'elle ait connue depuis dix-huit ans.

La moitié de sa population, 3,6 millions de personnes, a besoin d'une aide urgente.

Parmi elles, plus d'un million de ruraux sont confrontés à une grave sécheresse.

Le changement climatique est-il responsable de cette détérioration ?

Son impact est important.

L'Inde, par exemple, vient de subir deux situations climatiques extrêmes : une région frappée par la sécheresse pendant qu'une autre était inondée.

Mais d'autres éléments expliquent ces urgences.

Si nous regardons la Corne de l'Afrique (Erythrée, Ethiopie, Somalie, Kenya...), seulement 1 % des terres arables sont irriguées.

La population dépend de la pluviométrie.

Lors de la dernière grande crise alimentaire en Afrique de l'Est, j'avais dit à Kofi Annan [ex-patron de l'ONU, ndlr] : «Nous allons encore envoyer de l'aide, des artistes organiseront de grands concerts pour sensibiliser l'opinion publique.

Mais très vite nous aurons une autre crise si nous n'agissons pas sur les causes structurelles du problème et nous constaterons que rien n'a changé...»

Diriez-vous la même chose aujourd'hui?

Oui. Nous n'avons pas attaqué ces causes profondes. L'insécurité alimentaire ou pire les famines dépendent d'un élément essentiel : l'investissement.

Or, la part de l'agriculture dans l'aide publique au développement est passée de 17 % en 1980 à 3,8 % en 2006.

En 1980, la Banque mondiale consacrait 30 % de ses ressources à l'agriculture contre 6 % en 2006.

Dans le 9e FED (Fond européen de développement), l'UE n'a consacré que 4,5 % à l'agriculture aux pays ACP (Afrique, Caraïbes et Pacifique).

Quelle doit être l'urgence prioritaire ?

Lever la contrainte de l'eau.

En Afrique, 7 % des terres arables y sont irriguées, contre près de 40 % en Asie.

Nous ne pouvons plus jouer à la loterie agricole : mettre des semences, des engrais, des financements en priant pour qu'il pleuve.

Nous devons aussi nous concentrer sur l'amélioration des moyens de stockage et des infrastructures routières.

Mais dans cette chaîne de production, c'est l'achat des productions des agriculteurs à des prix rémunérateurs qui reste l'un des enjeux les plus cruciaux.

Et le plus compliqué.

Vous pensez aux politiques de libéralisation de l'agriculture qui mettent en concurrence de manière inégale les paysans du monde entier ?

Les institutions internationales n'ont cessé de marteler aux pays du Sud : «Il n'est pas rentable de produire localement ce que vous pourriez acheter sur les marchés mondiaux agricoles où les prix sont relativement faibles...» En outre, nous sommes passés de monopoles publics qui permettaient de stabiliser les cours des denrées agricoles à des entreprises privées monopolistiques au plan national.

Ces firmes font une véritable razzia en achetant les terres...

Il faut encourager l'investissement étranger direct dans l'agriculture, mais il faut mettre fin aux acquisitions abusives de terres par des multinationales.

Ce problème n'existe pas seulement en Afrique, mais aussi en Amérique latine, en Europe centrale et de l'Est.

Par exemple, c'est le cas de la multinationale sud-coréenne Daewoo, qui avait annoncé la signature d'un accord portant sur l'exploitation de 1,3 million d'hectares avec le gouvernement malgache pour produire du maïs et de l'huile de palme.

A destination du marché malgache ?

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