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Cette actualité a été publiée le 22/10/2010 à 02h16 par Tanka.


NAGOYA : LE BAL DES FINANCIERS

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Nagoya : le bal des financiers

Il est difficile de qualifier le degré de cynisme qui entoure la conférence de la Convention sur la diversité biologique (CBD) qui a lieu à Nagoya (Japon) du 18 au 29 octobre. L'avalanche de déclarations, rapports, événements et autres publi-reportages qui a jalonné cette Année internationale de la biodiversité augure-t-elle vraiment d'un nouveau cap pour les cosystèmes et les millions d'espèces qui les constituent ? Tous les grands équilibres de la planète sont menacés – stabilité du climat, capacité des océans à absorber le gaz carbonique, des sols à se régénérer, etc.

On serait en droit d'attendre un sursaut des décideurs politiques et des organismes internationaux. Or il n'en est rien. Ou plutôt si, mais c'est un saut périlleux, qui prépare le transfert de la gestion de la biosphère à la sphère financière.

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The Business of Biobiversity promet des chiffres d'affaires faramineux aux investisseurs "verts". Après un recensement exhaustif de tous les écosystèmes de la terre, leur enregistrement complet par photos satellites, et toutes données disponibles en ligne pour les firmes transnationales, le grand marché va pouvoir prendre son essor. Mais puisqu'on vous dit que c'est pour sauver la planète !

Evidemment, l'approche économétrique présente quelques avantages.Primo, elle permet d'éluder les mesures d'urgence que les constats alarmants sur l'état des écosystèmes imposeraient : mettre progressivement fin à l'agriculture intensive et à la prolifération des OGM par exemple ; contrôler avantage les industries polluantes et la mise sur le marché de nouvelles substances toxiques ; ou encore
planifier une décélération massive de la consommation de combustibles fossiles....

Le deuxième avantage réside dans le fait que l'économétrie, appliquée à la biosphère toute entière, constitue la promesse d'un nouvel Eldorado
dans lequel les firmes transnationales vont pouvoir s'engouffrer.

LE MARCHÉ DE LA NATURE

Le calcul du prix des "services écosystémiques" n'a de sens que dans la logique qui postule que dès lors qu'on les monétarise, ils sont substantiellement équivalents, échangeables, et que ces nouveaux marchés d'écosystèmes permettront une meilleure allocation des ressources. Postulats lourds de conséquences, et pas seulement écologiques ! Les ressources se concentreront tout simplement entre les mains des économiquement puissants.

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En achetant des "crédits biodiversité" sous d'autres latitudes, les géants pourront continuer à piller là où ils exercent, et accapareront des écosystèmes ailleurs, voire, pourront capitaliser sur leurs "réserves d'actifs naturels". Déjà, pour compenser l'assèchement de nappes phréatiques provoqué en Inde, notamment au Kerala, Coca-cola restaure es rivières en Afrique.

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L'ironie, c'est qu'elle doit aboutir à Nagoya, avec la 10e conférence des parties de la CBD. Une excellente Convention à la relecture, qui contient des articles aptes à tordre le cou à la biopiraterie, ou encore engagent les 193 pays signataires à mettre fin, à l'horizon 2020, à toutes les subventions nuisibles pour la biodiversité.

De quoi réveiller les géants du pétrole, de l'agroalimentaire, de la pharmacie et des biotechnologies ! Flatteries et financements aidant, ils ont su, au travers d'agences de l'ONU qu'ils provisionnent via le Global Compact, appâter les scientifiques, les faire contribuer à la gigantesque évaluation des écosystèmes pour le Millénaire. C'était pour mieux les coiffer au poteau par l'IPBES !

UNE NOUVELLE GOUVERNANCE MONDIALE

L'IPBES se présente comme un GIEC de la biodiversité. Mais contrairement au groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat, l'IPBES aura un mandat politique, et de facto, un mandat supranational. Aujourd'hui, la convention sur
la diversité biologique oblige les multinationales qui veulent investir dans les ressources naturelles, à demander l'accord des Etats pour y accéder.

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Plus précisément, l'IPBES sera chargée de "l'élaboration et l'exécution des politiques en identifiant des outils et des méthodes appropriés (...) avec les principales organisations scientifiques, les décideurs et les institutions financières (...) et d'autres parties
prenantes telles que le secteur privé et des fondations".

En résumé, la science, coiffée, en guise de politique, par la finance, tel est en substance l'arrangement institutionnel proposé. Autrement dit, sous prétexte de les sauver, un chèque en blanc au capitalisme spéculatif sur tous les écosystèmes de la planète.

Ce scénario n'est peut-être pas inévitable. Le pire n'est jamais sûr. Mais il est urgent de se réveiller !

Lien corrompu

Pour en savoir plus sur la situation planétaire





Auteur : Agnès Bertrand et Françoise Degert

Source : www.terresacree.org