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Cette actualité a été publiée le 20/09/2009 à 15h06 par Tanka.


MONSIEUR NESTLÉ A LE PROPOS QUI FAIT MOUCHE

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Monsieur Nestlé a le propos qui fait mouche

Information recueillie par Tanka.
Vous vous demandez encore qui sont ceux qui dirigent ? lisez ceci :

"...si les politiques ne font pas ce que nous voulons, nous quittons le pays. La multinationale a donc le pouvoir. Il s'agit d'un exemple où les entreprises menacent le politique.»

Peter Brabeck a brandi dernièrement la menace d'une délocalisation du siège de son groupe si les salaires venaient à être plafonnés par la Confédération. Une idée dans l'air du temps. Retour à deux voix sur les déclarations controversées du président de Nestlé.

Nestlé est une «firme étrangère, installée depuis 143 ans en Suisse», détenue à 70% par des actionnaires étrangers, mais «fière de son histoire suisse», et publiant ses comptes en francs.

Dans un récent entretien à l'hebdomadaire alémanique Sonntag, Peter Brabeck expliquait aussi qu'au cas où l'Etat viendrait à imposer un plafonnement des salaires, Nestlé «devrait se poser clairement la question de savoir si la Suisse est toujours le bon endroit de résidence pour l'entreprise»... Tollé chez les politiques, émotion dans la population.

Professeur d'éthique du management à HEC Lausanne, Guido Palazzo juge crédible une délocalisation du siège de Nestlé. Des entreprises comme Chiquita ou Yahoo choisissent la Suisse pour des raisons fiscales, «on peut tout à fait imaginer que Nestlé, dont la majorité des clients et de la production n'est plus en Suisse, parte.»

«Je prends ces propos comme un signal fort envoyé au monde politique, rétorque Boris Zürcher, chef de la politique économique d'Avenir Suisse (groupe de travail proche des multinationales). Ce signal est: soyez attentifs aux bonnes conditions-cadres pour les entreprises globales, ici en Suisse.»

«Mais l'idée d'un départ de Nestlé ne doit pas être prise au pied de la lettre, considère-t-il. Un départ lui coûterait cher, Nestlé est perçue à l'étranger comme une entreprise suisse. La question serait aussi: où aller? Les pays importants mènent actuellement tous ce genre de discussions sur les rémunérations.»

Guido Palazzo trouve paradoxal le propos de Peter Brabeck. «Au début de l'interview, il dit: nous n'avons pas de pouvoir, c'est la politique qui a le pouvoir. Et il poursuit: si les politiques ne font pas ce que nous voulons, nous quittons le pays. La multinationale a donc le pouvoir. Il s'agit d'un exemple où les entreprises menacent le politique.»

En brandissant la délocalisation, le président de Nestlé utilise un argument typique de certaines multinationales pour éviter la régulation étatique, résume Guido Palazzo, qui y voit un symbole du rapport déséquilibré entre pouvoir politique et pouvoir économique. Les multinationales ont les moyens de s'organiser à l'échelle globale, les Etats non. «En tant qu'entreprise, on peut éviter la régulation. Ou, au moins, menacer, ce qui suffit souvent.»

Cet état de fait inquiète Guido Palazzo. Car il ne concerne pas seulement la question des salaires, «mais aussi les droits de l'homme, l'environnement, le réchauffement de la planète. (...) Les multinationales n'ont aucun intérêt à gérer ces aspects elles-mêmes. Elles se conduisent comme des opportunistes, en évitant les systèmes les plus durs de régulation».

Pour sa part, Boris Zürcher rappelle que le gendarme des marchés financiers (Finma), la banque nationale et deux initiatives populaires vont dans le sens de réglementations accrues.

«Il y a le danger qu'on aille trop loin. En dehors du cas des banques soutenues par l'Etat, Peter Barbeck a raison lorsqu'il refuse le plafonnement des rémunérations pour les entreprises actives sur le marché libre. Il demande de ne pas sur-réagir sur les rémunérations, qui ne sont pas une cause, mais un symptôme de la crise financière.»
Les pousser à agir

Aux yeux de Guido Palazzo, au contraire, l'Etat se doit de réguler les hauts salaires. «Il serait naïf d'espérer que les entreprises fassent elles-mêmes des pas en avant. Il suffit de voir le comportement des banques aujourd'hui aux Etats-Unis. Elles ont le même comportement autiste qu'avant la crise.»

Dans la menace de délocalisation, Guido Palazzo retrouve d'ailleurs un Peter Brabeck fidèle à lui-même. «La responsabilité de l'entreprise dans la société, pour lui, c'est la maximisation des profits. Ce qui entre dans la longue tradition des dirigeants de Nestlé, qui consiste à affirmer des positions très néolibérales.»

Peter Brabeck sous-entend aussi dans cet entretien que la rémunération des hauts dirigeants est un facteur clé pour la compétitivité de Nestlé.

Pierre-François Besson, swissinfo.ch

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