Michel Onfray : l'homme et l'animal - L'atelier

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Cette actualité a été publiée le 21/02/2013 à 15h05 par kannie.


MICHEL ONFRAY : L'HOMME ET L'ANIMAL

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Michel Onfray : l'homme et l'animal

 

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L'homme est un animal qui, pour vivre, a besoin d'illusions. L'animal, non. Les hommes ont donc inventé un ciel intelligible, des dieux, puis un dieu, un paradis et un enfer, sinon un purgatoire. Ils ont eu besoin d'un sacré qui permet à la pensée magique de se donner libre cours – de la secte à la religion, en passant par les divers cultes spirituels, intellectuels, philosophiques (adhérer à une école, avec un catéchisme, souscrire à une mythologie, à des rites, sacrifier à la notion de transcendance, récuser l'immanence, communier de façon tribale, etc.). Nous vivons dans la pensée magique...

L'animal incarne le retour du refoulé qui nous gêne : il est, comme le nez au milieu de la figure, le rappel de ce que nous étions, sommes encore et serons toujours : un mammifère. D'où les rites de conjuration de cette animalité en nous.

Au lieu de sculpter notre part animale, nous la détruisons avec véhémence. Notre acharnement à faire souffrir les animaux est en exacte relation avec la dénégation de notre part animale : quand un humain fait souffrir un animal, il jouit de n'en être pas un , du moins le croit-il, mais il montre par-là même la supériorité de l'animal sur l'homme : car seul ce dernier jouit de faire souffrir et de tuer, le premier tue pour manger et assurer la vie et la survie de son espèce.

(...)

L'anti-spécisme défend l'idée que l'on ne peut pas vivre sans les autres espèces, donc il faut les respecter. Que pensez-vous du combat porté par ceux qui réclament un statut juridique spécifique pour les animaux –qui sont encore classés pour l'instant dans la catégorie des «biens meubles» ?

On peut en effet donner aux animaux un autre statut juridique que le leur. Car , évidemment, ils ne sont pas des biens meubles, mais des êtres vivants. Il faudrait envisager la totalité de notre législation et la déchristianiser sur ce point –comme sur beaucoup d'autres... Mais une réflexion est nécessaire en amont pour savoir si l'on peut parler en général des animaux, car le ver solitaire est un animal au même titre que le chat qui accompagne notre vie pendant parfois vingt ans... Faut-il préserver l'un et l'autre avec de mêmes textes de lois ? Non bien sûr... Mais, dans notre civilisation, le lapin, qui est devenu parfois un animal de compagnie tout autant qu'un animal comestible, serait l'enjeu de débats épiques...

Au-delà du combat juridique, comment pourrions-nous introduire plus de respect dans la façon dont l'homme traite les animaux ?

En étant exemplaire dans la punition des mauvais traitements infligés aux animaux... Mais aussi en éduquant. En popularisant le débat qui inviterait à réfléchir au sujet du statut des animaux dans notre société. En faisant entendre une voix pacifique, raisonnable et militante pour défendre les animaux. En se désolidarisant des outrances de certains discours de militants qui assimilent la batterie de poulets d'élevages (une abjection morale...) au système concentrationnaire nazi.

L'homme est devenu ce qu'il est aujourd'hui en consommant de la viande (les paléo-anthropologues estiment que la consommation de viande a permis le développement du cerveau de l'hominidé, et notre dentition aurait aussi évolué avec la modification de notre régime alimentaire)... Peut-on donc être anti-spéciste et ne pas être végétarien/végétalien ?

Vous posez une question importante... Je ressens pour ma part une contradiction (or, comme j'essaie de travailler à la cohérence de mon existence, je la ressens avec énervement...) dans le fait de penser ce que je pense et de manger tout de même de la viande. Même si je n'achète jamais de viande pour moi, il m'arrive d'en acheter pour des amis auxquels je fais à manger –ou pour ma compagne qui en mange, alors que je préfère le poisson– qui, je ne l'ignore pas, est aussi un animal... Mais on parle aussi de viande de poisson... Au restaurant, je mange toujours du poisson. Mais j'aime le foie gras, ce qui, je le sais, est une hérésie quand on pense ce que je pense et que l'on sait qu'il a fallu faire souffrir un animal par le gavage... Le comble pour un hédoniste... La viande n'est pas seulement un aliment, elle est aussi un symbole et parfois un symbole festif dont ne se défait pas facilement : le chapon ou la dinde de Noël, les huîtres (des animaux mangés vivants et tout crus...) et le foie gras des fêtes, le poulet rôti ou le gigot des familles du dimanche, la côte de boeuf grillée ou les merguez des repas de copains...

Je suis victime de la logique perverse que je décris, ce qui nomme tout cru, si je puis me permettre l'expression, l'aliénation !

 

Propos recueillis par Anne-Sophie Nove, publiés par mo.michelonfray.fr et relayés par SOS-planete. Pour en lire la totalité, cliquer ICI

 

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Auteur : Anne-Sophie Nove

Source : mo.michelonfray.fr