Marée noire : Mettre le feu à la nappe "revient à ajouter la peste au choléra" - #WikiSurTerre

Retour : Accueil

Cette actualité a été publiée le 30/04/2010 à 14h13 par Tanka.


MARÉE NOIRE : METTRE LE FEU À LA NAPPE "REVIENT À AJOUTER LA PESTE AU CHOLÉRA"

  • Google+
  • FaceBook
  • Twitter
  • LinkedIn
Marée noire : Mettre le feu à la nappe "revient à ajouter la peste au choléra"

Chef du département de géochimie de l'Institut français du pétrole (IFP), Frank Haeseler livre son expertise sur la gestion de la marée noire qui menace les Etats-Unis. La nappe de pétrole a touché les côtes de Louisiane dans la nuit de jeudi à vendredi.

D'après l'expérience d'accidents similaires, quelle pourrait être l'ampleur de la marée noire ?

Les réservoirs de la plate-forme qui a sombré contenaient 40 000 m3 de pétrole. Soit l'équivalent de 16 piscines olympiques remplies à ras bord. C'est autant que la catastrophe de l'Exxon Valdez, le cinquième de celle de l'Amoco Cadiz, entre deux et quatre fois celle de l'Erika.

De plus, selon les dernières informations, entre 160 et 800 m3 de brut par jour (entre 1 000 et 5 000 barils) s'échappent encore du puits. Combien de temps faudra-t-il pour le colmater ? Un accident semblable s'est produit en Australie, en 2009, et la fuite n'a été arrêtée qu'au bout de 70 jours. En tablant sur une durée d'intervention du même ordre, ce sont donc entre 10 000 et 50 000 m3 de pétrole supplémentaires qui vont se répandre dans l'océan.

British Petroleum (BP) et les garde-côtes américains ont enflammé des portions de la nappe de pétrole, pour tenter d'enrayer sa progression. Est-ce une bonne solution ?

C'est une technique qui n'est pas fréquemment utilisée et qui fait débat. Aux Etats-Unis, elle fait partie des options considérées comme possibles pour contrer une marée noire. Mais elle n'est pas admise dans tous les pays. Personnellement, je n'y suis pas favorable. Car cela revient à ajouter la peste au choléra.

Pourquoi ?

En brûlant le pétrole, on génère des fumées très importantes. Elles sont dues au fait que la combustion est incomplète : pour qu'elle soit complète, il faudrait un apport d'oxygène. Or, ces fumées contiennent des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), qui sont des substances cancérigènes. On les trouve notamment dans la fumée des cigarettes. Si on met le feu à une nappe, ces produits se retrouvent non seulement dans les fumées, mais aussi dans les résidus pétroliers qui n'ont pas brûlé, ainsi que dans l'eau.

Indépendamment de cette pollution, brûler le pétrole est-il efficace ?

Le pétrole qui s'est échappé de la plate-forme a déjà passé une semaine en pleine mer. Aujourd'hui, il n'a plus du tout le même aspect. C'était au départ un pétrole brut très léger, de faible densité. Depuis, les hydrocarbures les plus légers se sont volatilisés, sous l'effet du vent et du soleil. Le pétrole résiduel s'est donc alourdi, il a été brassé par les vagues et il s'est mélangé à l'eau.

Désormais, nous avons vraisemblablement affaire à une émulsion d'eau et d'huile\pétrole, qui contient probablement entre 50% et 70% d'eau. C'est ce que nous appelons dans notre jargon une "mousse au chocolat", en raison de sa consistance et de sa couleur marron. Si on l'enflamme, ce sont essentiellement les hydrocarbures à la surface de cette émulsion qui vont brûler, et pas ceux qui se trouvent à l'intérieur. Ce qui va former une sorte d'enveloppe autour de l'émulsion, qui deviendra beaucoup plus difficile à "casser". Du coup, les mécanismes naturels de volatilisation et de biodégradation vont être beaucoup plus lents, voire bloqués.

Il aurait donc fallu mettre en oeuvre cette solution plus rapidement ?

Pour augmenter les chances de brûler une quantité importante de pétrole, il faut le faire le plus tôt possible, lorsque les hydrocarbures volatils sont encore présents et qu'il y a peu d'émulsion.

Qu'en est-il pour le brut qui continue de s'échapper du puits ? Celui-là est neuf et peut donc être traité...

Brûler au fur et à mesure le pétrole qui remonte à la surface pourrait être une option. Mais il y en a d'autres : le confinement, le pompage, ou encore l'apport de phosphates et d'azote pour favoriser la biodégradation.

Il faut aussi tenir compte du fait qu'une plate-forme de secours est arrivée sur le site lundi 26 avril, avec des hommes dessus, et qu'on ne peut donc pas mettre le feu à la légère, dans une zone où sont par ailleurs disséminées quelque 3 500 plates-formes pétrolières.

Par Pierre Le Hir - Source : lemonde.fr

Information recueillie par Tanka

Pour en savoir plus sur la situation planétaire