Malawi, les champs captifs de Monsanto - L'atelier

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Cette actualité a été publiée le 27/02/2011 à 17h03 par Jacques.


MALAWI, LES CHAMPS CAPTIFS DE MONSANTO

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Arrivés sur fond de famine, l'américain et son allié Seedco se servent du pays, devenu dépendant de leurs semences stériles, comme vitrine en Afrique.

Titha cultive une petite parcelle de terre dans le village de Muzu, à une quarantaine de kilomètres de Lilongwe, la capitale du Malawi.

Sur un demi-hectare de champs, elle récolte seule le maïs, pour la subsistance de ses trois enfants.

Mal nourris, les yeux tristes, ils se cachent dans sa jupe à la vue des visiteurs. Ils ne vont pas à l'école, et Titha n'y est jamais allée non plus. Mais il y a deux ans, la vie s'est adoucie à Muzu.

Titha a reçu un sac de semences hybrides Monsanto - provenant de deux plantes parentes différant par un ou plusieurs gènes - grâce au programme de subventions du gouvernement pour les petits agriculteurs.

«La première année, nous avons eu une très bonne récolte, souffle-t-elle. J'étais contente. Mais ensuite, je n'ai plus eu de subventions pour les semences, juste pour les engrais. J'ai replanté des graines de la saison précédente, comme d'habitude... Mais elles n'ont rien donné.»

Les semences hybrides sont des graines sélectionnées artificiellement. Leur variété n'étant pas «stabilisée», elles ne peuvent pas se reproduire d'une saison à l'autre. Surtout, au nom de la propriété intellectuelle, il est interdit de replanter des semences Monsanto.

Titha le sait, mais elle n'a pas peur que la compagnie américaine la poursuive en justice. «Comment voulez-vous qu'ils me trouvent ici ? lance-t-elle, presque amusée. Et de toute façon, qu'est-ce qu'ils pourraient bien me prendre ? Je n'ai plus rien...»

«Survie». La compagnie Monsanto, géant de l'agroalimentaire américain, prospère au Malawi. La vision de son directeur, Hugh Grant, est claire : «Il suffit qu'un pays africain dise oui [aux hybrides, ndlr] pour montrer le chemin aux autres.»

Il avait noté que «72% de la population au Malawi dépend du maïs pour sa survie alimentaire». Un record mondial. Le pays idéal pour montrer la voie. Résistantes à la chaleur, et plus productives, les semences hybrides ont conquis les deux tiers des agriculteurs du Malawi en quatre ans. 46% d'entre eux utilisent des produits Monsanto et l'autre moitié plante des graines Seedco, une variété créée par la Fondation Bill et Melinda Gates.

Les deux organismes agroalimentaires ont des liens très forts. L'année dernière, Monsanto a fait un don de 10 millions de dollars (7,25 millions d'euros) à la fondation.

En échange, Bill Gates a acheté pour 23 millions de dollars (16,7 millions d'euros) d'actions chez Monsanto, et a appelé son vice-président comme directeur des recherches agricoles de la fondation.

De nombreux chercheurs agronomes s'inquiètent de ce monopole des deux géants sur le continent africain. Selon Miriam Mayet, directrice du Centre africain pour la biodiversité à Johannesburg, «lorsque le pouvoir économique de Bill Gates s'allie à l'irresponsabilité de Monsanto, l'avenir des petits agriculteurs en Afrique est peu prometteur».

Au Malawi, un des pays les plus pauvres au monde, 76% de la population, soit 11 millions de personnes, dépend pour sa survie alimentaire de deux compagnies multinationales amies.

L'arrivée de Monsanto ne s'est pas faite par hasard et fut le fruit de lourdes concessions. Après une terrible sécheresse qui a frappé le pays en 2005, Monsanto Found (un organisme de charité fondé par la compagnie) offre 700 tonnes de semences hybrides aux petits agriculteurs. Comme l'année dernière à Haïti après le tremblement de terre, la compagnie américaine est arrivée en «sauveur».

 

 

Dans son petit bureau de Lilongwe, Misheck Nyirenda, directeur de Monsanto Malawi, est confus : «C'était de la charité ! Enfin... On s'est dit que comme ça, les paysans testeraient notre produit et reviendraient l'année prochaine.» Une bonne publicité sur fonds de solidarité. Sauf que la même année, en réaction à cette terrible sécheresse, le président, Bingu Wa Mutharika, décide de lancer sa «révolution agricole».

Tout juste élu, il ne supporte plus de «mendier de la nourriture» au Programme alimentaire mondial pour faire vivre ses 15 millions d'habitants. L'Etat prend en charge les trois quarts du coût des semences et des engrais, grâce à un système de coupons distribués aux paysans.

Les semences hybrides étant trop chères, les subventions ne s'appliquent que sur les produits de la compagnie paraétatique Admarc. Un moyen pour le gouvernement de rentrer dans ses frais.

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Les subventions restent un sujet tabou sur la scène internationale.»

Finance. Et pour cause. Dès la mise en place de cette révolution agricole, la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) s'insurgent : les subventions aux agriculteurs encouragent la corruption, enrayent les circuits de la finance mondiale et empêchent l'entrepreneuriat.

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Même si aujourd'hui World Vision et Monsanto travaillent ensemble, Phiri Esau n'est toujours pas convaincu des bienfaits des hybrides. Ils ont besoin de deux fois plus d'engrais, abîment la fertilité des sols et créent une dépendance entre le fournisseur et l'agriculteur.

«Bien sûr qu'ils auraient la technologie nécessaire pour créer une variété résistante à la chaleur qui pourrait être replantée d'une année sur l'autre. Mais si les fermiers n'achetaient pas de semences tous les ans, la firme ne pourrait pas survivre.»

Famine. Après les hybrides, Monsanto et Seedco font pression sur le gouvernement du Malawi pour qu'il légalise la production d'organismes génétiquement modifiés (OGM).

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Pendant ce temps, le gouvernement s'endette. Le prix des engrais a explosé ces dernières années, et il faut en acheter deux fois plus....

Le double de ce qui avait été prévu. Si demain les bailleurs de fonds suspendent leurs prêts et que le gouvernement n'a plus les moyens d'aider les petits agriculteurs à acheter des engrais, le Malawi risque une famine terrible.

Et qu'arrivera-t-il si, un jour, Monsanto quitte le pays ? Prenant un air tragique, Misheck Nyirenda répond : «Si nous partons aujourd'hui, beaucoup de gens vont pleurer, parce qu'ils nous aiment et dépendent de nous pour survivre.»

 

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Auteur : SOPHIE BOUILLON

Source : lesao.blogvie.com