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Cette actualité a été publiée le 04/05/2010 à 16h06 par Tanka.


MAIN BASSE SUR LA FORÊT

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Main basse sur la forêt

Cinquantenaire des indépendances africaines/Madagascar. La crise politique favorise le pillage des bois précieux de la Grande Ile, déjà frappée par une déforestation galopante.

La victoire des "Crazy's", comme ils se sont plaisamment baptisés, tient en une phrase. Article 2 du décret 2010-141: "Dorénavant, l'exploitation, la coupe, le transport, la commercialisation et l'exportation de bois de rose et de bois d'ébène sont interdits." Le texte, signé le 24 mars par le Premier ministre malgache Camille Vital, n'a pas encore été publié, mais il vient de faire l'objet d'une note d'application ministérielle.

L'aboutissement - fragile - de longs mois de combat pour une poignée d'activistes, Malgaches et Vazaha* mêlés, qui ont résolu de s'opposer au pillage des bois précieux dans les forêts protégées du nord-est de Madagascar.

Cette activité, ancienne, connaît des pics périodiques depuis dix ans ; mais la désorganisation des services de l'Etat liée à la crise politique qui secoue l'île l'a fait exploser à partir du printemps 2009. Le trafic concerne essentiellement le bois de rose, une variété de palissandre au coeur d'un rouge intense, deux fois plus dense que le chêne et d'une dureté extrême.

L'"or rouge" extrait des sanctuaires forestiers de Madagascar est pour sa presque totalité expédié en Chine, où il est transformé en mobilier haut de gamme, dont une partie repart pour les Etats-Unis ou l'Allemagne. Ce système ne produit pratiquement pas de retombées pour la région productrice, sinon un saccage environnemental ; seuls une petite caste de gros opérateurs s'enrichissent à bon compte en profitant des failles de la réglementation et de la complaisance des autorités.

Un scandale que quelques amoureux de cette contrée reculée, où subsistent les derniers grands massifs de la forêt primaire qui couvrait jadis la Grande Ile, ont entrepris de dénoncer. Notamment par le biais d'un court document, nommant les principaux trafiquants et chiffrant leurs juteux bénéfices, qui a connu une large diffusion.

"A ma connaissance, c'est la première fois qu'une bande d'éco-citoyens sans moyens, sinon un ordinateur et l'accès à internet, stoppe un business de 220 millions de dollars", résume l'un d'eux, qui protège son anonymat comme un secret d'Etat, et que l'on rencontre au terme d'un pittoresque jeu de piste menant au coeur de la région SAVA, épicentre du trafic de bois de rose.

Dans les rangs des Crazy's, on trouve ainsi des "locaux" qui vivent dans le triangle d'or des bolabola (billes de bois précieux) et disent risquer leur vie si leur identité est dévoilée ; d'autres, étrangers ne résidant pas à l'année dans le nord-est malgache, agissent à visage découvert: ce sont pour la plupart des scientifiques, anthropologue, ornithologue, botaniste, qui se sont pris de passion pour la faune et la flore uniques peuplant les deux parcs nationaux de la région, Marojejy et Masoala.

"Plus les gens sont pauvres, plus ils iront taper dans la forêt"

Pourquoi ce folklore? Parce que les maquisards du bois de rose disent s'attaquer à un adversaire surpuissant et multiforme, alliant des "barons du bois" sans scrupules, leurs collecteurs aux allures de gangsters, des agents de l'Etat corrompus et, excusez du peu, la mafia de Hong Kong. "Le plus gros trafiquant d'Antahala [quartier général de la plupart des négociants, ndlr] a déjà ramassé 15 millions de dollars, estime l'un des éco-guerriers.

Quel ministre, quel haut fonctionnaire peut résister au quart de cette somme?" "De temps en temps, un négociant va en prison. Mais invariablement, il ressort une semaine après", constate Ndranto Razakamanarina, président de l'Alliance Voahary Gasy, plateforme des organisations environnementales malgaches. Cet ancien conseiller de l'ex-président Marc Ravalomanana a participé à la création d'une task force censée lutter contre le trafic. Dans le nord-est, elle a été rebaptisée "taxe force", la plupart de ses agents étant davantage occupés à prélever leur dîme qu'à sanctionner les trafiquants pris sur le fait.

Ndranto, lui, faisait partie des rares incorruptibles. Il a démissionné de la présidence, en août 2008, après un épisode qui a montré que l'ancien régime prenait aussi sa part dans le commerce: "Tous les bois précieux saisis dans le pays depuis deux ans, soit 2.400 m3, ont été vendus par adjudication. Un Chinois a tout acheté. Je lui ai expliqué que, selon la loi, il devait installer une manufacture pour transformer le bois en produit fini avant de l'exporter.

Source : lejdd.fr


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Information recueillie par Tanka

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