Les triploïdes de Noël - L'atelier

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Cette actualité a été publiée le 13/12/2011 à 16h58 par Mich.


LES TRIPLOÏDES DE NOËL

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Les triploïdes de Noël

 

Au départ, c'était juste de la curiosité, peut-être une vague inquiétude, un soupçon de gourmandise. Mais on aurait dû se douter que le numéro de "Spécial investigation" consacré, lundi 12 décembre, sur Canal+, aux "secrets des tables de Noël" nous emmènerait là où l'on n'avait pas forcément envie d'aller : dans les usines à huîtres alors qu'une visite aux parcs aurait suffi, dans les usines à foies gras là où l'élevage en plein air eût été préférable, dans les usines à chocolats quand le bon goût aurait imposé d'en rester à l'artisanat.

A en croire l'enquête de Marion Vaqué-Marti, si les mets des réveillons de fin d'année ont perdu en qualité, c'est à cause des consommateurs qui voudraient manger comme si c'était tous les jours fête. A force de chercher midi à 14 heures, d'exiger le soleil en hiver et de vouloir le foie gras au prix du pâté, voilà ce qui arrive.

Mais procédons par ordre : en entrée, les huîtres. Pas la peine de s'attarder sur les paysages bretons, les bestioles naissent désormais en laboratoire grâce à "200 étalons marqués par des puces électroniques" loués 2 000 euros la journée par l'Ifremer, qui a créé ces huîtres génétiquement modifiées et nourries au plancton-éprouvette.

Leur nom commence comme une bonne note chez Moody's et finit comme une série B de science-fiction : "triploïdes", mais elles sont consommables toute l'année. Ce qui ne provoque chez Alain Dutournier, grand chef du restaurant Carré des feuillants, à Paris, qu'une moue dégoûtée : "On est partis dans un délire, c'est le Nespresso de l'huître." Ah oui, tiens, des huîtres en capsule, on n'aurait même plus besoin de les ouvrir...

 

 

Quand arrive le foie gras, c'est fatal, il faut qu'on se retrouve nez à bec avec des canards encagés dans un obscur bâtiment où une éleveuse, qui a pourtant un bel accent d'origine contrôlée, les gave au pistolet. C'est dans un autre Sud-Ouest, celui de l'Espagne, que l'on rencontre, enfin, des oies heureuses, au grand air.

Mais leurs foies sont réservés aux grands restaurants new-yorkais pour 300 euros le kilo quand nos canards en batterie finissent dans des "blocs" qui ne valent pas tripette, 30 à 40 euros le kilo.

Envie de se venger sur les chocolats ? Hélas, depuis que la Commission européenne a mis son nez dans leur composition, l'huile de palme a été autorisée. "Pourquoi pas de l'huile de vidange ?", s'insurge un chocolatier.

Reste le champagne. Mais là encore, l'AOC définie en 1926 n'est plus une garantie de qualité. Quelques-uns des 35 000 hectares classés sont désormais cultivés à l'aide d'engrais chimiques.

Il faut se courber dans les vignes pour rencontrer deux microbiologistes auscultant la terre avec autant de soins qu'ils mettraient au chevet d'un enfant fébrile. Le vigneron qu'ils conseillent met deux fois plus de temps que certains de ses confrères pour produire son champagne... vendu en moyenne 75 euros la bouteille.

Rassasiée d'informations, saoulée de statistiques, on a aussi acquis une nouvelle certitude : triploïdes à Noël, Pâques à l'huile de palme.

 

Un article de Isabelle Talès, publié par lemonde.fr

 

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Auteur : Isabelle Talès

Source : www.lemonde.fr