Les saumons transgéniques s'approchent de nos assiettes - #WikiSurTerre

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Cette actualité a été publiée le 17/05/2011 à 18h56 par Tanka.


LES SAUMONS TRANSGÉNIQUES S'APPROCHENT DE NOS ASSIETTES

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Les saumons transgéniques s'approchent de nos assiettes

 
C'est fait ; ou presque. Une série d'informations convergentes laisse penser que les autorités sanitaires et commerciales américaines vont, sous peu, donner leur feu vert à la consommation – par l'homme – d'une nouvelle «variété» de saumon, un saumon transgénique.

Cet animal sera le premier (si l'on excepte le cas, bien particulier, des huîtres triploïdes) à être proposé à la consommation humaine après modification de son patrimoine génétique Et l'on peut sans grand risque prévoir que cette décision va relancer la polémique sur les risques sanitaires inhérents aux biotechnologies appliquées aux animaux destinés à l'alimentation ; une polémique similaire à celle concernant le clonage des bovins (Rev Med Suisse 2009;5:1491) et qui viendra s'ajouter à toutes celles, récurrentes, centrées sur les organismes végétaux génétiquement modifiés.

De quoi s'agit-il ? L'animal a été «créé» (faudrait-il écrire «mis au point» ?) par les spécialistes de la société américaine AquaBounty Technologies. Pour obtenir ce poisson à croissance rapide, cette société (qui a déposé le brevet en 1996) explique – nous résumons ici à l'extrême – avoir inséré le gène de l'hormone de croissance du célèbre saumon Chinook du Pacifique associé à un promoteur animal de protéine «antigel».

Ce saumon transgénique produit ainsi une hormone de croissance tout au long de l'année, alors que l'expression des gènes d'hormone de croissance est normalement, chez les saumons, réduite dans les périodes froides. Conséquence mécanique : les saumons transgéniques atteignent leur taille de commercialisation en un an et demi contre deux à trois ans pour les saumons «naturels». Pour Ronald Stotish, l'un des responsables d'AquaBounty, il s'agit là «d'une construction stable et sans danger».

Tout le monde ne partage pas son avis. Curieusement, à lire la littérature sur le sujet, il semble que le principal risque qui est pour l'heure envisagé n'est pas véritablement d'ordre sanitaire. Comme dans le cas des organismes végétaux génétiquement modifiés, il s'agit de celui de la dissémination de l'individu génétiquement modifié dans la nature ; en l'espèce dès lors qu'il parviendrait à s'échapper des parcs en pleine mer où il serait élevé comme ses homologues génétiquement non modifiés.

Il semble en effet pratiquement impossible d'élever des poissons dans des fermes aquacoles (en mer ou en rivière) sans que certains parviennent à s'en échapper. Que se passerait-il alors et quelles seraient les éventuelles conséquences environnementales ? Les transgéniques auraient-ils un avantage reproductif sur leurs congénères sauvages ? Seraient-ils plus voraces que ces derniers ? Peut-on à l'inverse imaginer que leur taille serait de nature à les rendre plus sensibles à la pression de prédateurs ? Des expériences sont en cours. Permettront-elles de répondre ?

Pour l'heure, et pour répondre au risque de dissémination de saumons transgéniques et à leurs conséquences sur les populations sauvages, une solution est retenue par les autorités américaines : conserver les reproducteurs dans des fermes isolées dans les terres (au Canada et à Panama) et traiter par choc hyperbare les oeufs obtenus, afin de les rendre triploïdes. Seuls les poissons – stériles – issus de ces oeufs seraient ensuite élevés dans des fermes traditionnelles. Cette procédure ne semble toutefois pas efficace à 100%.

Dans l'attente de la prochaine décision de la FDA, la bataille est de nature commerciale. C'est peu dire que les responsables européens (pour l'essentiel norvégiens) des grands élevages de saumons voient d'un très mauvais oeil le concurrent transgénique américain. «Nous n'avons ni cochons monstrueux ni vaches monstrueuses en Europe et nous n'avons nul besoin d'un tel saumon» explique ainsi Geir Isaksen, responsable de l'élevage aquacole norvégien Cermaq. Et les éleveurs norvégiens de prier pour que la FDA américaine ne donne pas de feu vert à une telle entreprise.

L'enjeu est de taille : la Norvège a produit près d'un million de tonnes de saumons d'élevage l'an dernier, soit sept fois plus que la Grande-Bretagne et cinquante-trois fois plus que les Etats-Unis.

Si la FDA devait donner son autorisation, se poserait une nouvelle fois la question de la libre circulation internationale des aliments issus de manipulations génétiques ainsi que celle, corollaire, de leur étiquetage. Nous avions appris à faire la distinction entre «saumon» et «saumon sauvage». Faudra-t-il, demain, imaginer que tout «saumon» pourra (ou pas) être transgénique ? L'affaire semble hautement plus sensible sur le Vieux Continent qu'aux Etats-Unis où la transformation génétique des aliments ne semble guère émouvoir l'opinion. A l'inverse, plus de trois Européens sur quatre déclarent être radicalement opposés à de telles manipulations alimentaires.

Reste, si l'on peut dire, la question sanitaire. A en croire le comité vétérinaire de la FDA, la composition d'un filet de saumon transgénique ne différerait pas d'un classique filet de saumon de l'Atlantique. De ce fait, sa consommation ne présenterait aucun danger pour l'espèce humaine, et ce même si des incertitudes demeurent sur des risques d'allergie. Ces derniers mois, des débats publics ont été organisés aux Etats-Unis qui n'ont pas permis de conclure mais qui ont toutefois autorisé des associations de défense des consommateurs et de l'environnement à dénoncer publiquement l'insuffisance des données disponibles et leur partialité.

On peut comprendre l'émotion suscitée par une telle perspective. Nous ne sommes plus en effet ici dans le domaine de la consommation d'aliments issus de la descendance d'animaux clonés mais bien face à la possible (et probable) première introduction dans la chaîne alimentaire humaine d'animaux transgéniques. On peut certes penser que le comité vétérinaire de la FDA n'est pas dans l'erreur quand il assure qu'il n'existe pas de différences entre les saumons d'AquaBounty Technologies et ceux, sauvages ou non, aujourd'hui présents sur les étals. On peut aussi croire sur parole AquaBounty quand la firme assure qu'il s'agit là «d'une construction stable et sans danger» (encore que «construction» sonne ici étrangement à nos oreilles européennes).

 
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Un article de Jean-Yves Nau, publié par Medhyg

 

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Auteur : Jean-Yves Nau

Source : rms.medhyg.ch