Les rapports entre hommes et animaux devront changer - L'atelier

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Cette actualité a été publiée le 17/08/2009 à 21h13 par Jacques.


LES RAPPORTS ENTRE HOMMES ET ANIMAUX DEVRONT CHANGER

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Les rapports entre hommes et animaux devront changer

Réflexion qui ne manque pas de fond, sélectionnée par Jacques

La « question-de-l'animalité » n'est pas une question parmi d'autres, bien entendu. Si je la tiens pour décisive, comme on dit, depuis si longtemps, en elle-même et pour sa valeur stratégique, c'est que, difficile et énigmatique en elle-même, elle représente aussi la limite sur laquelle s'enlèvent et se déterminent toutes les autres grandes questions, et tous les concepts destinés à cerner le « propre de l'homme », l'essence et l'avenir de l'humanité, l'éthique, la politique, le droit, les «droits de l'homme», le « crime contre l'humanité », le « génocide », etc.

Partout où quelque chose comme « l'animal » est nommé, les présuppositions les plus graves, les plus résistantes, les plus naïves aussi, les plus intéressées dominent ce qu'on appelle la culture humaine (et non seulement occidentale), et en tout cas le discours philosophique prévalent depuis des siècles. De l'active conviction qui a toujours été la mienne, à cet égard, on trouve en effet des marques explicites dans tous mes textes. Dès De la grammatologie, l'élaboration d'un nouveau concept de la trace devait s'étendre à tout le champ du vivant, ou plutôt du rapport vie/mort, au-delà des limites anthropologiques du langage «parlé» (ou « écrit » au sens courant), au-delà du phonocentrisme ou du logocentrisme qui se fient toujours à une limite simple et oppositionnelle entre l'Homme et l'Animal. Je soulignais alors que les «concepts d'écriture, de trace, de gramme ou de graphème» excédaient l'opposition « humain/non humain[1] ». Tous les gestes déconstructeurs que j'ai tentés à l'endroit des textes philosophiques, ceux de Heidegger en particulier, consistent à mettre en cause la méconnaissance intéressée de ce qu'on appelle l'Animal en général, et la façon dont ces textes interprètent la frontière entre l'Homme et l'Animal[2]. Dans les derniers textes que j'ai publiés à ce sujet je suspecte l'appellation « Animal » au singulier, comme s'il y avait l'Homme et l'Animal, simplement, comme si le concept homogène de L'Animal pouvait s'étendre, de façon universelle, à toutes les formes du vivant non humain.

Sans pouvoir m'y engager ici de façon très aiguë, il me semble que la manière dont la philosophie, dans son ensemble, et en particulier depuis Descartes, a traité la question dite de « L'animal », est un signe majeur du logocentrisme et d'une limitation déconstructible de la philosophie. Il s'agit là d'une tradition qui ne fut pas homogène, certes, mais hégémonique, et a tenu d'ailleurs le discours de l'hégémonie, de la maîtrise même. Or ce qui résiste à cette tradition prévalente, c'est tout simplement qu'il y a des vivants, des animaux, et dont certains ne relèvent pas de ce que ce grand discours sur l'Animal prétend leur prêter ou leur reconnaître. L'homme en est un, et irréductiblement singulier, certes, on le sait, mais il n'y a pas L'Homme versus L'Animal.

D'autre part, même si depuis toujours une grande violence s'est exercée contre les animaux — on en trouve déjà la trace dans des textes bibliques que j'ai étudiés ailleurs de ce point de vue —, j'essaie de montrer la spécificité moderne de cette violence, et l'axiome — ou le symptôme — « philosophique » du discours qui la soutient et tente de la légitimer. Cette violence industrielle, scientifique, technique ne saurait être encore trop longtemps supportée, en fait ou en droit. Elle se trouvera de plus en plus discréditée. Les rapports entre les hommes et les animaux devront changer. Ils le devront, au double sens de ce terme, au sens de la nécessité « ontologique » et du devoir « éthique ». Je tiens ces mots entre guillemets car ce changement devra affecter le sens et la valeur mêmes de ces concepts (l'ontologique et l'éthique). Aussi, même si leur discours me paraît souvent mal articulé ou philosophiquement inconséquent, j'ai une sympathie de principe pour ceux qui ont, me semble-t-il, raison, et de bonnes raisons, de s'élever contre la façon dont les animaux sont traités : dans l'élevage industriel, dans l'abattage, dans la consommation, dans l'expérimentation.

Pour qualifier ce traitement, je n'utiliserais pas, malgré la tentation, le terme de « cruauté ». C'est un mot confus, obscur, surdéterminé. Au fond, qu'il s'agisse du sang (cruor) ou non (Grausamkeit), la cruauté, le « faire souffrir » ou le « laisser souffrir » pour le plaisir, voilà encore ce qui serait, comme rapport à la loi, le propre de l'homme. (À propos du droit de punir ou de la peine de mort, on se sert de ce mot d'une façon extrêmement confuse. J'étudie ailleurs l'histoire « logique » du lexique de la « cruauté ». Une lecture et la psychanalytique de la chose serait utile[3], et une lecture de l'usage psychanalytique du même mot, en particulier chez Freud.)

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