Les poissons récifaux menacés d'extinction - L'atelier

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Cette actualité a été publiée le 29/03/2011 à 22h12 par Fred.

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Les poissons récifaux menacés d'extinction

 
Le rythme d'extinction et de raréfaction d'espèces ne cesse de s'accélérer partout sur la planète, au point d'entraîner la désorganisation et la déstabilisation de nombreux milieux naturels.

Les scientifiques ont clairement démontré que les processus d'extinctions découlent directement des changements climatiques planétaires et de l'emprise démesurée que l'homme exerce sur les milieux.

En revanche, la capacité des chercheurs à prédire les futures extinctions d'espèces demeure encore faible et se heurte à de sérieuses difficultés, en particulier concernant les organismes marins.

Fragilité.

Depuis quelques décennies, les récifs coralliens subissent des bouleversements et des dégradations liés à la surpêche et au réchauffement climatique, dont les impacts écologiques sont comparables à ceux liés à la destruction des forêts tropicales.

De nombreuses études d'envergure ont été consacrées aux coraux, mais très peu ont à ce jour cherché à en évaluer les conséquences sur les peuplements de poissons récifaux. Pourtant, dans l'immense puzzle biologique que constituent les récifs coralliens, les poissons jouent des rôles essentiels.

Les coraux offrent le gîte, le couvert et la protection tandis que les poissons récifaux sont impliqués dans une multitude d'interactions, généralement d'ordre alimentaire.

Ces écosystèmes sont très fragiles, comme en témoignent les conséquences du réchauffement océanique causé en 1997-1998 par un épisode El Niño de forte intensité et qui a entraîné le blanchiment massif de coraux dans la région indo-pacifique.

Le phénomène avait aussi engendré des dérèglements en cascade avec prolifération d'algues et de poissons herbivores aux dépens d'espèces plus étroitement inféodées au corail vivant.

L'étude pilote, menée sur les récifs de l'océan Indien est transposable au lagon calédonien.

Extinctions.

Une équipe internationale dans laquelle figure un chercheur de l'université de Nouvelle-Calédonie (voir interview), vient pour la première fois d'élaborer une méthodologie permettant de prédire le risque d'extinction à venir des principales espèces de poissons récifaux.

L'étude pilote, menée sur les récifs de l'océan Indien mais parfaitement transposable au lagon calédonien, a porté sur 134 espèces de poissons des principales familles rencontrées (chirurgiens, papillons, perroquets, labres) et a permis d'identifier les facteurs de risque de disparition locale et globale des différents groupes.

Les spécificités alimentaires de chacun (alimentation de corail vivant ou de plancton autour du corail...), leurs préférences d'habitat (pleine eau ou abri corallien...) ou encore leurs modes de reproduction (nurserie dans le corail ou non...) ont été combinés à l'étendue géographique des espèces, leur rareté ou encore leur répartition en profondeur afin de calculer une probabilité d'extinction.

Alarmant.

Les résultats obtenus ont de quoi alarmer car ils mettent en évidence que plus d'un tiers des espèces de poissons court un risque d'extinction local ou global, suite à l'impact des changements climatiques ou de la surpêche, y compris des espèces que l'on pensait à l'abri du fait de leur abondance et de leur large distribution géographique.

Dans le détail, les espèces herbivores se révèlent plus vulnérables face à la pression de la pêche tandis que les micro-carnivores semblent plus sensibles aux changements climatiques.

Avec l'un des plus vastes récifs coralliens du monde, la Nouvelle-Calédonie se retrouve donc en première ligne face à ces menaces et doit plus que jamais se préoccuper de la gestion de ses ressources halieutiques et de la protection des aires marines prioritaires.

 


 

« Les ressources en Océanie se raréfient »

Questions à... Yves Letourneur, professeur de biologie marine.

•Les Nouvelles Calédoniennes : Les résultats de l'étude prévoient qu'un tiers des espèces de poissons récifaux courent un risque d'extinction. Vous vous attendiez à un tel résultat ?

Yves Letourneur : Non, c'est effectivement beaucoup même si on avait déjà des craintes pour des espèces ayant une niche écologique restreinte et/ou une distribution limitée. Précisons que l'étude s'est focalisée sur l'ouest de l'océan Indien et qu'elle suggère que le risque d'extinction touche 40 espèces. Il faut toujours garder une certaine prudence en matière de prédiction.

•L'étude a concerné l'océan Indien. Est-ce que les résultats sont équivalents pour les récifs coralliens du Pacifique sud, notamment de Nouvelle-Calédonie ?

La méthode y est extrapolable, y compris en milieu terrestre ou d'eaux douces. Les problématiques régionales en milieu marin sont similaires. Sur les 134 espèces de poissons étudiées dans l'océan Indien, plus de la moitié sont communes à notre région et les autres ont une écologie très voisine.

Les données sont disponibles. Maintenant que nous disposons de cet outil, il serait intéressant de l'appliquer dans le Pacifique. Plus nous aurons un panel de données variées dans l'espace et dans le temps plus nous arriverons à utiliser le modèle et établir des pronostics même si ceux-ci ne seront jamais d'une précision absolue.

•Cette étude peut-elle se traduire par des applications concrètes ?

Oui, en termes de gestion des ressources et des aires marines protégées. Quand il y a eu El Nino en 1998, ce sont les réserves marines qui ont été le plus affectées parce que c'est dans ces écosystèmes très riches qu'il y avait le plus à perdre. Dans le même temps, c'est aussi sur ces secteurs que les écosystèmes récifaux ont récupéré le plus vite.

Quand le milieu était déjà très dégradé par la surpêche ou la pollution, il a eu beaucoup plus de difficultés à se rétablir, d'où l'importance de maintenir et d'étendre les aires marines protégées. Il nous faut également réfléchir à englober des milieux en dehors de l'écosystème récifal lui-même, car les espèces ont souvent des stades cruciaux de développement qui se déroulent dans l'herbier ou la mangrove.

 

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Auteur : Estelle Bonnet-Vidal

Source : www.lnc.nc

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