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Cette actualité a été publiée le 27/09/2009 à 09h15 par Tanka.


LES PESTICIDES RONGENT LES ANTILLES

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Les pesticides rongent les Antilles

Information recueillie par Tanka.

La pêche interdite en Martinique, dont même les eaux sont désormais contaminées par ce fléau. Le dossier pourrait avoir des suites en justice.

Colère des marins-pêcheurs de la Martinique. En effet, un arrêté préfectoral vient d'interdire la pêche dans de nombreuses baies de cette île française des Antilles, étant donné leur contamination par des pesticides. Cette interdiction est susceptible de durer jusqu'à la fin 2010.

Pour une profession déjà économiquement à bout de souffle, cette nouvelle est une véritable catastrophe. C'est aussi un drame écologique. D'après les relevés des scientifiques, les résidus des pesticides organochlorés en cause - le kepone ou le chlordecone - sont présents en masse dans des espèces aquatiques aussi diverses et communes que les langoustes, les crabes, les sardes à queue jaune ou les tilapias. Au demeurant, outre dans les eaux de mer, des contaminations élevées ont été détectées dans plusieurs rivières de l'île, ce qui leur a valu des interdictions de pêche identiques.

L'origine principale de ces pollutions est bien connue : ce sont les pesticides qui ont été massivement utilisés pendant des décennies dans l'agriculture locale. La Martinique n'est d'ailleurs pas seule concernée puisque les eaux de la Guadeloupe voisine sont également contaminées par le même fléau et ont déjà fait l'objet de pareilles mesures d'interdiction de la pêche.

Le chlordecone est un pesticide très puissant. A présent interdit, il a, jusqu'en 1993, été massivement utilisé dans les bananeraies, pour protéger les bananes (principale ressource agricole antillaise) contre le charançon, un coléoptère particulièrement vorace et dévastateur, surtout pendant les périodes suivant les ouragans.

Les scientifiques estiment que cet insecticide demeure pendant des siècles, après s'être écoulé des bananeraies polluées jusqu'aux cultures vivrières, aux nappes phréatiques, aux rivières puis, maintenant, aux mers. Au minimum 20 % des surfaces cultivables des Antilles françaises seraient contaminées.

Or, des produits comme le chlordecone sont accusés d'être responsables de cancers : des cancers du pancréas et de la prostate particulièrement - les Antilles françaises sont la deuxième région du monde la plus touchée par cette dernière maladie. L'Institut de veille sanitaire est prudent. Selon lui, "la plus grande fréquence absolue de cancer de la prostate aux Antilles par rapport à la métropole peut être expliquée par l'origine ethnique de la population".

L'explication pourrait donc être essentiellement d'ordre génétique, à l'image par exemple de la prévalence plus grande, scientifiquement attestée, du cancer de la prostate chez les Noirs américains par rapport à leurs compatriotes blancs. Mais, en 2007, un rapport accablant - et controversé -, rédigé par un cancérologue parisien, le professeur Belpomme, a mis en garde contre le "désastre sanitaire" qui serait en cours dans les Antilles, imputable selon lui aux conséquences des pesticides de ce type.

Depuis 2006, du reste, le dossier est devenu judiciaire. Une plainte pour empoisonnement a été déposée par des associations antillaises de consommateurs et de producteurs, soutenues par les Verts. Depuis 2007, une information judiciaire contre X est en cours. La procédure souffre d'aléas et de retards judiciaires. Ce qui a fait récemment hurler des élus écologistes, qui ont dénoncé "un scandale sanitaire et politique" que l'on essaierait d'étouffer.

Cette question des pesticides est sensible car, outre son impact environnemental et sanitaire, elle a une dimension clairement politique. En effet, les bananeraies ont toujours été aux mains de ces grands propriétaires blancs qui sont accusés par les mouvements syndicaux, sociaux et indépendantistes antillais de maintenir l'économie insulaire dans un modèle d'exploitation néocolonialiste.

Ce dossier vient d'ailleurs perturber le plan gouvernemental de relance de l'économie en cours aux Antilles, qui était notamment axé sur la promotion de la consommation, dans les cantines scolaires en particulier, des produits issus de l'agriculture et de la pêche locales.